Posted by: liblanc | June 13, 2010

Sur la route des gorges

Oasis au milieu du désert

Il est incroyablement difficile d’utiliser Internet dans le milieu de nulle part en Australie. Pourtant, j’ai beaucoup de choses à raconter. Des visites dans des parcs nationaux magnifiques, à marcher dans des gorges aux pierres rouges et aux eaux glaciales, des rencontres fortuites avec des kangourous, du temps passé avec Ludo et Anoushka sur la route et deux jours exceptionnels dans une communauté aborigène. D’ailleurs, pour cette dernière aventure, je suis toujours en ce moment bouleversé par l’incroyable hospitalité qui nous a été offerte. Une visite de grottes sacrés, deux nuits à camper le long du feu et entendre les histoires du folklore local, une chasse au kangourou et tellement de cadeaux reçus que jamais nous ne pourrons rembourser cette dette d’amitié que nous devons à Ronnie, ses amis et ses enfants. Les articles seront publiés d’ici quelques jours. J’approche de Darwin, dernière étape de ce voyage. Le temps est passé si vite… au fil des 4500km parcourus jusqu’ici.

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Posted by: liblanc | May 22, 2010

Sur les terres du Prince

Bienvenue dans un autre pays

Près de Kalbarri, station touristique de la côte ouest australienne, se trouve un endroit, ou plutôt un pays, complètement à part, du moins juridiquement. En plein milieu d’une contrée agricole, au bout d’une route de terre rouge, le Prince Leonard règne sur son petit état, la principauté de Hutt River. Nous sommes en plein délire constitutionnel, résultat d’une croisade acharnée menée contre l’état australien et ses taxes par le Prince, un visionnaire, un rêveur, un doux illuminé. Seule l’Australie peut permettre de voir ce genre de curiosité et les vingt kilomètres à travers la campagne aride pour gagner la ferme du Prince Leo (et de la Princesse Shirley) en valent bien la peine.

Loin de Monaco ou d’Andorre, la principauté ressemblerait plus à une ferme du Far-Ouest comme on en trouve souvent ici. Isolée, avec ses puits éoliens qui tournent sans cesse, emblèmes de la campagne australienne, et sa machinerie agricole qui remplace les Bentleys et les Ferraris. On passe la frontière sans contrôle mais, dans sa ferme, le Prince a aménagé un petit bureau de poste et un bureau d’immigration. On tend fièrement son passeport pour le contrôle d’identité, avec le Prince lui-même qui vérifie l’authenticité du précieux document à l’aide de sa lampe à ultra-violets et de ses mains fatiguées d’une longue vie à travailler la terre. Il explique les différents symboles cachées dans les pages des passeports du monde tout en discutant de tout et de rien. Il recommande d’aller visiter sa chapelle, là où les trônes du Prince héritier et le Princesse sont situés. Avec un regard perçant de son oeil droit bouffi (il est aisément septuagénaire), il me met en garde contre la tentation de m’asseoir sur le siège réservé à sa Princesse chérie.

Une fière nation

Viendra ensuite le grand tour du musée de la Principauté, encore une fois avec le privilège d’avoir le Prince lui-même comme guide. Un morceau du mur de Berlin, des cartes postales de dignitaires étrangers, des vœux en provenance des têtes couronnées européennes, tout s’y trouve. Une copie d’un document secret provenant du gouvernement australien acquiesce à contrecœur avec la légalité de la séparation de Hutt River mais recommande de ‘briser’ le Prince et d’empêcher à tout prix que cela ne devienne un précédent constitutionnel. Plus étrange encore, le Prince et sa suite ont publié un journal de la défense du territoire, avec des photos en uniforme et tout le sérieux qu’une guerre, déclarée et remportée par le Prince contre l’Australie, peut demander. Enfin, comme si tout cela n’était pas encore assez étrange et humoristique, le Prince nous expose ses théories des chiffres, que la Création dépend de quelques constantes et que tout peut être exprimé mathématiquement. Loin de ses champs de blé et encore plus loin de son trône princier, Leonard s’est aventuré sur le territoire des grands penseurs, des philosophes, et a construit ses théories à partir de recherches et de réflexions personnelles. Serait-il une nouvelle version des despotes éclairés de jadis?

Une question se pose tout de même lors de la visite: Leo se serait-il pris lui-même à son jeu? N’est-il pas victime de son propre humour et tout ce délire princier, qui a commencé comme une protestation contre des taxes injustes, ne deviendrait-il pas un peu trop sérieux, un peu trop pompeux? Je souhaitais photographier le Prince en gros plan, trônant dans les artefacts de son musée, mais j’avais presque l’impression de servir de paparrazzo. J’ai plutôt opté au final pour une photo de sa statue, fièrement posée à l’entrée de sa ferme. Après une nuit passée sur ses terres, dans le caravan park princier (il n’y a pas d’hôtel à Hutt River), on repart certes avec le sourire mais aussi avec quelques interrogations. À quand verrons-nous les scandales de la maison princière exposés en images dans la presse people?

À la limite de la démesure

Posted by: liblanc | May 21, 2010

À Perth de vue

Mon nouveau chez moi

Il aura fallu un mois à Perth pour préparer mon voyage en Australie. Basé dans la seule grande ville de toute l’Australie de l’Ouest, j’ai eu le temps d’inspecter une bonne douzaine de ‘camper vans’, ces vieilles poubelles sur roues des années ’80 reconverties en maisons mobiles, et, ne l’oublions pas, reprendre aussi goût à la vie occidentale. Perth est une ville très moderne malgré le fait qu’elle soit si isolée. J’y retrouve beaucoup de choses en commun avec le Canada, Montréal en particulier, et pourtant tant de choses y diffèrent. C’est un peu comme se retrouver chez soi mais avec toutes ces petites choses qui ont été modifiées subtilement, à tel point que cela rendrait presque fou. Mais laissons derrière ces considérations pour revenir au sujet principal: mon précieux camper van. C’est en apparence une très bonne idée de partir avec un de ces trésors. Plus petits et maniables que les campers de location, plus confortables qu’une simple voiture avec une tente, ces vans sont bien souvent d’anciens véhicules de service pour les compagnies de téléphone ou autres et ont été rachetées à bon prix par des particuliers qui les ont ensuite adaptées pour un voyage à travers le pays. Un lit, quelques étagères pour le rangement, de l’équipement de camping, une glacière et ça y est, on a tout ce qu’il faut pour bouffer des milliers de kilomètres à travers un continent fascinant, si quelque peu monotone par endroits.

Et c’est un peu un avertissement face à cette monotonie routière que mes semaines à Perth m’ont permis de bien saisir. L’Australie de l’Ouest est en fait un immense désert, mise à part la région de Perth et le sud de la côte. Le reste, jusqu’aux tropiques et même encore plus au nord, est un grand désert de sable et de terre rouge, aride mais couvert de ces arbustes, le fameux ‘bush’ qui procurent si peu d’ombre pour les légions de kangourous et les campeurs qui les arpentent. Parfois, au détour d’une rivière, les terres redeviennent fertiles et l’agriculture bat son plein. C’est un pays difficile, avec une terre inhospitalière, et parcourir les milliers de kilomètres entre Perth et Darwin, tout au nord, demande une solide préparation et des précautions particulières. Pas question de manquer d’eau ou de moyen de communication en cas d’une panne totale. Les moustiques et les mouches sont nombreux, les kangourous kamikazes rendent la conduite de nuit impossible et les rivages peuvent parfois cacher des dangers, des requins jusqu’aux poissons à la dorsale épineuse et parfois même fatale. Si on ajoute à cela les immenses ‘road trains’ qui sillonnent les routes, ces camions apocalyptiques atteignants parfois plus de 35m, il faut du courage pour entreprendre ce voyage.

Pourtant, pourtant, après avoir rencontré ces aventuriers du dimanche qui voulaient me vendre leurs camper vans à tout prix, je me suis bien rendu compte que tout cela était relatif. Certains roulaient depuis des milliers de kilomètres avec des moteurs à la limite de la rupture, sans huile, sans frein, sans aucun souci. Certains étaient préparés à bloc, comme ce gentil couple d’italiens qui avait tout en double, certains autres allaient au devant de problèmes financiers importants suite à une totale négligence des éléments mécaniques les plus simples. Avec mes connaissances limitées en mécanique, le plus souvent héritées en observant le travail minutieux de mon père sur sa voiture, j’ai inspecté et ré-inspecté ces Ford, Mazda et Toyota de fond en comble, cherchant la future panne ou le signe d’une usure ne correspondant pas à ces 250 000 kilomètres et plus. Venait ensuite l’inspection du matériel, pour que le voyage se déroule bien, sans pépin, pour que moi et Tannith, mon amie de longue date qui m’accompagne jusqu’à Darwin ne manquions de rien. Tout est enfin là, dans ce Ford Econovan, tout est en place. Il est temps de partir. Il n’y a que 5000 km d’ici à Darwin, autant en profiter à plein!

