Posted by: liblanc | April 27, 2010

Jours birmans, troisième et dernière partie

Une nuit sur le fleuve


31/03 Jour 16 – Descente

Fatigués des bus de nuit, nous tentons de rejoindre Bagan d’une manière différente. Cette fois, ce sera par la voie fluviale. Le vieux bateau qui relie Mandalay à Bagan part avant l’aube, dans une obscurité inquiétante, et, selon les avis, rejoint Bagan en quinze, vingt ou trente heures. Impossible d’obtenir une évaluation du niveau de la rivière ou une heure d’arrivée. Il faudra donc monter à bord sans vraiment savoir quand nous arriverons (si nous arrivons un jour!). Le départ est à 4h du matin, sur les berges boueuses de l’Irrawaddy. On y voit presque rien, la passerelle tient en équilibre précaire entre deux bateaux accostés, les sac à dos nous déséquilibrent et rendent la manœuvre périlleuse. Un ciel de tempête s’éclaire lentement au dessus de nos têtes, une tempête tropicale de faible intensité dont les vents frais nous suivront toute la journée. Une fois bien assis à bord, avec une vue qui se révèle de plus en plus magnifique au fil des heures, nous comprenons enfin l’intérêt d’une tel voyage. Les birmans sont assis ou couchés partout autour de nous, avec des allures de réfugiés fuyant la tourmente. Pourtant, les sourires sont nombreux et il est relativement facile d’avoir quelques échanges. Le temps ne compte plus, tout se passe lentement, très lentement. À chaque pause fluviale le long des berges, avant que les passagers puissent même mettre pied sur terre, des femmes portant des fruits, samosas et autres snacks se précipitent à bord, sautant dans le fleuve si nécessaire. Impossible d’avoir faim sur ce bateau. Les quelques touristes sont évidemment les clients privilégiés pour ces denrées car il est bien connu qu’ils sont capables de payer le prix fort pour combler leur faim. La journée consistera en une suite de siestes, de repas improvisés, de discussions, de parties de cartes et de photos saisissantes lorsque le bateau accostera.

Le voyage se poursuivra toute la journée et même après la tombée de la nuit. À l’avant-dernière étape, à moins de deux heures de Bagan, la confusion gagne les passagers et se répand comme une traînée de poudre. Personne ne comprend ce qui arrive vraiment, pourquoi le bateau ne reprend pas son itinéraire. Après de nombreuses tentatives à communiquer avec l’équipage réduit, nous comprenons enfin que le bateau ne partira que demain matin. Le temps s’annonce trop mauvais pour la dernière étape. Ou était-ce parce que le capitaine se sentait fatigué? Peu importe, il faut maintenant trouver une solution. Les passagers les plus âgés dormiront sur les couchettes (de simples planches de bois) dans la cabine avant, habituellement réservée aux moines. Les plus jeunes (dont je fais partie!) dormiront sur le pont, au chaud sous des couvertures que de vieilles dames nous prêteront pour la nuit. La famille en charge de la petite cantine à bord préparera du riz frit pour tous. Ce qui aurait pu être une galère est au final une belle opportunité pour une aventure différente, originale. Nous passerons la nuit avec notre petit groupe de réfugiés, de touristes aventuriers toujours en quête de différence ainsi que quelques birmans stoïques face à ce contretemps. Dernier aperçu de la lune qui pointe à travers les nuages, dernière bière, dernière discussion avec Tony, steward d’Air France en vacances et ses deux nouvelles copines rencontrées à bord, et c’est parti pour une nuit à la belle étoile (ou presque, étant protégés par le toit du bateau).

01/04 Jour 17 – Soleil

Nous arrivons à Nyaung U, le village le plus près de Bagan, vers 7h du matin. Le temps de trouver un endroit pour dormir, de prendre une douche bien méritée et de somnoler, nos amis du bateau sont déjà sur la route des temples. De notre côté, la journée sera un autre moment de repos. Il n’y aura pas d’autres étapes après Bagan, nous avons donc le temps de faire comme bon nous semble. Il y avait d’autres étapes possibles dans ce pays mais il aurait été nécessaire de courir, de forcer la marche, pour les voir toutes. Bagan sera t-il une déception, une overdose de temples dans un pays qui nous aura servi un peu trop de ses pagodes modernes et de ses monastères un peu tristes? Comment retrouver cet intérêt pour la culture, pour les ruines et les sites sacrés? Bagan se devra de nous impressionner.

Nyaung U est par contre un réel plaisir. De petits restaurants charmants, même si imprégnés de parfum touristique, des rues bien larges, au trafic limité, le tout a des allures de site de vacances. C’est un endroit qui porte à la détente, au repos. Les petits hôtels offrent des chambres avec une véranda et des chaises en extérieur. Il est facile de se déplacer partout en vélo, le terrain étant presque parfaitement plat. Les premiers repérages nous indiquent jusqu’où nous devrions pédaler pour admirer un lever et un coucher de soleil parfaits. L’excitation de la découverte revient, les jours qui suivront s’annoncent radieux. Nous partons explorer le reste du village, juste à temps pour voir le soleil glisser lentement le long de la surface dorée d’un stupa. Terminer le voyage par Bagan et le trajet en bateau étaient deux très bonnes décisions.

