Posted by: liblanc | February 25, 2010

Transit


Première neige. Du moins pour moi.

De Panama City à New York à Montréal à Hong Kong en une semaine. Cette fois-ci, je crois que j’ai légèrement surestimé mes capacités à voyager. Le choc est grand, les émotions sont fortes. Quitter des amis avec qui je voyageais depuis des semaines en Amérique Centrale, quitter des amis des très longue date à nouveau à Montréal et finir complètement exténué physiquement et sentimentalement à l’autre bout du monde est plus difficile que je ne le croyais. Mon sac à dos est de plus en plus léger mais la charge d’émotions est elle de plus en plus lourde à porter. Mais la roue continue de tourner et déjà un itinéraire comme je les aime se concrétise pour les prochaines semaines, les prochains mois.  Je repars à la conquête du monde mais cette fois-ci en sens inverse. Et il est évident que lorsqu’on voyage en sens inverse, on revient éventuellement à son point de départ.

-R

ps. Et avec tout ça, tous ces kilomètres parcourus en si peu de temps, je n’ai pas encore eu l’occasion de terminer un petit article post-mortem sur l’Amérique Centrale. À suivre.

Posted by: liblanc | February 16, 2010

Las chicas, un autre regard

Pura Vida en Costa Rica!

Voici Pamela, une jolie Costa Ricaine (on dit aussi ‘tica’) que j’ai rencontrée lors d’une journée de snorkelling dans l’île de Tortuga. Une fille du pays, de la capitale San José plus précisément, moderne et polyglotte. Bien différente de ses consœurs du reste de l’Amérique Centrale, elle personnifie la différence dans les différents destins que suivent les pays de cette région du monde. Dans le pays voisin, le Nicaragua, les choses auraient sûrement été bien différentes pour elle. Au Honduras, qui semble encore plus reculé sur à peu près tous les tableaux, elle aurait peut-être déjà plusieurs enfants, un mari et ses études de marketing seraient restées qu’un doux rêve, une illusion. C’est à la suite de cette rencontre, et de quelques autres, que je me suis progressivement rendu compte qu’il y avait un sujet à développer, un point commun, voire un point de comparaison, entre ces pays que je viens tout juste de visiter. Les ‘latinas’ (ou ‘ladinas’, comme pour Pamela), ne sont pas seulement très belles; elles sont aussi le reflet de leur culture et de leurs sociétés, si archaïques qu’elles puissent paraître parfois sous le regard occidental. Un sujet à approfondir.

Pamela vit donc de son modeste salaire d’assistante comptable même si la vie au Costa Rica n’est pas donnée. Malgré tout, elle a eu la chance de voyager en Europe, d’y trouver des amis, et elle pense maintenant à tenter sa chance en Allemagne, pays dont les gens, la langue et la culture l’ont impressionnée. Pamela est un peu à l’image de son pays: presque européenne, occidentalisée, avec un avenir qui semble radieux. Sans être de bonne famille, ce qui serait un pré-requis à ce genre de vie dans les pays de la région, Pamela a su se donner les moyens d’arriver à une situation confortable qui lui donne ce genre de liberté.

Sortir de l’ombre (Antigua, Guatemala)

