Posted by: liblanc | April 15, 2010

Jours birmans, première partie

Pour les vingt jours de mon passage en Birmanie, j’ai essayé du nouveau. Au lieu de poster un ‘article’ sur un sujet précis, j’ai écrit deux paragraphes par jour, un peu à la manière d’un journal de voyage. Le tout est très condensé et j’espère que la lecture n’en sera pas pour autant insatisfaisante. Pour rappel, ce voyage à travers le Myanmar s’est fait du 17 mars au 7 avril 2010 en compagnie d’Inès, une jeune catalane qui commence à peine son année en Asie. Une partenaire de voyage, un pays sans vraiment de connexion Internet, un format différent pour le blog, tout était nouveau. Ou presque!

Pour l’ensemble de mes photos du Myanmar, suivez ce lien.

Schwedagon, l'incontournable de Yangon

17/03 – Jour 1 – Atterrissage

Yangoon, capitale d’un des pays les plus isolés du monde. En sortant de l’avion, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Au croisement de tellement d’influences, nichée entre la Chine, l’Inde et l’Asie, à quoi cette ville pourrait-elle bien ressembler? Première surprise : on nous attend à l’aéroport. Une des ‘guesthouses’ de la ville, probablement LA guesthouse, envoie de charmants individus arborant de grands sourires pour accueillir les routards mal fagotés que nous sommes. Tous se laisse prendre au jeu, l’offre est trop alléchante. Nous voilà donc dans un petit hôtel tout à fait convenable, pour un prix modique (quoique plus cher que dans le reste de l’Asie), où tout est fait avec soin. Première surprise.

Les quelques heures suivantes passées à déambuler dans les rues de Yangoon seront un choc. Bangkok est loin, très loin. La grande mégapole thaï est à peine à une heure de vol mais c’est sur une autre planète que nous avons atterri. Ces immeubles décrépis, ces trottoirs brisés, ces boutiques improvisées, cette poussière, ces odeurs.. tout cela me rappelle quelque chose. J’hésite un instant, je cherche dans mes souvenirs. Voilà, j’ai trouvé! Je suis de retour.. en Inde! Une Inde à la sauce asiatique certes, avec cette bouffe de rue qui est certes différente, cette fois consommée sur de minuscules tabourets en plastique qui envahissent les trottoirs (ou du moins ce qui ressemble le plus à un trottoir) au lieu des dhabas indiens. C’est le chaos, la saleté et le laisser-aller de l’Inde mais aussi son effervescence, ses gens accueillants et cette fascination pour les visiteurs qui va au delà des premières impressions et qui se donnent la peine d’aller plus loin. Pour confirmer le tout, je remarque des images de Shiva et Vishnu dans les boutiques et les échoppes. Je suis en terrain (presque) connu.

18/03 – Jour 2 – Dévotion

Journée de temples. D’abord un temple de consommation, un marché, où tout est à vendre. Finis les centres commerciaux de Bangkok, ici on ne vend plus de Versace ou de Vuitton, vrai ou copie, mais plutôt ce que la Chine a bien voulu exporter au Myanmar. Bijouteries, artisanats, textiles, un marché qui surprend par son organisation, par l’ordre qui y règne. Cet ordre et cette sécurité sont les bienvenus car ils sont critiques à notre mission du jour: changer de l’argent. Il n’y a pas de guichet automatique au Myanmar. Il y a des banques, évidemment, mais elles se doivent de respecter le taux de change officiel du kyat qui est d’environ trente pour un dollar. Au marché noir, le dollar s’échange pour environ 1000 kyats. Nous repartons avec des liasses de centaines de billets de 1000 kyats dans les poches, tels des gangsters. À nous le Myanmar.

Avec tant d’argent, il est temps d’aller chercher l’absolution dans un vrai temple. Une visite dans une pagode un peu éloignée du centre, Chaukhtatgyi, après une interminable marche le long des grands boulevards de la ville. Un énorme Bouddha couché nous offre la sérénité de son sourire. Par chance, nous rencontrons deux jeunes hommes, deux jeunes étudiants dans un monastère situé à côté de la pagode. Ils parlent anglais presque parfaitement, et, à la grande surprise d’Inès, espagnol. Les voici dans une discussion polyglottes, heureux de pouvoir enfin mettre en pratique les langues apprises le plus souvent par eux-mêmes, sans professeur. Ils étudient, lisent et absorbent toute l’information qu’ils peuvent trouver. Ils nous offrent une visite de quelques uns des monastères, nous les suivons. Devant leur grand maître, nous expliquons les raisons de notre visite au Myanmar. Le vieux bonze est satisfait de nos explications, voire flatté de savoir que nous venons ici pour découvrir non pas un pays mais surtout ses gens. À travers une discussion toute en nuances, il apparaît que les moines sont l’autre élite intellectuelle du pays, celle qui résiste, celle qui contourne la censure et l’ignorance pour garder un œil sur le monde. Ces moines sont les gardiens du savoir dans un pays où les livres sont souvent rares. Nos amis ont lu Cervantès, connaissent l’histoire de Franco et démontre un intérêt particulier pour la géo-politique. Nous finirons cette journée en contemplant la fameuse pagode de Schwedagon, débauche d’or, de diamants et de richesses. Un endroit serein, un lieu où la dévotion est forte, mais sans nos copains moines pour en faire le tour, la visite n’a pas la même intensité. Il est plus intéressant de discuter avec les disciples qu’avec Bouddha lui-même.