Que de temples..à Bagan!

02/04 Jour 18- Stupéfaction

Le temps de trouver un hôtel encore plus joli (et plus propre!) et de se louer de bons vieux vélos chinois et nous voilà sous le soleil brûlant à arpenter les routes et sentiers autour des temples de Bagan. On pourrait croire qu’un tel site ressemblerait beaucoup à Angkor, au Cambodge, par sa taille et par son organisation. Pourtant, c’est un paysage complètement différent qui nous attend et l’approche ne sera pas aussi facile que de prendre à bord d’un tuk-tuk pour la journée. La plaine aride et son sol sableux sont parsemés de temples de toutes tailles. Certains sont immenses, comme celui que nous avions aperçu à Yangon, d’autres sont minuscules, simples stupas pour lesquels il faut se baisser pour pénétrer à l’intérieur. La carte du Lonely Planet est à peu de choses près inutile. Le bouquin ne sert en fait qu’à nous donner la liste des incontournables, ces temples qui présentent un intérêt particulier. Pour le reste, il suffit de se laisser guide par son instinct. Peu de temples se trouvent le long des routes bitumées et il est très souvent nécessaire de pédaler (durement) sur les chemins sablonneux qui serpentent entre buissons, ruisseaux asséchés et stupas oubliés.

Il n’y a pas d’urgence à tout voir en deux jours. Le rythme des visites est lent, avec tout le temps pour prendre quelques photos et même discuter avec certains ‘vendeurs du temple’. Pas devant les temples populaires, évidemment. Ici, ce sont des douzaines d’enfants et d’adultes qui se jettent sur le touriste, de préférence celui plus âgé, qui sort d’un bus de tour guidé, avec un immense appareil photo autour du coup. Un peu plus loin, devant un temple aux origines hindouistes toujours présentes, la situation est différente. Une jeune fille birmane prend Inès en amitié et lui montre comment faire le thanaka, cette poudre que les birmans se mettent sur le visage. Une branche de santal est râpée et la poudre est ensuite mélangée avec de l’eau. La pâte est ensuite appliqué sur le front, le nez et les joues pour embellir la personne et la protéger contre les rayons du soleil. Inès repartira avec un maquillage local, suscitant encore plus de réactions et de sourires de la part des birmans. La journée se terminera devant un coucher de soleil magnifique, contemplé du haut d’un des temples les mieux placés pour l’observer.

03/04 Jour 19 – Aurore

Après le coucher de soleil de hier, ce matin nous tenterons de découvrir ce qu’est le lever du soleil sur Bagan. Difficile de pédaler lors de la dernière heure de la nuit, à essayer d’aller plus vite que les rayons naissants de l’aurore. Nous serons en retard de quelques minutes mais le spectacle n’en sera pas moins grandiose. Le soleil se lève lentement sur la plaine, à travers la brume de l’horizon. Les pointes des temples s’illuminent, la brique rouge est écarlate, les reflets sur l’or des grands temples explosent dans tous les sens. Les habitants de Bagan, à l’époque, avaient droit à deux spectacles solaires par jour. Un endroit tel que Bagan diffuse ce sentiment qu’il y a quelque chose de particulier ici, que la raison pour y bâtir tous ces temples ne s’explique pas uniquement par la ferveur religieuse des habitants ou la richesse de la cité. Il y a autre chose, une aura, une force, peu importe le nom qu’on lui donne. Ces temples ont été bâtis ici parce que c’était le bon endroit pour le faire.

L’après-midi sera plus tranquille, le moment parfait pour lire un peu plus sur cette civilisation et sur la symbolique des stupas et temples bouddhistes. Il n’est pas facile de comprendre comment et pourquoi ces lieux de dévotion sont construits de la sorte et leur intérieur est bien souvent vide, avec uniquement quelques statues de Buddha aux quatre points cardinaux. Difficile aussi de trouver de la documentation à Nyuang U car le musée est plutôt cher et, au final, peu recommandé. Encore une fois, c’est la notion de donner son argent directement à la junte militaire qui dérange. Nous ne pourrons pas clamer être des experts en architecture ou en archéologie mais Bagan nous aura beaucoup appris. La fascination est grande et elle sera de nouveau renforcée alors que nous contemplerons à nouveau le soleil se poser sur ces milliers de temples, cette fois bien assis au pied d’un tout petit stupa en retrait des chemins principaux.