Bien avant de rencontrer Pamela, j’avais fait la connaissance de Cali, une salvadorienne dans la fin de vingtaine qui, elle aussi, avait eut une vie que l’on pourrait qualifier de réussite. Elle vivait auparavant entre San Salvador et les grandes villes américaines, au service d’une multinationale bien implantée en Amérique Centrale. Comme elle le disait elle-même, elle pouvait manger des sushis tous les soirs dans les restaurants de la capitale, signe d’une vie faste. Pourtant, quelque chose manquait. Face aux difficultés que ses compatriotes affrontaient chaque jour, à la misère, à la violence, elle avait l’envie, non, le besoin, de faire autre chose. Elle a tout abandonné pour ouvrir un petit ‘hostal’, un ‘hospedaje’ sur la côte. Le Salvador commence à peine à s’ouvrir aux visiteurs étrangers. Le ministère du tourisme n’existait tout simplement pas il y cinq ans. Là où elle s’est installée, un peu en dehors des sentiers nouvellement battus, Cali ne voit pour l’instant que très peu de ces backpackers dont elle recherche la clientèle. Elle ne sait pas encore si son business sera prospère. D’un autre côté, elle ne semble pas vraiment le vouloir. Elle a en effet peur, très peur. Les gangs, les fameux ‘maras’, sont omniprésents. Si son affaire génère de bons profits, elle attirera l’attention des gangs. Les choses changeront, sa sécurité sera remise en question. Elle n’a pas de ‘novio’ (ni de mari) suite à sa précédente vie solitaire de femme d’affaires et, dans un pays où le machisme est à son paroxysme, elle sait qu’elle sera vue comme une proie facile. Lorsqu’elle me parle de son pays, de ses problèmes, j’aperçois des larmes qui se forment. Son sentiment de culpabilité est grand, tout comme son désespoir face à la situation actuelle du Salvador. Elle apporte sa minuscule brique aux fondations d’un pays qui devra éventuellement se moderniser mais tout cela semble parfois bien futile.

Latinas mais aussi afro-caribéennes

Malgré leurs vies différentes, Pamela and Cali ont quand même un grand avantage: elles gardent le contrôle de leurs vies respectives. La plupart des femmes de leur âge sont déjà mariées et mère de plusieurs enfants. Dans les chicken bus, il n’est pas rare de voir une jeune mère d’à peine vingt ans avec trois bambins dans les bras. Certaines doivent se marier avant même d’avoir fêté quinze ans. Il ne sera donc pas question d’aller à l’école très longtemps et encore moins de voyages dans de lointains pays. Cette fois-ci, ce sont les volontaires présents sur le terrain qui me fourniront les détails car les contacts sont beaucoup plus difficiles à établir. Ellen est hollandaise et a passé quelques mois au Nicaragua à enseigner l’éducation sexuelle aux jeunes filles (ce qui en gros signifie comment ne pas tomber enceinte avant même de savoir ce que c’est ) et Cliff, un américain oeuvrant dans les Peace Corps qui vit avec sa petite communauté dans les collines. Ils m’expliquent, chacun à leur tour, que l’Église n’a jamais vraiment réussi à associer un sentiment de culpabilité à la sexualité et encore moins à convaincre les latinos que le sexe va avec mariage et union. Sa seule réussite sur le sujet? Désapprouver l’utilisation de la contraception. Le résultat est évidemment catastrophique. Trop jeunes pour élever elles-mêmes leurs rejetons, elles les confient à une tante ou à la grand-mère. Ce n’est certainement pas le seul endroit dans le monde où cela se produit mais ici c’est de l’Amérique Centrale dont on parle, si près des USA, et non pas une contrée reculée sans contact avec le monde extérieur. La manière selon laquelle une société traite plus de la moitié de sa population est aussi un critère d’avancement, et en ce, ces pays d’Amérique Centrale semblent avoir beaucoup d’efforts à faire.

Il y avait aussi Michelle, hondurienne aux études à San José qui se demande si son pays lui offrira réellement des opportunités lorsqu’elle obtiendra son diplôme en gestion de l’environnement. Le pays n’est pas tellement connu pour ses politiques en la matière. Devra-t’elle rester au Costa Rica, là où il y a une demande pour ce genre de profession? Elle parle espagnol, anglais, français et hollandais. Une vraie surprise qui nous attendait, moi et mes amis, lorsque nous l’avons rencontrée dans un bar de San José. Que très peu de temps passé avec elle, mais assez pour avoir une bonne idée de ce qu’elle vit et à quoi elle aspire.