19/03 Jour 3- Périple

Un autre de ces périples cauchemardesques en bus nous attend. Plus de quinze heures pour gagner le lac Inle, étape incontournable d’un séjour dans ce pays. Nous quittons donc la capitale (techniquement, ce n’est plus la capitale mais on s’en fout) pour le terminal de bus qui se trouve à plus de 45mins en taxi du centre-ville, nous donnant une dernière occasion d’observer la vie d’ici. Soudain, sorti de nulle part, un gigantesque temple aux allures de forteresse fait son apparition sur la ligne d’horizon, peut-être un prélude à ce que nous trouverons à Bagan, dans deux semaines. Nous ne saurons sans doute jamais quel était ce monument énorme, quasi grotesque, mais rien ne nous étonne quant à la démesure de certaines constructions dans ce pays. La prochaine surprise qui nous attend sera de voir quel type de bus nous transportera jusqu’au nord de la Birmanie. Au final, ce sera un bus chinois assez moderne, avec climatisation et sièges relativement confortables. Comme à l’habitude, les clips vidéos et les séries comiques qui seront diffusées sur l’écran au dessus du chauffeur nous laisserons dubitatifs. L’humour se trouve quelque part dans la culture locale, celle que nous n’avons pas encore eu le temps d’approcher.

Des kilomètres et des kilomètres de route déferleront. Tout d’abord le long d’une autoroute grandiose, bâtie à grands coups de bulldozer au cœur de la plaine. Probablement de construction chinoise, cette route semble ne mener nulle part tellement le terrain est plat et aride. Rien à perte de vue si ce n’est l’occasionnel restaurant où les bus s’arrêteront le temps de consommer une soupe aux nouilles ou du riz frit aux saveurs locales. C’est le moment propice pour observer les us et coutumes des gens du pays. La nourriture diffère de beaucoup de celle de l’Inde et se rapproche de celle de la Thaïlande. Les gens ne consomme que très peu de boissons gazeuses car elles sont chères (importées de Thaïlande) et se rabattent plutôt sur le thé, toujours présent sur les tables et, à noter, gratuit avec tout repas. Plus tard, lors des arrêts nocturnes de notre bus, quand nous affronterons les routes sinueuses et cabossées des montagnes, les birmans nous surprendront par leur penchant pour un petit verre de whisky avant de reprendre la route. Même les grands mères se font servir un verre de ce qui doit être au autre tord-boyau d’origine douteuse mais servi pour un coût ridiculement bas. Tout le monde remonte à bord, le bus reprend sa route à travers les ténèbres et nous finirons ce périple largués dans un tout petit village, à 4h30 du matin, sans la moindre idée d’où se trouve ce fameux lac Inle. Nous négocions alors avec un chauffeur de camionnette pour nous emmener à Nyaungshwe, le village où se trouvent auberges et point de départ de l’exploration du lac. La frontière entre les jours devient floue, nous tombons dans un sommeil profond.

À la pêche sur le lac Inle

20/03 – Jour 4 – Fraîcheur

Nyaungshwe est un village au rues perpendiculaires, avec un marché typique, quelques pagodes, quelques monastères et de bien nombreuses maisons sur pilotis. Si ce n’était des quelques auberges impeccables et des restaurants au menu en anglais, personne ne pourrait se douter que c’est un des sites les plus visités du pays. Le tourisme en Birmanie n’est décidément pas évalué sur la même échelle qu’ailleurs. Certes, l’anglais est parlé par beaucoup mais c’est aussi une condition nécessaire pour pouvoir se faire expliquer ce que l’on découvre alors tant mieux. Nous cherchons un guide pour demain, pour faire le tour du lac, de ses villages, de ses jardins flottants. À nouveau, avec le peu de touristes qui passent par ici, il n’est pas difficile de trouver quelqu’un qui nous amènera à bord une barque. L’accueil est toujours aussi charmant, les gens sont toujours aussi souriants et amicaux. Il règne cette atmosphère de respect, personne ne pousse à la vente. Les premiers prix annoncés sont les bons. Ce pays a tout pour plaire. En guise de spectacle de fin de journée, de jeunes moines (il y en a tellement dans ce pays!) jouent au football sur le terrain en dehors de la ville, nous offrant ainsi des opportunités photographiques uniques.

