Posted by: liblanc | March 10, 2010

Post-mortem pan-américain

La route des volcans sous toutes ses formes

Un peu plus de trois mois et voici la fin de la route. Trois mois (tres meses!) et, au final, bien moins de kilomètres parcourus qu’en Inde pendant la même période. Huit pays, deux océans, des dizaines d’amis et une poignée de volcans. Des tonnes de ce satané ‘gallo pinto’ (riz et fèves, le plat local) trois fois par jour, à tel point qu’en ce moment il me manque déjà, comme un réflexe pavlovien qui s’éveille à l’heure des repas. L’Amérique Centrale est terminée pour moi, parcourue de bout en bout, principalement le long de la route pan-américaine. C’était une étape de mon voyage différente des autres car elle était sans but final, sans objectif précis. Allons à Panama et après on verra bien. C’était une promenade dans une autre région du monde où le coût de la vie permet de voyager pour peu de sous (ou du moins c’est ce que je croyais!). Arrivé les mains dans les poches à Cancun, début novembre, je repars avec de beaux souvenirs mais aussi certaines questions, certains doutes. Existerait-il en effet une bonne et une mauvaise façon de voyager? Jusqu’à quel point les kilomètres parcourus peuvent-ils offrir une réelle satisfaction?

Quelques diables (carnaval, Bocas del Toro, Panama)

En premier lieu, je n’ai jamais été seul pendant cette partie du voyage. Dès mon arrivée à Tullum, le lendemain du vol pour Cancun, j’ai fait la connaissance d’Adam, un londonien lui aussi en vadrouille dans le monde. Trente-sept ans, pas d’attache, une bonne dose de cynisme, le duo allait fonctionner sans aucun problème. Pourtant, bien d’autres éléments de caractère nous séparaient. Beaucoup plus casanier, Adam ne refusait jamais une bière avec les copains et appréciait les longues matinées dans son hamac. Pas vraiment motivé pour les ruines mayas ou les églises coloniales, il ne manquait jamais une partie de football dans laquelle son équipe favorite, Arsenal, prenait part. Là où je faisais le tour des auberges pour trouver de nouvelles personnes à rencontrer, Adam levait les yeux au ciel en se demandant quel genre d’âme en peine j’allais encore ramener. Malgré tout, je crois qu’il a été un des meilleurs compagnons pour ce voyage, au même titre que mes chers amis Seb et Raül. Pour traverser les étapes difficiles, pour éviter de se marcher sur les pieds, il faut des caractères forts mais avec assez de recul pour accepter qu’il est inutile de s’encombrer de trop nombreuses contraintes, de trop nombreux principes. Il faut pouvoir se laisser descendre doucement le cours de la rivière.

Un des aspects les plus importants d’un voyage en Amérique centrale (et j’imagine qu’il va de même avec celle du Sud) est l’apprentissage de l’espagnol. Plus qu’ailleurs dans le monde, j’ai eu l’impression qu’ici, il faut parler la langue. Ce n’est pas uniquement pour le fait que les locaux n’ont qu’une notion basique de l’anglais mais c’est plutôt parce qu’autrement, l’accès à la culture devient impossible. La culture de ces pays se vie dans la rue et non pas dans les musées ou les livres. Il faut pouvoir comprendre les paroles des chansons, de cette musique latine omniprésente du matin au soir. Il faut être capable de lire la presse locale et se rendre compte des problèmes mais aussi des petits avancements qui caractérisent la vie de ces pays dont on entend si peu parler. L’effort n’est pas si grand à faire, la langue est plutôt logique, structurée et la prononciation facile à saisir à partir de l’écrit. Il faut aussi comprendre qu’un très grand nombre de touristes qui passent par ces contrées peuvent parler la langue. Espagnols, sudaméricains, ainsi que de nombreux américains et européens capables de s’exprimer en castillan sillonnent les routes de la région. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas nous? Comble de l’ironie, après trois mois à essayer d’apprendre l’espagnol, je me retrouve dans une île de la Thaïlande, voyageant avec une amie de Barcelone, entouré d’une communauté de catalans, d’espagnols et de français hispanophones. Le monde est petit.

De gentilles abuelas

Ai-je l’impression d’avoir raté quelque chose en Amérique Centrale? Ai-je des regrets? Pas vraiment. Je crois avoir fait le voyage que je pouvais faire. J’aurais pu aller plus rapidement comme j’aurais pu prendre plus de temps là où je ressentais une bonne vibration, un bon contact. Le Guatemala était de loin le pays où l’aventure était la plus forte, celui où il était possible de vivre en vrai ‘routard’. Au Nicaragua et au Salvador, c’était le contact avec les gens qui prenait toute son importance. À l’autre extrême, le Honduras était une erreur, du moins dans notre approche, avec au final très peu d’intérêt pour le pays si ce n’était pas pour les ruines de Copan et leur fabuleux musée.

Sept pays (sans compter le Mexique) et, au final, le sentiment qu’ils se visitent un peu tous de la même manière, en suivant la fameuse route pan-américaine. Les paysages sont relativement similaires, la langue est la même, la culture est souvent partagée. Certes le Costa Rica et le Panama sont quelques étapes plus loin dans la marche vers la modernité et la prospérité mais les racines communes avec les autres pays sont bien là. Avec les bons partenaires de voyage, la bonne attitude, les bonnes aptitudes à parler la langue et assez de temps pour des centaines d’heures de chicken bus, l’Amérique Centrale se révèle une destination complète, qui m’a donné de bons moments. Ce n’est pas le bouleversement humain que m’a laissé l’Inde ni l’hédonisme addictif de l’Asie du Sud-Est mais c’est autre chose, une leçon que je réalise avoir appris après avoir quitté ces terres de soleil et de montagnes, ces plages de sable noir et ces villes aux façades de couleurs vives. Ce sont trois mois réussis.

D'un océan à l'autre, encore et encore. (Panama)


Responses

  1. By the time I get to Guatemala, you’ll be in Mongolia .. as the earth is round, so we fare in cercles …


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