N.B. Il est particulièrement difficile d’utiliser Internet en camping! Même avec une clé 3G Optus, nos possibilités de connexion sont limitées et je ne peux répondre aux emails et poster sur le blog qu’une fois par semaine environ.  Deplus, la vie de campeur est beaucoup plus exigeante que celle de backpacker dans les hostels du monde. Les articles seront donc plus courts, avec moins de photos mais j’essaierai de les publier plus souvent et sur des sujets plus variés.

Posted by: liblanc | April 27, 2010

Jours birmans, troisième et dernière partie

Une nuit sur le fleuve


31/03 Jour 16 – Descente

Fatigués des bus de nuit, nous tentons de rejoindre Bagan d’une manière différente. Cette fois, ce sera par la voie fluviale. Le vieux bateau qui relie Mandalay à Bagan part avant l’aube, dans une obscurité inquiétante, et, selon les avis, rejoint Bagan en quinze, vingt ou trente heures. Impossible d’obtenir une évaluation du niveau de la rivière ou une heure d’arrivée. Il faudra donc monter à bord sans vraiment savoir quand nous arriverons (si nous arrivons un jour!). Le départ est à 4h du matin, sur les berges boueuses de l’Irrawaddy. On y voit presque rien, la passerelle tient en équilibre précaire entre deux bateaux accostés, les sac à dos nous déséquilibrent et rendent la manœuvre périlleuse. Un ciel de tempête s’éclaire lentement au dessus de nos têtes, une tempête tropicale de faible intensité dont les vents frais nous suivront toute la journée. Une fois bien assis à bord, avec une vue qui se révèle de plus en plus magnifique au fil des heures, nous comprenons enfin l’intérêt d’une tel voyage. Les birmans sont assis ou couchés partout autour de nous, avec des allures de réfugiés fuyant la tourmente. Pourtant, les sourires sont nombreux et il est relativement facile d’avoir quelques échanges. Le temps ne compte plus, tout se passe lentement, très lentement. À chaque pause fluviale le long des berges, avant que les passagers puissent même mettre pied sur terre, des femmes portant des fruits, samosas et autres snacks se précipitent à bord, sautant dans le fleuve si nécessaire. Impossible d’avoir faim sur ce bateau. Les quelques touristes sont évidemment les clients privilégiés pour ces denrées car il est bien connu qu’ils sont capables de payer le prix fort pour combler leur faim. La journée consistera en une suite de siestes, de repas improvisés, de discussions, de parties de cartes et de photos saisissantes lorsque le bateau accostera.

Le voyage se poursuivra toute la journée et même après la tombée de la nuit. À l’avant-dernière étape, à moins de deux heures de Bagan, la confusion gagne les passagers et se répand comme une traînée de poudre. Personne ne comprend ce qui arrive vraiment, pourquoi le bateau ne reprend pas son itinéraire. Après de nombreuses tentatives à communiquer avec l’équipage réduit, nous comprenons enfin que le bateau ne partira que demain matin. Le temps s’annonce trop mauvais pour la dernière étape. Ou était-ce parce que le capitaine se sentait fatigué? Peu importe, il faut maintenant trouver une solution. Les passagers les plus âgés dormiront sur les couchettes (de simples planches de bois) dans la cabine avant, habituellement réservée aux moines. Les plus jeunes (dont je fais partie!) dormiront sur le pont, au chaud sous des couvertures que de vieilles dames nous prêteront pour la nuit. La famille en charge de la petite cantine à bord préparera du riz frit pour tous. Ce qui aurait pu être une galère est au final une belle opportunité pour une aventure différente, originale. Nous passerons la nuit avec notre petit groupe de réfugiés, de touristes aventuriers toujours en quête de différence ainsi que quelques birmans stoïques face à ce contretemps. Dernier aperçu de la lune qui pointe à travers les nuages, dernière bière, dernière discussion avec Tony, steward d’Air France en vacances et ses deux nouvelles copines rencontrées à bord, et c’est parti pour une nuit à la belle étoile (ou presque, étant protégés par le toit du bateau).

01/04 Jour 17 – Soleil

Nous arrivons à Nyaung U, le village le plus près de Bagan, vers 7h du matin. Le temps de trouver un endroit pour dormir, de prendre une douche bien méritée et de somnoler, nos amis du bateau sont déjà sur la route des temples. De notre côté, la journée sera un autre moment de repos. Il n’y aura pas d’autres étapes après Bagan, nous avons donc le temps de faire comme bon nous semble. Il y avait d’autres étapes possibles dans ce pays mais il aurait été nécessaire de courir, de forcer la marche, pour les voir toutes. Bagan sera t-il une déception, une overdose de temples dans un pays qui nous aura servi un peu trop de ses pagodes modernes et de ses monastères un peu tristes? Comment retrouver cet intérêt pour la culture, pour les ruines et les sites sacrés? Bagan se devra de nous impressionner.

Nyaung U est par contre un réel plaisir. De petits restaurants charmants, même si imprégnés de parfum touristique, des rues bien larges, au trafic limité, le tout a des allures de site de vacances. C’est un endroit qui porte à la détente, au repos. Les petits hôtels offrent des chambres avec une véranda et des chaises en extérieur. Il est facile de se déplacer partout en vélo, le terrain étant presque parfaitement plat. Les premiers repérages nous indiquent jusqu’où nous devrions pédaler pour admirer un lever et un coucher de soleil parfaits. L’excitation de la découverte revient, les jours qui suivront s’annoncent radieux. Nous partons explorer le reste du village, juste à temps pour voir le soleil glisser lentement le long de la surface dorée d’un stupa. Terminer le voyage par Bagan et le trajet en bateau étaient deux très bonnes décisions.

Que de temples..à Bagan!

02/04 Jour 18- Stupéfaction

Le temps de trouver un hôtel encore plus joli (et plus propre!) et de se louer de bons vieux vélos chinois et nous voilà sous le soleil brûlant à arpenter les routes et sentiers autour des temples de Bagan. On pourrait croire qu’un tel site ressemblerait beaucoup à Angkor, au Cambodge, par sa taille et par son organisation. Pourtant, c’est un paysage complètement différent qui nous attend et l’approche ne sera pas aussi facile que de prendre à bord d’un tuk-tuk pour la journée. La plaine aride et son sol sableux sont parsemés de temples de toutes tailles. Certains sont immenses, comme celui que nous avions aperçu à Yangon, d’autres sont minuscules, simples stupas pour lesquels il faut se baisser pour pénétrer à l’intérieur. La carte du Lonely Planet est à peu de choses près inutile. Le bouquin ne sert en fait qu’à nous donner la liste des incontournables, ces temples qui présentent un intérêt particulier. Pour le reste, il suffit de se laisser guide par son instinct. Peu de temples se trouvent le long des routes bitumées et il est très souvent nécessaire de pédaler (durement) sur les chemins sablonneux qui serpentent entre buissons, ruisseaux asséchés et stupas oubliés.

Il n’y a pas d’urgence à tout voir en deux jours. Le rythme des visites est lent, avec tout le temps pour prendre quelques photos et même discuter avec certains ‘vendeurs du temple’. Pas devant les temples populaires, évidemment. Ici, ce sont des douzaines d’enfants et d’adultes qui se jettent sur le touriste, de préférence celui plus âgé, qui sort d’un bus de tour guidé, avec un immense appareil photo autour du coup. Un peu plus loin, devant un temple aux origines hindouistes toujours présentes, la situation est différente. Une jeune fille birmane prend Inès en amitié et lui montre comment faire le thanaka, cette poudre que les birmans se mettent sur le visage. Une branche de santal est râpée et la poudre est ensuite mélangée avec de l’eau. La pâte est ensuite appliqué sur le front, le nez et les joues pour embellir la personne et la protéger contre les rayons du soleil. Inès repartira avec un maquillage local, suscitant encore plus de réactions et de sourires de la part des birmans. La journée se terminera devant un coucher de soleil magnifique, contemplé du haut d’un des temples les mieux placés pour l’observer.