Voici donc en quelques tableaux un certain portrait de ces femmes de la Centro America. Bien d’autres auraient pu témoigner mais ce sont celles avec qui j’ai eu la chance de discuter. Il est connu que les femmes de ces contrées ont ce pouvoir sur les hommes, avec leurs hanches en amphore et bien souvent leur surabondance mammaire digne d’un délire freudien, sans oublier cette peau aux couleurs du soleil, mais il y a aussi des histoires à écouter, des facettes de la culture qui ne se révèlent que lorsque l’on s’intéresse à leurs destins. En ce, je suis plutôt satisfait de ces trois mois au centre des Amériques.

Croire en l’avenir (Guatemala)

Posted by: liblanc | February 8, 2010

Promenade entre océans

Peu de nouvelles lors des derniers jours car nous avons eu de nombreuses journées de déplacement, depuis San José jusqu’au Panama, en passant par la région du parc Corcovado (qui fut malheureusement un échec..) et sans oublier l’air frais des montagnes qui change de la brise marine. Je suis en ce moment dans les îles de la côte caribéenne du Panama, à Bocas del Toro, avec mes compagnons de route rencontrés au Nicaragua. Bocas est un endroit connu pour ses quelques plages magnifiques, pour son grand nombre de jeunes touristes en vacances (beaucoup d’argentins et de chiléens en ce moment) et, bien entendu, du rum, de la bière et du reggae (et en prime quelques ‘imports’ de la Colombie).

J’ai encore quelques sujets à approfondir avant de clore ce chapitre de mon voyage et ensuite je retournerai vers les terres d’Asie en quête d’inspiration. À bientôt!

Posted by: liblanc | January 24, 2010

Hommage au chicken bus

Ils ne sont plus jaunes!

Années ’80, campagne québecoise

Chaque jour du calendrier scolaire, je prenais place à bord d’un de ces bus de couleur jaune. Une immense cage d’acier et de verre signée Blue Bird Company, assez robuste pour traverser les hivers du pays et résister aux assauts constants d’une marmaille déchaînée. Plus de deux heures par jour, presque dix pour-cent de ma vie, qui passaient ainsi sur les routes de campagne, entre mon domicile et les écoles primaire et secondaire que je fréquentais. Des heures à ne rien faire, à penser au prochain mauvais coup. Des heures de réflexions à comment ridiculiser une fois de plus le pauvre chauffeur qui ne savait pas imposer le respect ou à inventer d’autres méthodes pour taxer les friandises des plus petits avec l’aide des plus grands et des plus musclés. Des heures et des heures à être prisonnier du transport scolaire.

Tout n’était cependant pas permis dans ces bus scolaires, loin de là. Il y avait des règles, écrites ou non, à respecter.  La première d’entre elles: l’exclusivité des sièges du fond à une petite clique élitiste, à ceux et celles qui étaient habituellement les plus avancés dans leur course vers la puberté, les leaders du moment. Il était aussi formellement interdit de toucher la poignée de la sortie d’urgence, offense passible de l’ire du chauffeur qui ne tolèrait point ce tintement d’alarme qui résonne lorsqu’il conduit. Enfin, gare à celui qui en fera trop ou qui se mettra à dos certains gamins: le changement entre deux bus est le moment propice pour les bagarres enfantines et les règlements de compte puérils. La vie à bord du Blue Bird n’était pas toujours rose.

Américains dans l’âme

Les divertissements étaient plutôt rares: jeux de ‘roche-papier-ciseau’, devinettes, moqueries et, merci à monsieur Sony, l’invention du walkman qui changera tout en permettant une certaine isolation face à ce tintamarre. Toutes ces heures à bord de ces bus n’ont pas vraiment laissé un souvenir agréable mais elles étaient nécessaires à l’obtention d’une éducation qui s’offrait de manière universelle en étendant sa portée au plus profond des campagnes. Les bus jaunes font partie de mon enfance, pour le meilleur et pour le pire.

