Posted by: liblanc | September 24, 2010

Échelle chinoise

Non, ce n’est pas l’équivalent de notre ascenseur social. C’est le premier chapitre de mon voyage en Chine. Les articles arrivent avec quelques semaines de retard et le jour même de mon retour à Paris mais tant pis. Ces derniers jours à Beijing ont été surprenants. Après deux ans sur la route, c’est un sentiment de calme et de tranquilité qui est mon compagnon principal de voyage. Pas d’excitation particulière à revenir en France, ce n’est qu’une autre étape dans un voyage sur une échelle encore plus grande, celle de toute une vie. Je ne vois pas des portes se fermer mais plutôt de nouvelles qui s’ouvrent. L’adaptabilité est la principale qualité du voyageur: on s’adapte aux nouveaux environnements, aux nouvelles cultures, cuisines, conditions, langues, etc. On s’adapte donc aussi bien au retour qui, même si certains prophètes et experts me prédisent des semaines grises et déprimantes, ne sera pas plus difficile que d’atterir à Delhi, Hong Kong ou Kathmandu.

Ce blog restera actif lors de mon retour car il y a beaucoup d’articles sur les aspects du voyage que j’aimerais partager, principalement des conseils pour ceux qui voudraient partir de la même manière, avec un sac et de grands rêves d’aventures. Lors de ma phase de préparation, j’ai beaucoup apprécié certains blogs et c’est donc à mon tour de contribuer à ma modeste mesure à la communauté de tous ces ‘backpackers’ qui arpentent les routes du monde.

À bientôt pour la suite!

-Richard

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L’échelle chinoise

Des siècles de travail


Et voilà, après un passage sans encombre de Hong Kong à Shenzhen, la Chine est là, prête à ce que je la découvre. Vingt-cinquième pays sur un itinéraire de vingt-trois mois, après avoir visité cinq de ses voisins, ma destination finale était enfin atteinte.

Des appréhensions? Bien sûr, comme tout voyageur, je ne peux éviter les a priori, les idées préconçues, les récits d’autres globe-trotters et mon ignorance de beaucoup de facettes de ce pays de plus d’un milliard d’habitants. Première réaction? Une bonne partie du milliard de chinois semble se trouver en ce moment dans la gare de Shenzhen. Loin de la rigidité et de l’organisation de Hong Kong, en Chine on se pousse, on s’entasse, on se marche sur les pieds pour prendre place à bord du train. Des gardes de sécurité vocifèrent des ordres incompréhensibles, des vieilles dames foncent tête baissée dans la foule, les hommes qui ont chaud s’aèrent en roulant leur t-shirt et exhibant leur ventre dodu, une odeur infecte émane des toilettes, bienvenue dans un autre monde caractérisé par un chaos organisé aux proportions titanesques, où tout ce qui se fait est à l’échelle chinoise.

Tradition!

Rien ne peut être petit dans ce pays. Tout doit être pensé, construit et contrôlé avec la contrainte que des millions de chinois suivront. La demie-mesure n’existe simplement pas. Le train est bondé mais nos billets sont en classe ‘soft sleeper’ et nous avons donc la chance d’avoir des couchettes confortables, de la place pour éviter la claustrophobie et même la chance de faire connaissance de David, un homme d’affaires dans la vingtaine qui parle un anglais impeccable. Il travaille à Shenzhen dans l’import-export. Il nous offre cours de chinois, une partie de son dîner, de nombreux conseils et, à travers le fil des discussions, un portrait de la Chine moderne. Une certaine obsession mercantile, un sens du devoir, (envers la famille et envers le travail), une fascination pour Mao et une envie de voir le monde le caractérisent. David (qui a adopté ce nom pour faciliter les échanges commerciaux) prend quelques jours de congé pour voir sa famille et son grand-père malade. Il est mon premier chinois rencontré dans ce pays. David est tout simplement fascinant. Ils ne parlent pas tous anglais comme lui, mais il existe des millions d’autres David en Chine, des jeunes hommes et femmes en quête d’une vie riche et prospère sans contrainte. La nation est en marche, c’est l’échelle chinoise.