03/04 Jour 19 – Aurore

Après le coucher de soleil de hier, ce matin nous tenterons de découvrir ce qu’est le lever du soleil sur Bagan. Difficile de pédaler lors de la dernière heure de la nuit, à essayer d’aller plus vite que les rayons naissants de l’aurore. Nous serons en retard de quelques minutes mais le spectacle n’en sera pas moins grandiose. Le soleil se lève lentement sur la plaine, à travers la brume de l’horizon. Les pointes des temples s’illuminent, la brique rouge est écarlate, les reflets sur l’or des grands temples explosent dans tous les sens. Les habitants de Bagan, à l’époque, avaient droit à deux spectacles solaires par jour. Un endroit tel que Bagan diffuse ce sentiment qu’il y a quelque chose de particulier ici, que la raison pour y bâtir tous ces temples ne s’explique pas uniquement par la ferveur religieuse des habitants ou la richesse de la cité. Il y a autre chose, une aura, une force, peu importe le nom qu’on lui donne. Ces temples ont été bâtis ici parce que c’était le bon endroit pour le faire.

L’après-midi sera plus tranquille, le moment parfait pour lire un peu plus sur cette civilisation et sur la symbolique des stupas et temples bouddhistes. Il n’est pas facile de comprendre comment et pourquoi ces lieux de dévotion sont construits de la sorte et leur intérieur est bien souvent vide, avec uniquement quelques statues de Buddha aux quatre points cardinaux. Difficile aussi de trouver de la documentation à Nyuang U car le musée est plutôt cher et, au final, peu recommandé. Encore une fois, c’est la notion de donner son argent directement à la junte militaire qui dérange. Nous ne pourrons pas clamer être des experts en architecture ou en archéologie mais Bagan nous aura beaucoup appris. La fascination est grande et elle sera de nouveau renforcée alors que nous contemplerons à nouveau le soleil se poser sur ces milliers de temples, cette fois bien assis au pied d’un tout petit stupa en retrait des chemins principaux.

Techniques et beautés pour le 'thanaka'

04/04 Jour 20 – Vacances

On se plaît bien à Nyuang U alors autant y rester. Cette une journée pour laquelle il n’y a pas grand chose à dire à part qu’il faut savoir profiter des choses simples. Lassis à la fraise, quelques plats épicés, un délicieux thali dans un restaurant indien, une sieste dans le confort de l’air climatisé. C’est une journée sans grande aventure ni découverte et même sans grand effort. C’est une journée de vacances dans les vacances. Pas de temple ni de vélo aujourd’hui, uniquement la plaisir de laisser 24 heures passer sans essayer de les optimiser ou de les occuper à tout prix.

05/04 Jour 21 – Fresques

Tout en contraste avec la journée précédente, cette dernière journée à Bagan sera des plus actives. On commence avec une bonne séance de vélo pour aller visiter des temples où les fresques sont réputées magnifiques. Certains temples impressionnent par leurs dimensions, d’autres par leur style. Pour ceux-ci, nous avons déjà fait le tour du site. Par contre, nous n’avons pas vraiment vu de fresques jusqu’à présent et il serait dommage de partir sans en admirer quelques unes. Les meilleurs temples pour les observer se trouvent en dehors du périmètre de la vieille ville et nécessitent donc un effort de cycliste plus important. Qu’importe! Nous avons la motivation nécessaire. La récompense en sera grande car ces fresques restaurées sont un trésor culturel. Il faut certes trouver ces temples un peu en retrait et ensuite pointer sa lampe de poche sur ses murs couverts d’images mais l’expérience rappellerait presque les récits d’aventures au goût d’Indiana Jones. Difficile d’interpréter toutes ces images, tous ces symboles, mais leur ampleur et la finesse des détails laissent pantois. La vie de Siddarta, les symboles bouddhiques mais aussi le Trimurti (trinité hindouiste) font leur apparition sur chaque surface de ces temples aux allures extérieures pourtant banales. Cette conclusion magnifique terminera ces jours d’émerveillement à Bagan.

Il est maintenant l’heure de partir, à bord d’un dernier bus de nuit, pour entreprendre la longue route qui nous ramènera à Yangon aux petites heures du matin. Les dernières heures à Nyaung U seront agitées, avec une course folle pour acheter un ou deux souvenirs, passer chez les coiffeur (pour 1$ la coupe, à ne pas rater!), rendre les vélos et déguster un dernier lassi à la fraise. La dernière surprise du voyage? Un bus de nuit ultra-confortable car, pour une fois, nous aurons les place de ‘luxe’ à l’arrière, là où l’espace pour les jambes est plus grand. Encore douze heures et nous serons à Yangon pour une dernière nuit.

06/04 Jour 21- Conclusion

Nous retrouvons Yangon, avec sa chaleur suffocante et le personnel toujours aussi charmant de la Motherland Inn. Il est temps de récupérer les heures de sommeil perdues, de prendre les dernières photos de cette vie urbaine trépidante, de discuter une dernière fois avec les compagnons de voyage rencontrés un peu partout dans le pays. La conclusion est bien souvent la même: le pays est spécial, différent de ses voisins d’Asie. Les gens n’ont pas la même approche qu’ailleurs et, ironiquement, on se sent moins forcés de suivre la route que tout le monde emprunte. Si ce n’était des interdictions de voyager par certaines routes et dans certaines régions qu’impose le gouvernement, ce serait un pays pour lequel la liberté de découvrir serait exceptionnelle. La saison n’est certes pas la bonne en ce moment et les paysages ne furent généralement que déceptions mais on ne peut qu’imaginer comment ce lac, ces collines et ces montagnes peuvent être magnifiques lors de la saison des pluies et dans les mois qui suivront. Ce n’est pas le pays le moins cher et ce n’est pas vraiment l’idéal romantique que certains voyageurs décrivent mais c’est un pays qui vaut la peine d’être visité, avec ses gens accueillants qui espèrent bien que ce contact avec l’extérieur finira par transformer leur vie et leur gouvernement, avec tout ce que cela implique de bien et de mal. Souhaitons qu’ils puissent développer leur pays grâce à des leaders compétents et élus démocratiquement mais que cela ne résulte pas dans une course aux dollars faciles, à vendre chaque brique des temples de Bagan et à sourire uniquement lorsque la couleur de l’argent fera son apparition. En fait, tout ce qu’on leur souhaite aux birmans, c’est un futur radieux, comme leur sourire, comme l’or de leurs pagodes et de leurs si nombreux Buddhas.

Fin de voyage dans un pays d'exception

Note: J’ai commis une erreur dans les dates pour le deuxième article des jours birmans. J’ai écrit deux jours de repos/ennui à Hsi Paw alors qu’en fait c’était la même journée. J’ai donc corrigé les dates mais j’ai laissé les quatre paragraphes pour une seule journée (quatre paragraphes pour une journée de repos, c’est beaucoup!).

Posted by: liblanc | April 19, 2010

Jours birmans, deuxième partie

À chacun son transport

23/03 Jour 7 – Aridité

Dernier jour à Nyaungshwe, il est temps de partir. Pour cette dernière aventure sur les berges du lac, nous partons à pied pour la journée, à suivre un guide local qui nous amènera dans les villages de la région. Plus de six heures de marche sous un soleil de plomb, à travers des paysages

sans vraiment de verdure. La terre est poussière, l’air est sec. La marche ne sera certainement pas la plus agréable ni la plus facile mais elle sera tout de même plaisante. En descendant dans les vallées, nous parcourons des champs où pousse de l’ail, des légumes, du tabac. L’irrigation ou la présence d’un simple ruisseau peuvent parfois faire des merveilles. Les villages sont calmes, les habitants y cherchent refuge contre la chaleur et de la sécheresse. Les locaux restent au frais, à l’ombre, et nous regardent passer dans leurs villages avec le sourire.

Arrêt dans une école et dans un orphelinat. En cette saison de vacances scolaires, les enfants sont bien souvent avec les adultes pour travailler aux champs le matin et le soir. L’école des plus petits reste ouverte et, avec Yves et Christophe, deux français qui marchent avec nous, nous profitons du passage pour saluer ces petits gamins aux yeux intrigués et les laisser nous chanter quelques couplets des chansons locales. Ce sera un des moments forts de la journée et ces mélodies resteront avec nous pour le long, très long parcours jusqu’à Hsi Paw, un village situé dans le nord-est du pays. Il faudra d’abord faire les quatorze heures jusqu’à Mandalay et ensuite les six heures jusqu’à Hsi Paw. Ce trajet sera interminable, souhaitons que Hsi Paw soit aussi bien que ce les guides et les autres voyageurs nous ont décrit.