2009, Amérique Centrale

Ils sont toujours là. Les vieux Blue Bird et Thomas d’autrefois ont trouvé un second souffle lors de leur passage en masse vers les pays d’Amérique Centrale. Trop vieux pour suivre les normes des commissions scolaires de l’Amérique du Nord, ils sillonnent désormais les routes du Belize jusqu’au Nicaragua comme transport de passagers, ces fameux ‘chicken buses’. Ce nom à consonance quelque peu péjorative provient du fait que ces poulaillers roulants transportent aussi bien hommes que volailles, le tout entassé dans un bric-à-brac à peine descriptible.

Certains ont pris de l’âge, avec des fenêtres qui ne tiennent plus en place et des moteurs qui crachent des nuages sombres et étouffants. Pourtant, d’autres se sont mis à la mode du ‘tuning’ et arborent couleurs vives et toute une iconographie qui va du Sauveur Jésus à l’Oncle Sam agitant son fier drapeau. Le chrome a fait son apparition au milieu des appliques de goût douteux et des enjoliveurs de dernier cri. Bichonnées avec amour, certains de ces bus sont aujourd’hui des chef-d’œuvres d’inventivité, du moins pour leur extérieur, car une fois à bord, les souvenirs de ces heures d’inconfort reviennent rapidement.

Ces vielles banquettes au rembourrage insuffisant tombent en ruines, déchirées et brisées. La distance entre chacune d’entre elles, qui convient certes à une clientèle de gamins d’âge scolaire, n’a pas changé. Pour des adultes, l’espace réservé aux jambes est minime. La chaleur est souvent écrasante. Ce n’est pas vraiment les retrouvailles que j’avais espérées pour ces bus de mon enfance et pourtant, j’ai adoré mes kilomètres parcourus en Amérique Centrale.

Curieuse rencontre

La vie locale, celle que l’on désire voir par delà les endroits touristiques, est à son plus fort dans ces chicken buses vieillots. Qui ne possède pas son propre véhicule voyage évidemment à bord, des grand-mères curieuses jusqu’aux jeunes professionnels. Malheureusement, tenir une discussion avec son voisin de banquette relève de l’exploit, que ce soit en anglais, en créole ou en espagnol. En effet, tous ces bus ont perdu quelques plumes lors de leur conversion en poulailler mais ils ont, pour la plupart, gagné un système de son d’une puissance stentorienne. Les hauts-parleurs crachent aussi bien salsa que rap hispanique, aussi bien merengue que succès américains d’autres décennies. Existerait-il une règle universelle qui stipulerait qu’un voyage à bord d’un bus local ne peut se faire qu’écrasé sous les décibels, du désert indien jusqu’aux volcans du Guatemala? Le contrôleur peut s’époumoner et hurler le nom des villages que nous traversons, à moins d’être assis à l’avant du bus, nous ne pouvons l’entendre. Il faudra faire confiance aux autres passagers pour nous indiquer quand nous extirper de ce chaos ambulant.

Ce qui rend par dessus tout ces bus si pittoresques et inoubliables, sans oublier photogéniques, est encore leur décoration exhaustive, mais cette fois en leur intérieur. Pour bien tout voir, il faut s’asseoir près du chauffeur. De cette manière, il est possible de contempler l’amalgame de décorations, ces ‘stickers’, qui couvrent l’avant du bus. Tout y est, de la culture traditionnelle à la pop-culture, de la religion à la tentation. Femmes de morale douteuse étendent leurs jambes interminables près du visage du Christ alors que de son côté Mickey Mouse salue bien bas un des héros de l’histoire locale. La Vierge pose un regard tendre sur Popeye qui lui n’a d’yeux que pour les hanches de Shakira. Au milieu de ce fouillis, placée sur le rétroviseur central du bus, on peut lire la parole de Dieu ou du moins un slogan qui l’interprète. Mon préféré : ‘Si ceci doit être mon dernier voyage, qu’il soit avec Dieu’. Alors que le bus dévale la route sinueuse le long des pentes du volcan, qu’il contourne à un poil près les animaux errants et qu’il suit les falaises du littoral salvadorien, on réalise que prendre place à bord d’un chicken bus, avec ses freins qui hurlent, est en fait un acte de foi (sinon de folie!). Amen.