Gui Lin, la première étape après Shenzhen, sera tout ce qu’on s’attend d’une ville chinoise moderne: grise, laide, aux immenses avenues bruyantes, un véritable foyer de pollution. Pourtant, dans cette région du Guangxi, les formations karstiques qui longent la rivière Li créent un panorama si féérique qu’il est dommage d’y trouver un ville si triste. L’intérêt de s’arrêter à Gui Lin sera la possibilité de descendre la Li jusqu’à Xing Ping et ensuite Yangshuo et aussi d’aller marcher dans les rizières en terrasse autour de PingAn. Encore une fois, c’est l’échelle qui frappera. Les rizières en terrasse, la fameuse Échine du Dragon, s’étendent à perte de vue. On ne peut rester impassible devant les efforts colossaux nécessaires à construire ces champs surréalistes. Il ne faut qu’à peine deux jours pour marcher de Dazhai jusqu’à Ping An, pour revenir ensuite vers Gui Lin, mais le résultat de siècles de travail minutieux et constant s’admire sous tous les angles, lors de la montée aussi bien que la descente. Jusqu’à Ping An, il n’y a que très peu de traces du tourisme de masse. Certes, certaines maisons traditionnelles sont refaites et transformées en hôtels pour les promeneurs mais les villages le long du sentier gardent un charme rustique. Par contre, Ping An comporte des signes inquiétants: des touristes chinoises s’y déplacent en chaise à porteur (pas évident avec toutes ces marches), les restaurants y abondent, aussi nombreux que les boutiques de souvenirs kitschs et autres bricoles inutiles. Tout cela n’est pourtant rien comparé au vrai test, à la vraie découverte du tourisme chinois: Yangshuo.

La vie au village

L’échelle chinoise, c’est aussi de prendre des sites comme Yangshuo, un petit village le long de la rivière Li, un refuge entre quelques sommets karstiques, et d’en faire un immense centre de divertissement pour touristes de passage. Boîtes de nuit, restaurant, boutiques de souvenirs, tout y passe. C’est bien sûr le lot de bien d’autres endroits dans le monde, mais, à nouveau, on ne peut saisir l’ampleur du pouvoir de transformation du tourisme de masse chinois qu’en visitant ces sites. Plus rien n’y a d’authenticité ou de traditionnel, tout ce qui est visible porte un aspect plastique, une vision de ce que serait la chose si Disney ou un autre marchand de rêve s’en serait emparé. La nation est en marche vers ses précieux congés annuels, rien ne l’arrêtera.

Pourtant, c’est lors d’une balade en vélo dans les environs de Yangshuo que je redécouvre cette Chine qui fait rêver les voyageurs (étrangers, bien entendu). De minuscules villages où le temps s’est arrêté, des champs, un fermier qui tourne la manivelle de sa machine à trier le riz, des petits chemins qui mènent on ne sait trop où, peut-être vers de magnifiques photos d’une contrée qui, au final, n’a pas tellement changé. Le portrait de Mao trône au-dessus de vieilles dames qui discutent devant la télé. Xingping est le village parfait : confortable pour le touriste mais avec un charme traditionnel qu’il fait bon découvrir. Les légions du tourisme ne font qu’y passer en journée et ignorent l’endroit la nuit venue.

Ce n’est certes pas ce que le touriste de Shanghai ou Beijing est venu chercher, bien confortable dans sa vision et son expérience d’une Chine romantique comme la décrivait jadis les poètes impériaux, mais c’est aussi le signe que malgré l’échelle incommensurable de la transformation du pays, il reste au détour d’une ruelle ou au bout d’un sentier un parfum de bout de monde, des sourires de gens locaux et des découvertes qui méritent d’être partagées. L’aventure commence de belle manière, avec un défi personnel de contourner le plastique et le mauvais goût pour trouver ce que je suis venu chercher dans ce pays. Un défi à l’échelle chinoise.

La nuit venue, Xing Ping redevient mystérieuse

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Responses

  1. Passionnant, merci Richard.
    Et welcome back in Paris, le pays où les gens s’entassent aussi dans les transports, où les toilettes sentent mauvais et où les gens parlent très mal l’anglais 🙂
    Mais fascinante Paris aussi !
    Quand tu veux pour prendre un verre (ou 2 ou 10) !

    @++

  2. bon d’ap ce que je comprends, tu as décollé… pour Paris!
    je te laisse mon tél et le soin de me contacter 06 28 23 67 34
    la biz


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