24/03 Jour 8 – Hsi Paw

Aux aurores, dans le terminal de Mandalay, en attente de notre bus, le moral tient toujours bon. Il est précieux de voyager avec quelqu’un avec qui l’on s’entend bien pour affronter de telles situations. La vigilance est à son plus faible, il serait facile d’oublier un sac, son portefeuille ou je ne sais quoi. Il serait tout aussi facile de somnoler et de rater son bus. Trois heures d’attente en extérieur, assis à une table devant une cuisine de fortune. Cafés, thés, riz frit, la diète du voyageur. À nouveau, ce sera une surprise de voir le bus pour lequel nous avons acheté un ticket. Celui-ci sera un des pires de toutes l’Asie du sud-est, une vieille carcasse sur roues, chargée à bloc de sac de riz, de caisses de bouteilles de whisky et d’autres produits dont nous ignorons l’origine. Le bus s’arrêtera dans tous les villages, non, dans tous les hameaux de Mandalay à Hsi Paw, pour un périple de plus de sept heures au lieu des cinq ou six promises. Le bus est à la fois transport de passagers et marchandises. Fatigués, irrités, épuisés, nous regardons ce paysage aride et ces cours d’eau taris tout en souriant. L’aridité des lieux nous semblent irréelle, la vie semble s’être évaporée. Mieux vaut en rire, pour l’instant.

Hsi Paw est une petite ville le long d’une route où circulent les camions chinois qui vont et viennent vers la frontière. À nouveau, la poussière est difficilement supportable et l’air est sec. Est-ce vraiment la peine de faire six heures de plus pour gagner Namshan, un village dans les collines, et ensuite marcher trois jours pour revenir à Hsi Paw? La journée se terminera en buvant une bière avec les autres voyageurs de passage, ceux qui logent aussi dans notre guesthouse. Ils sont aussi bien canadiens qu’anglais ou allemands, et certains nous disent qu’ils viennent de passer six jours ou plus à Hsi Paw. Le soleil les aurait-il affectés à ce point? Il n’y a rien à faire dans ce village maudit.

À Hsi Paw, on mange bien!

25/03 Jour 9 – Repos

Inès ne se sent pas très bien. Les nuits dans les bus sur-climatisés, les changements de température et la diète du voyageur commencent à peser sur sa santé. Elle se reposera donc toute la journée alors que de mon côté je profiterai de ces heures pour découvrir les environs. Première belle surprise: un petit restaurant où la famille qui l’opère est absolument charmante. La nourriture est un peu différente d’ailleurs, avec des recettes comme le poulet paprika et, la spécialité de la maison: un délicieux jus de fraise. C’est la saison des fraises au Myanmar et il en sort de partout. De vieilles dames vendent ces minuscules fruits sucrés à chaque coin de rue. Le jus en question est particulièrement frais, fait avec les fraises achetées le jour même auxquelles on ajoute du lait condensé et du coco râpé. Un délice, un nectar presque divin qui aura comme conséquence d’attirer tous les occidentaux de passage à Hsi Paw et de faire de ce restaurant l’endroit de prédilection pour rencontre et d’échange.

Au cours de ces échanges, la réalité devient de plus en plus claire. Nous n’irons probablement pas marcher dans les collines avoisinantes. Trop chaud, trop sec, trop peu intéressant. Il est préférable de rester un peu au village, de se balader le long de la rivière, d’explorer la proximité plutôt que de s’aventurer dans les chemins reculés. Ce sera sans doute la première déception du voyage au Myanmar. Ces paysages qu’on nous avait promis, nous ne les verrons pas. Au tout début, nous envisagions d’aller jusqu’à Putao, à l’extrême nord du pays, à la porte de l’Himalaya, mais les coûts, le visa spécial qui doit être accordé et la durée réduite de notre voyage rendent la destination impossible. Les fantastiques paysages du Myanmar seront pour une autre fois.

Après plus de vingt heures de bus et d’attente, il faut quelques jours pour retomber sur ses pieds. Inès se repose pour une deuxième journée alors que je commence à trouver l’endroit ennuyeux. Je me sens dans un cocon, allant de la chambre jusqu’au petit restaurant à jus de fraise, en passant par la véranda de l’hôtel pour y voir les copains. Nous nous demandons alors si ce n’était pas une erreur de venir jusqu’à Hsi Paw. Le Lonely Planet est, comme bien souvent, charmé par l’endroit : ‘On y vient pour deux jours et on y reste une semaine’. La seule raison pour y rester si longtemps nous semble être l’extrême fatigue qui résulte d’être venu jusqu’ici. Certains voyageurs partagent leurs histoires de transit à travers le Myanmar, avec de bons commentaires à propos du train qui relie Mandalay à Hsi Paw. Un voyage tout en lenteur, qui nécessite deux fois plus de temps que le bus mais qui offre le confort relatif du train et qui permet de mieux voir les paysages (mais quels paysages? Tout est brûlé!). Peut-être le train sera t-il notre porte de sortie de Hsi Paw?

Un petit groupe se forme pour une balade vers le ‘Little Bagan’, quelques minuscules stupas qui se trouvent à vingt minutes au nord du village. Je prends l’appareil photo avec l’espoir que l’inspiration reviendra pour chasser le manque d’intérêt qui me gagne. Ce sera au final une sage décision car, à défaut d’offrir des paysages verdoyants, Hsi Paw est une vitrine sur la vie des birmans. Quelques moines en robe, des paysans qui reviennent des champs avec leur buffle, des vieilles dames assises dans leurs échoppes, tout y est. Rien n’est incroyablement original et tous ces éléments sont omniprésents en Asie mais c’est le tout qu’ils forment qui revêt un intérêt certain. Il y a une sorte d’équilibre qui règne, une tranquillité qui se respire et qui s’apprécie. C’est une balade simple, sans grandes ambitions, mais c’est souvent celles-ci qui sont les meilleures. Les choses viennent vers nous plutôt que le contraire. Quelques bonnes photos, un retour par les champs et les rizières, une bière bien méritée à la fin, c’est une bonne journée.

Vieux pont et nouveau coucher de soleil

26/03 Jour 11 – Sommet

Le Lonely Planet avait peut-être raison après tout: on reste toujours à Hsi Paw plus longtemps que prévu. Il est certes temps de partir et de continuer ce voyage dans le reste du pays mais la liste des possibilités diminue au fil des jours qui passent. Plus question de courir, il vaut mieux profiter des lieux que nous découvrons plutôt que de vouloir tout voir. Les périples en bus de nuit nous sont maintenant insupportables et la patience a atteint ses limites. Ce sera le dernier jour à Hsi Paw avant de reprendre la route vers Mandalay. Quelques jus de fraises, quelques bières chinoises (moins chères) et encore un peu de ce poulet au paprika. Le programme de la journée aurait très bien pu se limiter à s’asseoir à la table de notre restaurant préféré mais, poussé par un sentiment tenant plus de la culpabilité que de l’intérêt, nous partons pour une balade en dehors du village, vers un monastère perché au sommet d’une colline, accompagnés par Martina, une jeune suédoise qui logeait au même hôtel que nous.

À nouveau, c’est ce genre de balade qui offre les meilleures opportunités pour rencontrer des gens et capturer de magnifiques images. Le monastère comme tel n’est qu’une simple cabane en bois mais la vue du sommet de la colline est intéressante. La brume de saison et la fumée des brûlis limitent la visibilité, nous empêchant de voir les montagnes au loin, mais tant pis. Voir les méandres de la rivière et observer Hsi Paw depuis les hauteurs valent bien la marche jusqu’ici. Un moine solitaire nous offre le thé, comme toujours, et nous demande de signer son registre. Dommage qu’il ne parle pas anglais (ou espagnol!), la discussion en terrasse, une tasse de thé à la main, aurait été des plus fascinantes. Au retour, avant de passer le vieux pont craquelant qui ramène du côté du village, nous croisons enfants et adultes qui se jettent devant nos appareils photos pour nous offrir leurs plus belles expressions et leurs plus beaux sourires. Les touristes ne laissent certainement pas indifférents dans ce pays. Enfin, comble de l’hospitalité, alors que nous attendons Inès qui se déchaîne photographiquement devant ce coucher de soleil, le gardien du pont s’approche de Martina et moi, dans son bel uniforme (et ses sandales) pour nous offrir des tranches de pastèque. Moment unique.

27/03 Jour 12 – Fluvial

Toujours à Hsi Paw. Quelques amis nous ont fortement recommandé la balade en bateau sur la rivière. Un tour guidé d’une journée, à remonter le cours d’eau vers (encore) des monastères, des plantations de fruits exotiques et, enfin, la possibilité de se baigner dans les eaux fraîches à la confluence des deux rivières. Un petit groupe s’est formé sur la véranda de l’hôtel et nous sommes donc cinq ce matin à prendre place à bord de cette longue barque pour d’autres aventures. D’expérience, je n’ai jamais vraiment regretté ce genre de visites en Asie, sachant très bien que la vie se trouve le long des cours d’eau. La journée est chaude et brumeuse, rien de nouveau sur ce front, mais la rivière et ses berges sont un tableau intéressant, une perspective différente. Après le sommet des collines, nous profitons de la fraîcheur de la rivière. Notre guide nous emmène marcher dans les champs, pointant ça et là les différents arbres et plantes exotiques. Pour certains dans notre groupe, c’est le premier contact avec un plant d’ananas. Et oui, le fruit pousse au niveau de la terre, au centre de cette large plante. Mais où donc pensiez-vous qu’elle pouvait bien pousser? Le monastère au bout du chemin sinueux ne sera rien d’original mais nous profiterons de l’ombre, du thé et des petits biscuits pour poser à nouveau les questions qui s’imposent. Pourquoi tous ces moines dans l’ensemble du pays? Pourquoi tous ces jeune garçons en robes rouges et oranges? Pourquoi ne sont-ils pas dans les écoles? Les réponses convergent bien souvent vers la réalité crue du pays: sans divertissement, sans vraiment d’avenir, sans possibilité de voyager, les gens prient. Buddha leur offre la fenêtre sur un monde plus gai que celui dans lequel ils vivent. C’est en fait si simple.

