Posted by: liblanc | July 20, 2010

Les kangourous du Pilbara

Dangers sur pattes

Ça y est, je m’en suis pris un. Techniquement, je devrais plutôt dire que je m’en suis pris une. Une femelle kangourou, une mère suivie de près par son petit – on les appelle les ‘joeys’– qui n’a rien trouvé de mieux que de sauter devant mon camping-car à la carrosserie jusque-là (presque) parfaite. On m’avait dit de ne jamais conduire la nuit, que ces pestes de kangourous, ainsi que les affreux émus, ne feraient qu’une bouchée de mon précieux véhicule. Pourtant, cette femelle sortie de nulle part ne s’est pas fracassée sur mon pare-choc au crépuscule ni sous un ciel étoilé mais en plein jour, au soleil brûlant du Pilbara, cette région du nord-ouest de l’Australie, véritable test d’endurance pour le chauffeur infatigable que je croyais être.

Changement dans Chichester!

Mais rassurons tout d’abord ceux qui s’inquiètent du sort de notre femelle kangourou à la vision périphérique limitée: elle semble s’en être sortie vivante (mais peut-être pas indemne). Le petit joey quant à lui a sagement stoppé sa course avant que l’Econovan ne le broie. Surpris par le bond soudain de ces deux animaux sur ressorts, avec un autre camping-car à pleine lancée arrivant en sens inverse, toute manœuvre d’évitement était futile. Dans mon rétroviseur latéral, je pouvais apercevoir la femelle, sonnée mais toujours debout, de l’autre côté de la route, les yeux fixés sur son petit, s’assurant que le monstre d’acier l’avait épargné. À voir la quantité incroyable de kangourous morts le long des routes de l’Australie de l’Ouest, ces deux petites bêtes ont eu de la chance. Le décor du Pilabara est le même sur des centaines de kilomètres: désert, buissons, routes rectilignes à perte de vue, des milliards de mouches, et, lorsqu’on s’approche de la côte, une mer turquoise, souvent agitée, qui se brise brutalement sur des plages perdues. La présence humaine se limite à quelques villes-champignons qui poussent au gré des exploitations minières et gazières. Un centre commercial, quelques ‘bottle-shops’, des stations services pour y abreuver les immenses 4×4 aux couleurs des compagnies minières et une armée de travailleurs en uniforme de combat, salopette et bottes de travail, nécessaire à tout labeur lié de près ou de loin à l’exploitation du sol et de ses richesses (oui, même le comptable de la boîte doit pointer dans son bleu de travail). Exmouth, Karratha, Port Hedland, des noms inconnus pour le touriste qui arrive dans la région. À l’arrivée dans Port Hedland, au débout de l’autoroute, un panneau indique un arrêt photographique digne d’intérêt pour les touristes. L’objet de cet émerveillement présumé? Une montagne de sel d’un blanc virginal, véritable sommet rendant hommage à la gloire industrielle. Port Hedland sait nous faire rêver.

Alors que faire dans cette région a priori impitoyable, apparemment dénuée de présence humaine intéressante, aux mornes paysages de plaines désertiques et à la vie animale hostile aux véhicules? Comme toujours en Australie, la réponse se trouve au bout de la route, au bout de quelques centaines de kilomètres. Comme toujours en Australie, il faut gagner sa récompense pour bien l’apprécier. La route qui mène à Exmouth, tout au bout d’une péninsule qui semble ne jamais finir, semble peut-être mériter le prix de la plus triste du monde mais le parc national de Cape Range (et le Ningaloo Reef), le long de la côte, est un endroit incroyable. Trente kilomètres après Exmouth, l’endroit n’est pourtant guère différent du reste. Mais à peine dans l’eau, à quelques mètres du sable blanc, la vie sous-marine explose. D’immenses raies, un arc-en-ciel de corail et des poissons de toutes tailles abondent. Impossible d’en retenir tous les noms: snappers, empereurs, etc, etc. L’expérience est magnifique. Si le site de camping au cœur du parc n’est en fait qu’une dune balayée par le vent et écrasée par le soleil, le spectacle diurne offert par la mer et celui nocturne que procurent les étoiles de l’hémisphère sud me font rester sur place bien plus longtemps que prévu.

A l'ombre et au frais

Au bout de ces routes, après un long détour loin de la côte, on trouve aussi une autre source de vie: une oasis tropical, fenêtre sur ce qu’était ce continent avant de s’assécher pour toujours. Deux heures au sud de Karratha, après de nombreux kilomètres sur une route de terre et de poussière, le parc de Chichester-Millstream est certes petit en surface mais riche en paysage. La morne plaine du Pilbara se couvre soudainement de collines abruptes au sommet plat dans un style qui rappelle les grandes étendues à l’ouest du sol américain. La conduite devient enfin passionnante, avec des virages, des montées, des descentes. Après deux milles kilomètres de plat, la moindre inclinaison prend des allures de rallye de Monaco. Plus au sud, une rivière sort de son cours souterrain pour donner vie à un fantastique microcosme de vie, avec de beaux grands arbres (pas vus depuis Perth..), des milliers d’oiseaux, des poissons d’eau douce et, chose encore plus inattendue au centre du désert, des nénuphars. C’est lors d’arrêts comme celui-ci, et non pas devant une pile de sel, que l’on prend le temps de lire un peu plus sur le pays, sur son histoire aussi bien géologique que culturelle, et qu’on apprécie ce qu’il est. L’information est là, sur les traditions des aborigènes, sur l’utilisation des plantes qui poussent autour de nous et sur les efforts européens pour faire de ce lieu presque secret des terres de pâturage.

Plus loin, beaucoup plus loin, le parc de Karijini sera un autre test d’endurance. Plus de trois heures depuis Port Hedland, un paysage lunaire, une température accablante, mais, à l’arrivée, la surprise d’y trouver des gorges aux falaises rouges et des rivières aux eaux glaciales. Ce qui avait des allures de Grand Canyon au sommet prend des dimensions de claustrophobie à leur point le plus bas. C,est l’occasion parfaite pour grimper, pour jouer à Spiderman sur les parois glissantes, pour profiter de l’ombre au plus fort de la journée et se réfugier sous les couvertures lors de la nuit glaciale qui suivra. Ici aussi il faudra gagner ces merveilles: routes cabossées qui détruiront ma suspension, crevaison sur les cailloux pointues, poussière rouge (le pindan) qui s’infiltrera partout dans le van, l’aventure sera à la fois satisfaisante et épuisante. Mais c’est le Pilbara, c’est l’Australie. C’est le pays qui se veut dur, où la difficulté doit faire partie du plaisir. On ne va pas en Bretagne pour se plaindre du temps pluvieux, on ne va pas dans la Pilbara pour se plaindre des routes sans fin et du désert omniprésent. Message reçu.

Au bout de la route, la Terre Promise

Pour la série complète de photos de l’Australie de l’Ouest, suivre ce lien.

Ps. Exmouth et Cape Range/Ningaloo ne sont pas exactement dans la région du Pilbara telle que les Australiens la définissent mais on est pas à quelques centaines de kilomètres près.

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