Tous à a bord! Même Jésus et Snoopy!

Un grand merci à Brenna pour la photo du gamin dans un bus du Nicaragua.

Posted by: liblanc | January 18, 2010

Charme colonial

Antigua et ses rues bien droites.

Antigua est l’autre joyau du trésor touristique guatémaltèque, le premier étant les ruines de Tikal. Arriver dans cette ville, après les minuscules villages, la jungle et les rivières de l’arrière-pays, c’est l’impression de revenir à la civilisation, avec tout ce que cela a de bon et de mauvais. Antigua est l’ancienne capitale du pays et les monuments, même si souvent laissés à l’abandon suite aux tremblements de terre, abondent. La nature a en effet été particulièrement dure avec la vieille ville et la présence du volcan Agua et du Fuego, ce dernier encore actif, impose un respect face à la toute-puissance des forces de la Terre. Le cœur de la cité, bâti selon un plan parfaitement perpendiculaire où les avenues croisent les rues, est un carrefour de voyageurs et un centre d’apprentissage de plusieurs disciplines, de la langue du pays jusqu’aux pas de salsa. C’est tout cela, et pourtant, quelque chose manque. Quelque chose que je trouverai au Salvador, dans les rues de Suchitoto, ville beaucoup plus modeste mais au charme colonial plus vrai, plus authentique, et ensuite au Nicaragua.

Tous prêts pour la fête annuelle, Suchitoto

L’UNESCO a jugé bon de protéger Antigua en lui accordant cette précieuse (mais controversée) carte de membre du club du patrimoine mondial. Les câbles électriques sont enfouis sous terre, les ordures ne jonchent pas les rues, l’ordre règne, surtout dans la partie touristique. Même le McDonalds et le Burger King ont dû se prêter au jeu de la protection du patrimoine et se sont installés dans des anciens immeubles en préservant du mieux que possible leurs façades. Mais justement, que font ces restaurants de fast-food dans cet endroit historique? Voilà une partie de la réponse à la question portant sur l’âme manquante d’Antigua.

À force de trop vouloir en faire, on finit par transformer ce genre d’endroits en un parc d’attractions qui sent l’artificiel, le toc. Antigua est devenue internationale et tente un peu trop de s’élever au-dessus du reste du pays. On y passe du bon temps, on mange, boit, danse et rencontre des gens. Mais malgré toutes ces écoles de langue hispanique, c’est l’anglais que l’on entend le plus souvent dans les bars et les restaurants branchés. Une visite d’Antigua est incontournable lors d’un voyage à travers le Guatemala, mais elle est loin d’être suffisante. Il faut chercher ailleurs ce qui ne s’y trouve pas.

La fête au village, Suchitoto

Dans mon cas, ce fût quelques jours plus tard, dans le pays voisin, que je trouvai ce qu’il manquait à Antigua. Suchitoto, avec son nom qui fait sourire, est bien loin de figurer sur la même carte touristique. En plein Salvador, pays craint et souvent ignoré par les voyageurs en raison des risques de sécurité, la petite ville ne voit pas passer beaucoup de touristes. Il n’existe pas de ‘tourist shuttles’ permettant de couvrir la distance entre Antigua ou les plages du sud du Salvador sous la couverture protectrice d’une mini-van touristique allant de porte à porte. Il faut s’y rendre en ‘chicken bus’, en passant par une autre capitale infernale, San Salvador. Les guides touristiques en parlent, mais ils ne s’y attardent guère. Il faut donc braver l’inconnu et débarquer dans cette petite ville timide sans a priori. Tout de suite, on découvre ce qu’il manquait à Antigua: une vie locale riche et invitante.