Techniques et beautés pour le 'thanaka'

04/04 Jour 20 – Vacances

On se plaît bien à Nyuang U alors autant y rester. Cette une journée pour laquelle il n’y a pas grand chose à dire à part qu’il faut savoir profiter des choses simples. Lassis à la fraise, quelques plats épicés, un délicieux thali dans un restaurant indien, une sieste dans le confort de l’air climatisé. C’est une journée sans grande aventure ni découverte et même sans grand effort. C’est une journée de vacances dans les vacances. Pas de temple ni de vélo aujourd’hui, uniquement la plaisir de laisser 24 heures passer sans essayer de les optimiser ou de les occuper à tout prix.

05/04 Jour 21 – Fresques

Tout en contraste avec la journée précédente, cette dernière journée à Bagan sera des plus actives. On commence avec une bonne séance de vélo pour aller visiter des temples où les fresques sont réputées magnifiques. Certains temples impressionnent par leurs dimensions, d’autres par leur style. Pour ceux-ci, nous avons déjà fait le tour du site. Par contre, nous n’avons pas vraiment vu de fresques jusqu’à présent et il serait dommage de partir sans en admirer quelques unes. Les meilleurs temples pour les observer se trouvent en dehors du périmètre de la vieille ville et nécessitent donc un effort de cycliste plus important. Qu’importe! Nous avons la motivation nécessaire. La récompense en sera grande car ces fresques restaurées sont un trésor culturel. Il faut certes trouver ces temples un peu en retrait et ensuite pointer sa lampe de poche sur ses murs couverts d’images mais l’expérience rappellerait presque les récits d’aventures au goût d’Indiana Jones. Difficile d’interpréter toutes ces images, tous ces symboles, mais leur ampleur et la finesse des détails laissent pantois. La vie de Siddarta, les symboles bouddhiques mais aussi le Trimurti (trinité hindouiste) font leur apparition sur chaque surface de ces temples aux allures extérieures pourtant banales. Cette conclusion magnifique terminera ces jours d’émerveillement à Bagan.

Il est maintenant l’heure de partir, à bord d’un dernier bus de nuit, pour entreprendre la longue route qui nous ramènera à Yangon aux petites heures du matin. Les dernières heures à Nyaung U seront agitées, avec une course folle pour acheter un ou deux souvenirs, passer chez les coiffeur (pour 1$ la coupe, à ne pas rater!), rendre les vélos et déguster un dernier lassi à la fraise. La dernière surprise du voyage? Un bus de nuit ultra-confortable car, pour une fois, nous aurons les place de ‘luxe’ à l’arrière, là où l’espace pour les jambes est plus grand. Encore douze heures et nous serons à Yangon pour une dernière nuit.

06/04 Jour 21- Conclusion

Nous retrouvons Yangon, avec sa chaleur suffocante et le personnel toujours aussi charmant de la Motherland Inn. Il est temps de récupérer les heures de sommeil perdues, de prendre les dernières photos de cette vie urbaine trépidante, de discuter une dernière fois avec les compagnons de voyage rencontrés un peu partout dans le pays. La conclusion est bien souvent la même: le pays est spécial, différent de ses voisins d’Asie. Les gens n’ont pas la même approche qu’ailleurs et, ironiquement, on se sent moins forcés de suivre la route que tout le monde emprunte. Si ce n’était des interdictions de voyager par certaines routes et dans certaines régions qu’impose le gouvernement, ce serait un pays pour lequel la liberté de découvrir serait exceptionnelle. La saison n’est certes pas la bonne en ce moment et les paysages ne furent généralement que déceptions mais on ne peut qu’imaginer comment ce lac, ces collines et ces montagnes peuvent être magnifiques lors de la saison des pluies et dans les mois qui suivront. Ce n’est pas le pays le moins cher et ce n’est pas vraiment l’idéal romantique que certains voyageurs décrivent mais c’est un pays qui vaut la peine d’être visité, avec ses gens accueillants qui espèrent bien que ce contact avec l’extérieur finira par transformer leur vie et leur gouvernement, avec tout ce que cela implique de bien et de mal. Souhaitons qu’ils puissent développer leur pays grâce à des leaders compétents et élus démocratiquement mais que cela ne résulte pas dans une course aux dollars faciles, à vendre chaque brique des temples de Bagan et à sourire uniquement lorsque la couleur de l’argent fera son apparition. En fait, tout ce qu’on leur souhaite aux birmans, c’est un futur radieux, comme leur sourire, comme l’or de leurs pagodes et de leurs si nombreux Buddhas.

Fin de voyage dans un pays d'exception

Note: J’ai commis une erreur dans les dates pour le deuxième article des jours birmans. J’ai écrit deux jours de repos/ennui à Hsi Paw alors qu’en fait c’était la même journée. J’ai donc corrigé les dates mais j’ai laissé les quatre paragraphes pour une seule journée (quatre paragraphes pour une journée de repos, c’est beaucoup!).


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