Le moment fort de la journée sera la possibilité de se baigner dans la rivière. Le plaisir de sauter dans les rapides, de nager dans cette eau rafraîchissante. Malheureusement pour moi, ce sera aussi le moment où la santé commencera à flancher. Plus d’un an sans être malade, à manger un peu de tout sans me poser de question, à me croire invincible. Un dur retour à la réalité qui me fera passer plusieurs heures, et toute une nuit, à songer à ces jours infernaux lors de mon séjour à Delhi, tordu de douleur dans une chambre froide et poussiéreuse, à attendre que le mal s’élimine de lui-même. Nous partons en bus le lendemain matin, il faudra du courage et toute la foi en un prompt rétablissement pour affronter les six heures jusqu’à Mandalay.

Les verdoyantes collines de Hsi Paw!

28/03 Jour 13 – Citadine

La route est bien plus facile cette fois-ci. Le bus est moderne et confortable. Il ne faudra que six heures pour gagner Mandalay. Le premier contact avec la ville n’est pas très encourageant. Lors de notre transit au premier passage, en route pour Hsi Paw, la ville était encore plongée dans l’obscurité. En cet après-midi chaud et poussiéreux, Mandalay n’a pas si belle allure. Le trafic est intense, le bruit omniprésent. La ville est par contre assez verte, de beaux grands arbres bordent les rues. Le quartier dans lequel nous logeons, là où se trouve une autre de ces auberges birmanes très propres et organisées, n’a rien d’exceptionnel. Il est central mais rien n’est vraiment à portée de notre courage pédestre. Il devient rapidement évident que nos transports ici demanderont toute notre patience et habileté à négocier avec les chauffeurs de taxi mais aussi avec les tri-shaws, ces vélos dotés de sièges passagers sur le côté. D’autres pays d’Asie, comme le Vietnam, ont aussi des tri-shaws mais la configuration de ceux du Myanmar est unique. Un vieux vélo avec un ‘sidecar’ double sur lequel prennent place deux passagers assis dos à dos. Il faut de sacrées jambes pour faire avancer un tel véhicule lorsque deux occidentaux s’y trouvent!

La journée, ou plutôt la nuit, se terminera par une balade au marché du centre-ville, une grande artère prise d’assaut par les vendeurs de fringues made in China, de gadgets, de friture et de brocante. Un autre dîner pris sur le pouce, assis sur ces minuscules tabourets de plastique, à choisir des brochettes aux textures inconnues et des soupes de nouilles aux ingrédients indéfinissables. Mandalay de nuit n’est guère vivante et il manque singulièrement d’endroits où des échanges seraient possibles, comme les bia hois vietnamiens ou les restaurants de rue thaïlandais. À l’image de Yangon, où presque tous les commerces ferment avant 22h, Mandalay s’endort relativement tôt dans la nuit, au son des générateurs qui essaient tant bien que mal de garder la ville éclairée lors des si nombreuses coupures de courant.

29/03 Jour 14 – Dorure

Il faudra bien explorer Mandalay, malgré ses aspects plutôt rébarbatifs. Tout d’abord, nous nous informons sur les techniques pour éviter de payer les 10$US qui couvrent les visites des sites principaux. Il est bien connu des touristes que cette somme ne va pas du tout à l’amélioration ou l’entretien des sites de la ville mais plutôt directement dans les coffres de la junte militaire au pouvoir. Un touriste ‘éthique’ se doit, paraît-il, de prendre tous les moyens pour éviter de débourses cette somme. Il existe de nombreuses manières d’éviter les contrôles: grimper la colline de Mandalay à pied, entrer dans les pagodes par la porte arrière, éviter le palais central, certes refait à neuf mais sans vraiment d’intérêt. Nous commençons donc par une pagode, une autre, mais cette fois-ci ce sera une où un culte vivant et spectaculaire prend place. Les fidèles y collent de fines feuilles d’or sur une statue de Boudha depuis des siècles. Chose étrange pour le bouddhisme, la définition de fidèle n’inclue pas les femmes. Seuls les hommes pourront approcher la statue sacrée et y poser leur offrande dorée. Les femmes resteront derrière, à prier l’Illuminé, l’Éveillé, et à tendre leurs feuilles dorées aux hommes qui voudront bien aller les apposer pour elles.

Le reste de la journée se déroulera au hasard de notre errance dans la ville. Difficile d’y être impressionné, Mandalay, un nom qui évoque exotisme et aventures, ne sera en fait qu’une grande ville sale et peu intéressante. On s’y fatigue vite et il ne faut pas très longtemps pour y perdre sa motivation de piéton et revenir à bord d’un tri-shaw. Cela dit, tout ne sera pas perdu. Tout juste avant le coucher du soleil, nous aurons la chance de grimper les longues marches jusqu’au sommet de la colline de Mandalay et, bien assis près d’un autre Bouddha bienveillant, admirer la ville depuis son point le plus haut. Première surprise: elle est encore plus verte que l’on croyait. Le centre historique, le palais ‘interdit’ (à cause des 10$!), est entouré d’un mur carré et d’un fossé rempli d’eau. Les arbres sont partout, véritable poumon vert pour la ville autrement étouffante. À quelques kilomètres au nord de la ville, le paysage devient rizières et pâturages. Le coucher de soleil magnifique, écarlate et doré à la fois, viendra baigner le tout d’une chaude lumière exceptionnelle. La ville aura finalement réussi à nous charmer. Et, comme pour confirmer que Mandalay sait nous surprendre, nous ferons ensuite la rencontre de Weeno, un conducteur de tri-shaw à l’anglais bien développé. Alors qu’il pédale de toutes ses forces pour nous amener vers un comptoir à chapatis au coin d’une rue ou vers notre hôtel au centre de la ville, il me raconte son histoire, ses six mois en prison, ses chances d’étudier à jamais perdues. Il me parle de sa méfiance face à ce gouvernement qui n’a jamais rien fait pour les birmans. Il me donne enfin ce que j’étais venu chercher ici. Je conclus cette soirée en proposant à Weeno, qui est aussi chauffeur de taxi à ses heures, d’être notre guide demain pour nous emmener visiter les anciennes cités autour de Mandalay. Marché conclu.

30/03 Jour 15- Ancien

Amapura, Sagaing, Inwa. Trois cités construites autour de Mandalay au gré des caprices des rois qui voulaient changer l’emplacement de leur capitale. Une journée à faire le tour de ces endroits, avec Weeno comme chauffeur et guide, et cette fois accompagnés de Jean-Christophe et Fanny, un couple de jeunes montréalais. À ce point du voyage, et encore plus pour moi après tous ces mois en Asie, les pagodes ne semblent plus vraiment dignes d’intérêt. Tous ces centres religieux sont trop souvent construits exactement de la même manière, de même couleur, de même configuration. Un Bouddha assis, toujours aussi serein, quelques fresques modernes sur la vie de Siddarta et des milliers de dollars en offrande dans des boîtes de donation. Les escaliers sur le flanc des collines de Sagaing ne seront donc qu’une promenade de santé, pour un aperçu de Mandalay depuis un autre point de vue.