 

Avec Adam, un compagnon de voyage, nous sommes arrivés en pleine semaine de célébrations d’un festival annuel mêlant un hommage à la patronne de la vielle, Santa Lucia, aux festivités d’avant-Noël. Feux d’artifices, ambiance de fête foraine, kiosques vendant toutes sortes de produits locaux, tout y était. Les traditions sont ici garanties par les habitants de la ville et de la région plutôt que par un seau officiel de patrimoine mondial. On vient donc à Suchitoto pour ses gens et ses traditions (et non pas seulement parce que le nom porte à rigoler!).

Quelques semaines plus tard, c’est dans les villes de Léon et Granada que je trouvai un sentiment similaire. Ces villes sont bien plus grandes que Suchitoto et les touristes y sont nombreux mais elles ont quelque chose de plus intéressant qu’Antigua.Toutes ces villes ont donc un dénominateur commun, avec à nouveau ces églises massives, ce plan de rues perpendiculaires et ces haciendas aux façades colorées, mais elles ont aussi une touche différente. Elles forment un ensemble des différentes incarnations que le charme colonial des anciennes villes espagnoles a pu prendre au cours des siècles. Ne visiter qu’une seule est une erreur. Il est donc utile de se laisser transporter le long de la célèbre route pan-américaine des collines guatémaltèques jusqu’au fameux Lago de Nicaragua. Quelques semaines ont suffit, mais quelques mois auraient été tout aussi convenables.

Couleurs flamboyantes, Leon, Nicaragua

Prochain article: Un hommage au ‘chicken bus’.

Posted by: liblanc | January 11, 2010

Une nouvelle annee

Bonne et heureuse année à tous!

Les dernières semaines ont été consacrées à me sauver de la déprimante côte nord du Honduras pour trouver refuge dans les villes du Nicaragua (Leon, Granada) où les festivités de fin d’année m’attendaient. Avec toutes ces soirées animées, ces lendemains de cuites difficiles et un groupe d’amis qui s’est formé, il était difficile de travailler sérieusement sur le blog. J’ai deux articles en rédaction et je devrais les poster d’ici les prochains jours lorsque je serai au Costa Rica.

À bientot et salutations toutes spéciales aux amis ‘retrouvés’ récemment grâce a Facebook (de nouveaux lecteurs!).

-R

Posted by: liblanc | December 24, 2009

Feliz Navidad!

En attente du Père Noël

Après un dur passage par le Honduras et de trop nombreuses heures dans les bus locaux, me voici enfin arrivé dans la ville de Leon, au Nicaragua. Ville étudiante, cafés et restaurants, petit hôtel charmant avec hamacs et piscine, on se croirait presque dans un aperçu du paradis après les galères des derniers jours. Demain, pour Noël, virée à la plage de Las Penitas et ensuite fiesta toute la soirée. De quoi regagner le sourire et reprendre du poil de la bête.

Joyeux Noël à tous et à toutes et à bientôt pour de nouveaux articles et photos.

-Richard

Posted by: liblanc | December 16, 2009

Images du Guatemala

Le Guatemala en couleur, même dans les cimetières!

En attendant les prochains articles, voici une collection d’une quarantaine d’images prises au Guatemala. (Lien).

C’est un peu du tout et du n’importe quoi, allant des ruines mayas jusqu’aux superbes piscines naturelles de Seamuc Champey.

Je suis actuellement à Copan, au Honduras, pour une dernière dose de culture maya avant d’aller profifer du soleil et de la plage sur la côte nord du pays pour Noël. Pour la suite, ce sera probablement un détour par la région de la Mosquitia et ensuite une entrée au Nicaragua.

À bientôt et bons préparatifs de Noël.