Après la dernière semaine à transpirer comme des bovins en Thaïlande et à Rangoon, l’air plus frais de la région nous fait le plus grand bien. Nos plans pour les prochains jours se forment rapidement: nous irons marcher dans les collines environnantes à la rencontre des villageois. Les possibilités sont nombreuses et même si la saison sèche atténue quelque peu la beauté des paysages, nous sommes confiants que cette région est celle où nous nous devons de passer le plus longtemps possible pour vraiment profiter du pays et de ses trésors. Mandalay et Bagan peuvent attendre.

21/03 – Jour 5 – Lacustre

Le lac Inle est une merveille, rien à dire de plus. Une tranquillité magique qui est à son maximum au matin, alors que la brume couvre l’étendue du lac. Si ce n’était du tintamarre du moteur présent sur la barque, l’endroit semblerait parfaitement silencieux. Les pêcheurs locaux pousse leur barque (sans moteur) à travers le lac en ramant avec leur jambe, une technique qui requiert équilibre et savoir-faire. Ils déposent leurs filets coniques, grattent le fond du lac à l’aide d’une perche et, remontant le filet, espèrent capturer un poisson ou deux. Des enfants exécutent la manœuvre devant nous et, sous nos yeux incrédules, remontent à la surface un beau gros poisson aux teintes violacées. C’est le premier tableau d’une fabuleuse exposition sur la vie traditionnelle des habitants du lac Inle, un endroit où le temps s’est arrêté. Nous croiserons quelques groupes de touristes au détour de canaux, le long de ces rangées de maisons bâties sur pilotis mais sans jamais avoir l’impression qu’Inle est pris d’assaut par des hordes d’étrangers.

Avec une française rencontrée dans les rues de Nyaugshwe, nous passerons la journée à aller de village en village, à patauger dans les jardins flottants où poussent principalement des plants de tomates. D’autres monastères, d’autres pagodes, mais toujours cette sérénité offerte par les eaux calmes du lac. L’endroit est unique, rien de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent lors de ce voyage n’est comparable. Toutes ces heures de transport, toutes ces galères sont un faible prix à payer pour découvrir un lieu qui laissera de si belles images. Les photos que nous avons prises ne rendront malheureusement bien peu justice au lac Inle, mais nos souvenirs seront forts, en images et en émotions. La vue du coucher de soleil sur les collines environnantes, assis dans notre barque, flottant sur le lac, sera une conclusion toute en poésie pour une journée d’émerveillement.

22/03 – Jour 6 – Ivresse

Difficile de quitter Nyaungshwe. C’est bien souvent ce qui arrive après avoir parcouru des centaines de kilomètres pour atteindre un endroit. Il ne sera pas possible de prendre place à bord du bus de nuit pour Mandalay qui part ce soir. Nous avons donc deux jours entiers à passer ici. Le plan est simple: explorer la campagne sur des vélos loués aujourd’hui et partir à pied vers les villages des collines demain. Les journées sont chaudes, torrides, le soleil est impitoyable même s’il est quelque peu voilé par une brume typique de la saison. L’humidité gagne le ciel et laisse les terres arides, sèches et craquelées. C’est probablement la pire saison pour se balader mais tant pis. Alors que la Thaïlande est toujours verte en cette saison d’attente de la mousson, la Birmanie est presque un désert. Les forêts rappellent des paysages d’hiver, avec leurs arbres dénués de feuillage. Les ruisseaux ne sont plus que cascades de pierres. Heureusement, les abords du lac Inle sont irrigués, fertiles, verdoyants.

La balade en vélo nous amènera vers une surprise: un vignoble birman. Un français s’est lancé dans la production vinicole sur les flancs des montagnes. Plus de 80 000 bouteilles par an qui, malheureusement, ne trouvent que très peu d’acheteurs sur le marché local. Un peu plus loin, il y aurait aussi un allemand qui ferait de même et, bientôt, un italien suivra l’exemple. Trois méthodes différentes de production de vin pour une si petite région où la culture de la vigne est chose nouvelle. La dégustation nous offrira une palette de vins allant de l’imbuvable jusqu’à quelques fines notes de fruits et d’arômes. La maison est encore au stade de l’expérimentation. Alors que nous repartons sur nos vélos, sous le soleil cuisant et légèrement ivres de toutes ces découvertes (neuf différents crus!), nous souhaitons à cette petite maison un franc succès dans sa noble quête de faire apprécier de fins nectars aux prix élevés (plus de dix dollars la bouteille) dans un pays où la bière et le whisky local se vendent à des prix ridiculement bas (ie. Soixante-dix centimes la bière et environ un dollar la bouteille de whisky). Peut-être un signe que les choses changent dans ce pays, petit à petit.

Un petit blanc pour la route sous le soleil


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