Inwa quant à elle n’a que très peu à offrir mais la balade dans la campagne est bucolique, même si c’est une étape incontournable du parcours touristique birman. Une bonne douzaine de personnes nous attendrons de l’autre côté du traversier pour nous convaincre de faire le tour de l’île à bord d’une charrette tirée par de vieux canassons au bord de l’épuisement, jusqu’au point où la patience finira par s’effacer et le ton monter. Oui, d’accord, le monastère se trouve ‘very very far’, mais il n’est pas question de payer pour le transport en charrette, même après plus d’un quart heure à être suivis par une insistance qui rappelle les endroits les plus touristiques de l’Asie du Sud-Est. Peu de ruines à voir au final mais une vie tranquille qui nous entoure, avec quelques exemples de maisons traditionnelles, bâties le plus souvent sur pilotis. Une tour de surveillance, vestige des anciennes murailles, est présente au cœur de la campagne, témoin d’un passé glorieux, belliqueux, qui est bien difficile à imaginer aujourd’hui. Amapura, dernière étape, sera la surprise finale. Un pont en teck, un pont qui semble ne jamais terminer, y traverse le lac. Un peu avant le crépuscule, les gens des villages environnants l’empruntent pour aller d’un côté ou de l’autre. Coup de chance lors de notre passage: les moines font la fête. Leurs examens sont terminés, leur année scolaire s’achève. Tous âgés en début de vingtaine, ils arrosent les passants, surtout les demoiselles, avec de l’eau, exactement comme le feront des milliers de gens dans une semaine, lors du festival Thingyan (l’équivalent du Song Kran thaï). Plus que jamais, c’est là que l’on découvre le charme du Myanmar: pas vraiment dans ses temples et ses ruines mais plutôt chez ses habitants, avec leurs grands sourires et leur hospitalité. Mandalay aura été, au final, une belle étape du voyage. Il ne reste maintenant plus que Bagan et ses milliers de temples.

Fin d'une journée de travail sur le pont d'Amarapura

Posted by: liblanc | April 15, 2010

Jours birmans, première partie

Pour les vingt jours de mon passage en Birmanie, j’ai essayé du nouveau. Au lieu de poster un ‘article’ sur un sujet précis, j’ai écrit deux paragraphes par jour, un peu à la manière d’un journal de voyage. Le tout est très condensé et j’espère que la lecture n’en sera pas pour autant insatisfaisante. Pour rappel, ce voyage à travers le Myanmar s’est fait du 17 mars au 7 avril 2010 en compagnie d’Inès, une jeune catalane qui commence à peine son année en Asie. Une partenaire de voyage, un pays sans vraiment de connexion Internet, un format différent pour le blog, tout était nouveau. Ou presque!

Pour l’ensemble de mes photos du Myanmar, suivez ce lien.

Schwedagon, l'incontournable de Yangon

17/03 – Jour 1 – Atterrissage

Yangoon, capitale d’un des pays les plus isolés du monde. En sortant de l’avion, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Au croisement de tellement d’influences, nichée entre la Chine, l’Inde et l’Asie, à quoi cette ville pourrait-elle bien ressembler? Première surprise : on nous attend à l’aéroport. Une des ‘guesthouses’ de la ville, probablement LA guesthouse, envoie de charmants individus arborant de grands sourires pour accueillir les routards mal fagotés que nous sommes. Tous se laisse prendre au jeu, l’offre est trop alléchante. Nous voilà donc dans un petit hôtel tout à fait convenable, pour un prix modique (quoique plus cher que dans le reste de l’Asie), où tout est fait avec soin. Première surprise.

Les quelques heures suivantes passées à déambuler dans les rues de Yangoon seront un choc. Bangkok est loin, très loin. La grande mégapole thaï est à peine à une heure de vol mais c’est sur une autre planète que nous avons atterri. Ces immeubles décrépis, ces trottoirs brisés, ces boutiques improvisées, cette poussière, ces odeurs.. tout cela me rappelle quelque chose. J’hésite un instant, je cherche dans mes souvenirs. Voilà, j’ai trouvé! Je suis de retour.. en Inde! Une Inde à la sauce asiatique certes, avec cette bouffe de rue qui est certes différente, cette fois consommée sur de minuscules tabourets en plastique qui envahissent les trottoirs (ou du moins ce qui ressemble le plus à un trottoir) au lieu des dhabas indiens. C’est le chaos, la saleté et le laisser-aller de l’Inde mais aussi son effervescence, ses gens accueillants et cette fascination pour les visiteurs qui va au delà des premières impressions et qui se donnent la peine d’aller plus loin. Pour confirmer le tout, je remarque des images de Shiva et Vishnu dans les boutiques et les échoppes. Je suis en terrain (presque) connu.

18/03 – Jour 2 – Dévotion

Journée de temples. D’abord un temple de consommation, un marché, où tout est à vendre. Finis les centres commerciaux de Bangkok, ici on ne vend plus de Versace ou de Vuitton, vrai ou copie, mais plutôt ce que la Chine a bien voulu exporter au Myanmar. Bijouteries, artisanats, textiles, un marché qui surprend par son organisation, par l’ordre qui y règne. Cet ordre et cette sécurité sont les bienvenus car ils sont critiques à notre mission du jour: changer de l’argent. Il n’y a pas de guichet automatique au Myanmar. Il y a des banques, évidemment, mais elles se doivent de respecter le taux de change officiel du kyat qui est d’environ trente pour un dollar. Au marché noir, le dollar s’échange pour environ 1000 kyats. Nous repartons avec des liasses de centaines de billets de 1000 kyats dans les poches, tels des gangsters. À nous le Myanmar.

Avec tant d’argent, il est temps d’aller chercher l’absolution dans un vrai temple. Une visite dans une pagode un peu éloignée du centre, Chaukhtatgyi, après une interminable marche le long des grands boulevards de la ville. Un énorme Bouddha couché nous offre la sérénité de son sourire. Par chance, nous rencontrons deux jeunes hommes, deux jeunes étudiants dans un monastère situé à côté de la pagode. Ils parlent anglais presque parfaitement, et, à la grande surprise d’Inès, espagnol. Les voici dans une discussion polyglottes, heureux de pouvoir enfin mettre en pratique les langues apprises le plus souvent par eux-mêmes, sans professeur. Ils étudient, lisent et absorbent toute l’information qu’ils peuvent trouver. Ils nous offrent une visite de quelques uns des monastères, nous les suivons. Devant leur grand maître, nous expliquons les raisons de notre visite au Myanmar. Le vieux bonze est satisfait de nos explications, voire flatté de savoir que nous venons ici pour découvrir non pas un pays mais surtout ses gens. À travers une discussion toute en nuances, il apparaît que les moines sont l’autre élite intellectuelle du pays, celle qui résiste, celle qui contourne la censure et l’ignorance pour garder un œil sur le monde. Ces moines sont les gardiens du savoir dans un pays où les livres sont souvent rares. Nos amis ont lu Cervantès, connaissent l’histoire de Franco et démontre un intérêt particulier pour la géo-politique. Nous finirons cette journée en contemplant la fameuse pagode de Schwedagon, débauche d’or, de diamants et de richesses. Un endroit serein, un lieu où la dévotion est forte, mais sans nos copains moines pour en faire le tour, la visite n’a pas la même intensité. Il est plus intéressant de discuter avec les disciples qu’avec Bouddha lui-même.

19/03 Jour 3- Périple

Un autre de ces périples cauchemardesques en bus nous attend. Plus de quinze heures pour gagner le lac Inle, étape incontournable d’un séjour dans ce pays. Nous quittons donc la capitale (techniquement, ce n’est plus la capitale mais on s’en fout) pour le terminal de bus qui se trouve à plus de 45mins en taxi du centre-ville, nous donnant une dernière occasion d’observer la vie d’ici. Soudain, sorti de nulle part, un gigantesque temple aux allures de forteresse fait son apparition sur la ligne d’horizon, peut-être un prélude à ce que nous trouverons à Bagan, dans deux semaines. Nous ne saurons sans doute jamais quel était ce monument énorme, quasi grotesque, mais rien ne nous étonne quant à la démesure de certaines constructions dans ce pays. La prochaine surprise qui nous attend sera de voir quel type de bus nous transportera jusqu’au nord de la Birmanie. Au final, ce sera un bus chinois assez moderne, avec climatisation et sièges relativement confortables. Comme à l’habitude, les clips vidéos et les séries comiques qui seront diffusées sur l’écran au dessus du chauffeur nous laisserons dubitatifs. L’humour se trouve quelque part dans la culture locale, celle que nous n’avons pas encore eu le temps d’approcher.

Des kilomètres et des kilomètres de route déferleront. Tout d’abord le long d’une autoroute grandiose, bâtie à grands coups de bulldozer au cœur de la plaine. Probablement de construction chinoise, cette route semble ne mener nulle part tellement le terrain est plat et aride. Rien à perte de vue si ce n’est l’occasionnel restaurant où les bus s’arrêteront le temps de consommer une soupe aux nouilles ou du riz frit aux saveurs locales. C’est le moment propice pour observer les us et coutumes des gens du pays. La nourriture diffère de beaucoup de celle de l’Inde et se rapproche de celle de la Thaïlande. Les gens ne consomme que très peu de boissons gazeuses car elles sont chères (importées de Thaïlande) et se rabattent plutôt sur le thé, toujours présent sur les tables et, à noter, gratuit avec tout repas. Plus tard, lors des arrêts nocturnes de notre bus, quand nous affronterons les routes sinueuses et cabossées des montagnes, les birmans nous surprendront par leur penchant pour un petit verre de whisky avant de reprendre la route. Même les grands mères se font servir un verre de ce qui doit être au autre tord-boyau d’origine douteuse mais servi pour un coût ridiculement bas. Tout le monde remonte à bord, le bus reprend sa route à travers les ténèbres et nous finirons ce périple largués dans un tout petit village, à 4h30 du matin, sans la moindre idée d’où se trouve ce fameux lac Inle. Nous négocions alors avec un chauffeur de camionnette pour nous emmener à Nyaungshwe, le village où se trouvent auberges et point de départ de l’exploration du lac. La frontière entre les jours devient floue, nous tombons dans un sommeil profond.