Posted by: liblanc | December 13, 2009

La mort d’un lac

Cadre idyllique mais sous un angle trompeur

C’est un des plus beaux lacs d’Amérique centrale. C’est le lac qu’Aldous Huxley, toujours en quête d’un monde meilleur et de superlatifs, qualifia de plus beau lac du monde. C’est une étendue d’eau entourée de collines, de montagnes et de volcans. C’est sur ses rives que se trouvent des petits villages pittoresques ainsi que les témoins d’une occupation maya. C’est le lac d’Atitlan (Lago de Atitlan), avec ses eaux bleues, ses quelques plages et ses paysages fabuleux. Et pourtant, le lac se meurt; il est à l’agonie. Il ne lui reste que peu de temps à vivre et ses rives ne sont plus que le triste reflet d’une catastrophe écologique qui se déroule en ce moment sous le regard impuissant des hommes et femmes du pays.

Sauver le lac avec les moyens du bord
Moyens dérisoires face au fléau

Inutile de chercher bien loin où est le problème: les eaux du lac sont remplies d’algues brunes. Les berges sont maintenant couvertes d’une espèce de boue organique gluante et puante. Vu des montagnes qui l’entourent, le lac est traversé de balafres brunâtres qui le défigurent. Même en son centre, là où les eaux sont profondes et l’agitation des bateaux permanentes, on trouve cette satanée algue qui prolifère. D’ici quelques mois, le lac mourra, étouffé par cette végétation lacustre incontrôlable. Les algues bloqueront la lumière et consommeront l’oxygène nécessaires au maintien de l’équilibre écologique fragile et les poissons disparaîtront à leur tour. Le lac se meurt d’une mort lente et douloureuse. La vie aquatique est condamnée, alors qu’en est-il de la vie humaine, de ces villages de San Pedro, Panajachel et autres? Sans surprise aucune, ils sont responsables de l’état actuel du lac. Mauvaise gestion des eaux usées, agriculture, déforestation, les causes sont nombreuses. Les ouragans tropicaux ont aussi une part de responsabilité. Un village entier a été projeté dans les eaux du lac suite à une tempête. Les pluies diluviennes ont causé des dégâts aux infrastructures de traitement des eaux et ont ainsi déversé des quantités abondantes de déchets dans l’Atitlan.

La vie continue, malgré tout

Sur la minuscule plage de San Pedro, des hommes s’affairent à tremper de grand draps colorés dans l’eau pour ainsi recueillir les algues et les déposer ensuite dans des paniers d’osier. Que font-ils vraiment? Je n’ose leur demander ni prendre de photos. Essaient-ils de nettoyer les eaux du lac, avec leurs moyens dérisoires? Les algues seraient-elles utilisées comme ingrédient dans une potion magique locale ou la fabrication d’aliment? Pour obtenir la réponse, je devrai attendre quelques jours et poser discrètement la question à quelqu’un qui pourra traduire les mots avec toutes les subtilités nécessaires. En effet, ces hommes tentent de nettoyer les eaux du lac, aussi futile que cela puisse paraître. Il est trop tard pour cela, le lac se meurt. Que peut-on faire? Le gouvernement du Guatemala estime qu’il faudra plus de 30 millions de dollars pour ressusciter l’Atitlan. Comment dépenser une telle somme dans un pays qui reste un des plus pauvres de la région?

Je passe quelques jours à San Pedro, à discuter avec les gens, partir à la découverte des sentiers à dos de cheval et, évidemment, boire des bières avec les expatriés qui y vivent. Plusieurs commerces sont tenus par des américains et anglais. Ils croyaient au potentiel d’Atitlan à devenir une station de villégiature, loin des artifices d’Antigua et du chaos guatémaltèque. Que faire maintenant? Abandonner le lac et ses villages à leur triste sort? Peut-être préparent-ils leur départ discret, sans faire de bruit, pour éviter que ces hommes qui pataugent en ce moment dans le lac avec leur bout de tissu les voient s’enfuir.

Le coeur n'est plus au loisir

Posted by: liblanc | December 8, 2009

Le feu de la Terre

Fenêtres sur le centre de la Terre


Il y a quelques mois, lors de mon passage en Indonésie, j’ai eu la chance de grimper au sommet de plusieurs volcans différents. Certains étaient actifs, d’autres éteints. Certains sont le théâtre du travail phénoménal de la nature (ie. le Rinjani) alors que pour d’autres, c’était le travail de l’Homme qui impressionnait (ie. Le Kawah Ijen). Bien loin de ces volcans de la ceinture de feu de l’Asie et des îles indonésiennes, le Guatemala est lui aussi parsemé de ces cônes surréalistes. Ce pays plutôt plat et couvert de jungle à sa frontière nord s’élève brusquement vers sa frontière australe où il partage la collection de volcans centre-américains qui s’étend jusqu’au Panama. Une de ces fameuses montagnes fumantes, le Pocaya, était à portée d’une aventure d’une journée à partir d’Antigua, haut-lieu de tourisme du Guatemala. La différence du Pocaya, et elle est de taille: la possibilité de marcher sur la lave.

 

Après une ascension plutôt facile en milieu d’après-midi pour atteindre l’objectif avant le coucher du soleil, nous approchions du point de sortie de la lave à quelques centaines de mètres sous le sommet. La dernière partie de la montée se fait sans vraiment de sentier, à grimper sur ses roches volcaniques coupantes comme des rasoirs. La brise y est puissante, il faut s’accrocher, être prudent et éviter à tout prix le faux-pas. À quelques dizaines de mètres de la cheminée de lave, la température ambiante augmente drastiquement. La chaleur de la montagne est désormais présente. La pierre est chaude, très chaude. Sous certains rochers, des cicatrices rouges incandescentes apparaissent. Voilà, la lave est sous nos pieds, enfin. Quelques dizaines de centimètres sous nos semelles se trouve le sang de la Terre, bouillant et écarlate. Ne pas glisser, ne pas poser les mains n’importe où. Malgré cette prudence, tentant d’éviter un large groupe de touristes envahissants, je tombe et me relève, les mains ensanglantées. Je peux le confirmer: ces pierres coupent en effet comme des rasoirs.

BBQ 100% naturel

 

Il est temps de sortir les guimauves et de le faire rôtir, presque instantanément, sur cette rivière d’apocalypse. Un défi: y allumer une cigarette (et, pourquoi pas, un joint). La lave est là, à portée de main. Seule la chaleur suffocante nous rappelle qu’il est dangereux de s’aventurer si prêt. C’est un spectacle unique qu’il aurait été impossible de voir sur les volcan indonésiens. Pour mon premier volcan d’Amérique, c’est une réussite. Mes doigts guériront rapidement et le rapiéçage de mon pantalon déchiré sera la preuve qu’en montagne, et d’autant plus sur un volcan, il faut marcher lentement, sans se presser. L’impatience n’est pas une bonne compagne sur les hauteurs.

Du haut de ce point de vue saisissant, sur les flancs du Pocaya, les trois autres volcans qui entourent Antigua se dessinent à l’horizon. Le majestueux Agua, le timide Acatenango et le bien-nommé Fuego. Ce dernier est un des seuls, à part le Pocaya, à faire preuve d’activité en ce moment. De temps à autre, il crache fumée, cendres et, parfois, un peu de lave, visible surtout la nuit, spectacle gratuit de feux d’artifices que l’on observe du toit de notre ‘hospedaje’ dans le centre historique de la ville coloniale aux couleurs pastels. Une autre des facettes de la vie nocturne d’Antigua. Mais à ce point, j’empiète déjà sur le sujet du prochain article.

Le Fuego, bien plus menaçant que le Pocaya

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