À la pêche sur le lac Inle

20/03 – Jour 4 – Fraîcheur

Nyaungshwe est un village au rues perpendiculaires, avec un marché typique, quelques pagodes, quelques monastères et de bien nombreuses maisons sur pilotis. Si ce n’était des quelques auberges impeccables et des restaurants au menu en anglais, personne ne pourrait se douter que c’est un des sites les plus visités du pays. Le tourisme en Birmanie n’est décidément pas évalué sur la même échelle qu’ailleurs. Certes, l’anglais est parlé par beaucoup mais c’est aussi une condition nécessaire pour pouvoir se faire expliquer ce que l’on découvre alors tant mieux. Nous cherchons un guide pour demain, pour faire le tour du lac, de ses villages, de ses jardins flottants. À nouveau, avec le peu de touristes qui passent par ici, il n’est pas difficile de trouver quelqu’un qui nous amènera à bord une barque. L’accueil est toujours aussi charmant, les gens sont toujours aussi souriants et amicaux. Il règne cette atmosphère de respect, personne ne pousse à la vente. Les premiers prix annoncés sont les bons. Ce pays a tout pour plaire. En guise de spectacle de fin de journée, de jeunes moines (il y en a tellement dans ce pays!) jouent au football sur le terrain en dehors de la ville, nous offrant ainsi des opportunités photographiques uniques.

Après la dernière semaine à transpirer comme des bovins en Thaïlande et à Rangoon, l’air plus frais de la région nous fait le plus grand bien. Nos plans pour les prochains jours se forment rapidement: nous irons marcher dans les collines environnantes à la rencontre des villageois. Les possibilités sont nombreuses et même si la saison sèche atténue quelque peu la beauté des paysages, nous sommes confiants que cette région est celle où nous nous devons de passer le plus longtemps possible pour vraiment profiter du pays et de ses trésors. Mandalay et Bagan peuvent attendre.

21/03 – Jour 5 – Lacustre

Le lac Inle est une merveille, rien à dire de plus. Une tranquillité magique qui est à son maximum au matin, alors que la brume couvre l’étendue du lac. Si ce n’était du tintamarre du moteur présent sur la barque, l’endroit semblerait parfaitement silencieux. Les pêcheurs locaux pousse leur barque (sans moteur) à travers le lac en ramant avec leur jambe, une technique qui requiert équilibre et savoir-faire. Ils déposent leurs filets coniques, grattent le fond du lac à l’aide d’une perche et, remontant le filet, espèrent capturer un poisson ou deux. Des enfants exécutent la manœuvre devant nous et, sous nos yeux incrédules, remontent à la surface un beau gros poisson aux teintes violacées. C’est le premier tableau d’une fabuleuse exposition sur la vie traditionnelle des habitants du lac Inle, un endroit où le temps s’est arrêté. Nous croiserons quelques groupes de touristes au détour de canaux, le long de ces rangées de maisons bâties sur pilotis mais sans jamais avoir l’impression qu’Inle est pris d’assaut par des hordes d’étrangers.

Avec une française rencontrée dans les rues de Nyaugshwe, nous passerons la journée à aller de village en village, à patauger dans les jardins flottants où poussent principalement des plants de tomates. D’autres monastères, d’autres pagodes, mais toujours cette sérénité offerte par les eaux calmes du lac. L’endroit est unique, rien de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent lors de ce voyage n’est comparable. Toutes ces heures de transport, toutes ces galères sont un faible prix à payer pour découvrir un lieu qui laissera de si belles images. Les photos que nous avons prises ne rendront malheureusement bien peu justice au lac Inle, mais nos souvenirs seront forts, en images et en émotions. La vue du coucher de soleil sur les collines environnantes, assis dans notre barque, flottant sur le lac, sera une conclusion toute en poésie pour une journée d’émerveillement.

22/03 – Jour 6 – Ivresse

Difficile de quitter Nyaungshwe. C’est bien souvent ce qui arrive après avoir parcouru des centaines de kilomètres pour atteindre un endroit. Il ne sera pas possible de prendre place à bord du bus de nuit pour Mandalay qui part ce soir. Nous avons donc deux jours entiers à passer ici. Le plan est simple: explorer la campagne sur des vélos loués aujourd’hui et partir à pied vers les villages des collines demain. Les journées sont chaudes, torrides, le soleil est impitoyable même s’il est quelque peu voilé par une brume typique de la saison. L’humidité gagne le ciel et laisse les terres arides, sèches et craquelées. C’est probablement la pire saison pour se balader mais tant pis. Alors que la Thaïlande est toujours verte en cette saison d’attente de la mousson, la Birmanie est presque un désert. Les forêts rappellent des paysages d’hiver, avec leurs arbres dénués de feuillage. Les ruisseaux ne sont plus que cascades de pierres. Heureusement, les abords du lac Inle sont irrigués, fertiles, verdoyants.

La balade en vélo nous amènera vers une surprise: un vignoble birman. Un français s’est lancé dans la production vinicole sur les flancs des montagnes. Plus de 80 000 bouteilles par an qui, malheureusement, ne trouvent que très peu d’acheteurs sur le marché local. Un peu plus loin, il y aurait aussi un allemand qui ferait de même et, bientôt, un italien suivra l’exemple. Trois méthodes différentes de production de vin pour une si petite région où la culture de la vigne est chose nouvelle. La dégustation nous offrira une palette de vins allant de l’imbuvable jusqu’à quelques fines notes de fruits et d’arômes. La maison est encore au stade de l’expérimentation. Alors que nous repartons sur nos vélos, sous le soleil cuisant et légèrement ivres de toutes ces découvertes (neuf différents crus!), nous souhaitons à cette petite maison un franc succès dans sa noble quête de faire apprécier de fins nectars aux prix élevés (plus de dix dollars la bouteille) dans un pays où la bière et le whisky local se vendent à des prix ridiculement bas (ie. Soixante-dix centimes la bière et environ un dollar la bouteille de whisky). Peut-être un signe que les choses changent dans ce pays, petit à petit.

Un petit blanc pour la route sous le soleil

Posted by: liblanc | April 8, 2010

Une autre grande traversée

Avec ses jambes, on va encore plus loin (Lac Inle, Myanmar)

Je quitte à nouveau mon Asie chérie. Cette fois-ci par contre, j’ai l’impression que cette pause était nécessaire. Assez de riz, de nouilles, de bruit et de poussière. Bangkok est toujours ce havre de plaisir pour le voyageur mais je ne voulais pas m’y éterniser.

Je garde un souvenir mitigé du Myanmar, probablement en grande partie car ce n’est pas la bonne saison pour y aller. Tout était sec, désolé, brûlé. Il y faisait très chaud, trop chaud, et tous ces déplacements en bus de nuit ainsi que ces nuits trop courtes m’ont affecté. Ma santé n’est plus à son beau fixe et j’accuse une certaine fatigue. Il est temps de changer d’horizon..

En route pour l’Australie, pour la dernière frontière! Dans quelques heures, je découvre un environnement complètement différent, je grimpe à nouveau sur une planche de surf et je me lance dans la planification d’un itinéraire de paysages magnifiques.

-R

ps. je posterai d’ici quelques jours une suite d’articles au format différent à propos du Myanmar.

Posted by: liblanc | March 16, 2010

Errance

L'inspiration revient

J’admets volontiers que mes récentes pérégrinations s’expliquent difficilement à l’aide d’une carte du monde. Jusqu’à présent, j’ai toujours essayé de suivre une route, de parcourir le monde sans le contempler par le hublot d’un avion. J’ai pris la voie du ciel uniquement lorsque nécessaire. Mais après plus d’an, le chemin à suivre se complique drastiquement. Tout n’est plus aussi évident qu’aux débuts.

Je suis revenu en Asie pour plusieurs raisons, la première étant, sans aucune surprise, la gratuité du voyage. Puisque j’avais acheté mon vol HongKong-Vancouver avec mes points de fidélité Aéroplan, j’avais obtenu un vol Montréal-Hong Kong pour le même prix (merci à Air Canada!). J’avais donc la possibilité de revenir en Orient si je le désirais. Après trois mois en Amérique centrale, je n’ai pas hésité et j’ai sauté dans l’avion pour un (long) retour jusqu’aux portes de la Chine.

J’ai ensuite profité de la présence d’un certain nombre d’amis qui se trouvaient en ce moment en Thaïlande pour venir leur faire la bise dans les îles du sud du pays. La Chine devra attendre encore un peu. Le sud et les îles est une partie de la Thaïlande que je connaissais pas, de Phuket à Koh Lippe, près de la frontière malaisienne. Ce qui devait arriver arriva: j’ai repris goût au voyage en Asie du sud-est et j’ai décidé d’enfin visiter la Birmanie, seul pays de la région (avec le Timor) que je n’avais pas encore vu. Avant de partir pour Rangoon, je passe quelques jours à Bangkok avec un groupe d’espagnols et de catalans, mettant en pratique mon récent apprentissage du castillan. La route tourne. C’est toute la beauté des voyages, des imprévus, des rencontres fortuites. Un soir on assiste à un spectacle de jongleurs de feu sur la plage avec des thais, le lendemain on découvre Soi Cowboy ou Patpong en suivant un catalan qui vit ici depuis plusieurs mois (et qui nous loge gratuitement!). À travers tout cela, nous essayons d’éviter les manifestations des ‘rouges’ (ils ne sont pas communistes!) qui bloquent la cité et laisse planer la menace d’un coup d’état. On ne s’ennuie vraiment jamais en Thaïlande.

Je suis donc à la recherche de nouvelles histoires, de nouvelles photos et d’une nouvelle inspiration. Je compte sur la Birmanie pour me redonner un peu de tout cela. Mon appareil photo est prêt, les batteries sont toutes rechargées. Mes prochaines histoires seront publiées dans trois semaines, censure birmane sur Internet obligent.

À dans trois semaines, juste avant de partie pour l’Australie de l’ouest, en quête d’une autre forme d’inspiration.

Posted by: liblanc | March 13, 2010

Transit 2. Le retour.

Un court post de mise a jour pour vous donner une idee de mon itineraire un peu complique des dernieres semaines.

Apres quelques jours dans ma grande ville preferee, Hong Kong, je suis parti pour le sud de la Thailande rejoindre des amis de voyage. Je suis ensuite revenu vers Bangkok pour y faire faire mon visa birman et acheter des billets d’avion pour Rangoon.  Le tout s’est fait un peu sur un coup de tete mais, au final, je suis bien content de revoir la Thailande et de pouvoir enfin aller en Birmanie, un pays qui figurait sur mon itineraire initial mais pour lequel j’avais fait l’impasse.

Malheureusement, l’Internet n’est pas facilement accessible dans ce pays un peu particulier et je ne pourrai donc pas poster articles et photos lors des trois prochaines semaines. Cela devra attendre mon retour a Bangkok ou…. mon passage en Australie (et oui!).

Bonne semaines a tous,

-R

Posted by: liblanc | March 10, 2010

Post-mortem pan-américain

La route des volcans sous toutes ses formes

Un peu plus de trois mois et voici la fin de la route. Trois mois (tres meses!) et, au final, bien moins de kilomètres parcourus qu’en Inde pendant la même période. Huit pays, deux océans, des dizaines d’amis et une poignée de volcans. Des tonnes de ce satané ‘gallo pinto’ (riz et fèves, le plat local) trois fois par jour, à tel point qu’en ce moment il me manque déjà, comme un réflexe pavlovien qui s’éveille à l’heure des repas. L’Amérique Centrale est terminée pour moi, parcourue de bout en bout, principalement le long de la route pan-américaine. C’était une étape de mon voyage différente des autres car elle était sans but final, sans objectif précis. Allons à Panama et après on verra bien. C’était une promenade dans une autre région du monde où le coût de la vie permet de voyager pour peu de sous (ou du moins c’est ce que je croyais!). Arrivé les mains dans les poches à Cancun, début novembre, je repars avec de beaux souvenirs mais aussi certaines questions, certains doutes. Existerait-il en effet une bonne et une mauvaise façon de voyager? Jusqu’à quel point les kilomètres parcourus peuvent-ils offrir une réelle satisfaction?

Quelques diables (carnaval, Bocas del Toro, Panama)

En premier lieu, je n’ai jamais été seul pendant cette partie du voyage. Dès mon arrivée à Tullum, le lendemain du vol pour Cancun, j’ai fait la connaissance d’Adam, un londonien lui aussi en vadrouille dans le monde. Trente-sept ans, pas d’attache, une bonne dose de cynisme, le duo allait fonctionner sans aucun problème. Pourtant, bien d’autres éléments de caractère nous séparaient. Beaucoup plus casanier, Adam ne refusait jamais une bière avec les copains et appréciait les longues matinées dans son hamac. Pas vraiment motivé pour les ruines mayas ou les églises coloniales, il ne manquait jamais une partie de football dans laquelle son équipe favorite, Arsenal, prenait part. Là où je faisais le tour des auberges pour trouver de nouvelles personnes à rencontrer, Adam levait les yeux au ciel en se demandant quel genre d’âme en peine j’allais encore ramener. Malgré tout, je crois qu’il a été un des meilleurs compagnons pour ce voyage, au même titre que mes chers amis Seb et Raül. Pour traverser les étapes difficiles, pour éviter de se marcher sur les pieds, il faut des caractères forts mais avec assez de recul pour accepter qu’il est inutile de s’encombrer de trop nombreuses contraintes, de trop nombreux principes. Il faut pouvoir se laisser descendre doucement le cours de la rivière.

Un des aspects les plus importants d’un voyage en Amérique centrale (et j’imagine qu’il va de même avec celle du Sud) est l’apprentissage de l’espagnol. Plus qu’ailleurs dans le monde, j’ai eu l’impression qu’ici, il faut parler la langue. Ce n’est pas uniquement pour le fait que les locaux n’ont qu’une notion basique de l’anglais mais c’est plutôt parce qu’autrement, l’accès à la culture devient impossible. La culture de ces pays se vie dans la rue et non pas dans les musées ou les livres. Il faut pouvoir comprendre les paroles des chansons, de cette musique latine omniprésente du matin au soir. Il faut être capable de lire la presse locale et se rendre compte des problèmes mais aussi des petits avancements qui caractérisent la vie de ces pays dont on entend si peu parler. L’effort n’est pas si grand à faire, la langue est plutôt logique, structurée et la prononciation facile à saisir à partir de l’écrit. Il faut aussi comprendre qu’un très grand nombre de touristes qui passent par ces contrées peuvent parler la langue. Espagnols, sudaméricains, ainsi que de nombreux américains et européens capables de s’exprimer en castillan sillonnent les routes de la région. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas nous? Comble de l’ironie, après trois mois à essayer d’apprendre l’espagnol, je me retrouve dans une île de la Thaïlande, voyageant avec une amie de Barcelone, entouré d’une communauté de catalans, d’espagnols et de français hispanophones. Le monde est petit.

De gentilles abuelas

Ai-je l’impression d’avoir raté quelque chose en Amérique Centrale? Ai-je des regrets? Pas vraiment. Je crois avoir fait le voyage que je pouvais faire. J’aurais pu aller plus rapidement comme j’aurais pu prendre plus de temps là où je ressentais une bonne vibration, un bon contact. Le Guatemala était de loin le pays où l’aventure était la plus forte, celui où il était possible de vivre en vrai ‘routard’. Au Nicaragua et au Salvador, c’était le contact avec les gens qui prenait toute son importance. À l’autre extrême, le Honduras était une erreur, du moins dans notre approche, avec au final très peu d’intérêt pour le pays si ce n’était pas pour les ruines de Copan et leur fabuleux musée.

Sept pays (sans compter le Mexique) et, au final, le sentiment qu’ils se visitent un peu tous de la même manière, en suivant la fameuse route pan-américaine. Les paysages sont relativement similaires, la langue est la même, la culture est souvent partagée. Certes le Costa Rica et le Panama sont quelques étapes plus loin dans la marche vers la modernité et la prospérité mais les racines communes avec les autres pays sont bien là. Avec les bons partenaires de voyage, la bonne attitude, les bonnes aptitudes à parler la langue et assez de temps pour des centaines d’heures de chicken bus, l’Amérique Centrale se révèle une destination complète, qui m’a donné de bons moments. Ce n’est pas le bouleversement humain que m’a laissé l’Inde ni l’hédonisme addictif de l’Asie du Sud-Est mais c’est autre chose, une leçon que je réalise avoir appris après avoir quitté ces terres de soleil et de montagnes, ces plages de sable noir et ces villes aux façades de couleurs vives. Ce sont trois mois réussis.

D'un océan à l'autre, encore et encore. (Panama)

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