Posted by: liblanc | November 24, 2008

Plaisirs de voyage

Toujours garder le sourire

Toujours garder le sourire

 

Un des aspects les plus stimulants dans le genre de voyage que j’ai entrepris est de vivre des moments d’aventure lors des déplacements et des différentes quêtes de tous les jours. Si tout se passait comme prévu, si tout se déroulait sans anicroche, il n’y aurait que peu de plaisir à partir du point A pour rejoindre le point B. Cela ne signifie pas pour autant que je souhaite faire face à des problèmes insurmontables ou vivre des moments désagréables. Ce que l’aventure implique, c’est qu’il faut parfois faire face à l’adversité et trouver des solutions, le tout en gardant le sourire. Visiter un temple ou poursuivre une activité sportive est simple en soi, voyager ou faire face à une administration l’est beaucoup moins.

 

Comme premier exemple, je vais expliquer ce que c’est que de vouloir expédier un colis depuis le Népal. Après un trekking avec son matériel d’hiver et quelques achats en ville, il est normal de vouloir envoyer toute cette marchandise à bon port. Lors d’une journée creuse à Pokhara, j’ai donc fait le tour des ‘supermarchés’ pour demander si quelqu’un n’aurait pas un carton à me donner gratuitement ou du moins en échange de quelques achats dans la boutique. J’ai acheté une bonne quantité de ruban adhésif pour solidifier le colis et je me suis enfermé dans ma chambre pour réaliser un beau paquet bien ficelé avec à l’intérieur tout ce dont je n’avais plus besoin pour le voyage ainsi que les sculptures en bois achetées à Pokhara. Tout était prêt pour être envoyé à l’adresse de mon frère, à Montréal.

 

Évidemment, lorsqu’un touriste se balade dans les rues de Pokhara avec un carton dans les mains, tous les chauffeurs de taxi s’empressent de l’accoster et lui proposer un trajet jusqu’au bureau de poste de la ville (il n’y en a qu’un seul). C’est même essentiel puisque le bureau est à quelques kilomètres du centre touristique et que les bus locaux ne sont pas vraiment évidents à trouver. Me voilà donc dans un taxi pour une course de 150 roupies (1.50euros) avec l’espoir d’en finir rapidement avec ce colis encombrant. Le bureau de poste semble délabré, tel un vieil entrepôt dans lequel on pourrait tourner un film de gangsters. La peinture ne s’accroche plus aux murs que par paresse, trop fatiguée pour s’écailler complètement. Les commis qui y travaillent se cachent derrière une grille rouillée et regardent d’un mauvais oeil les étrangers comme moi qui viennent sûrement les embêter. Grande surprise: le bureau de poste de Pokhara n’accepte pas les colis internationaux. C’est même écrit en gros sur le mur et, à voir l’état de ce panneau, cette règle ne date pas d’hier. Alors comment se fait-il que les commerçants qui assuraient de la possibilité d’expédier le colis par la poste avaient tort? Et tous ces chauffeurs de taxi qui offraient leurs services, ne savaient-ils pas que la poste n’acceptaient pas les colis? Bien entendu, tous ces gens savent parfaitement qu’il est impossible d’expédier un colis depuis cette ville, mais personne ne vous le dira. J’allais donc devoir trimballer tous ces bagages jusqu’à Varanasi depuis Pokhara en passant par Tansen et Lumbini, ce qui représente un total de plus de vingt heures de bus! 

 

Le problème, c’est que le bus n’arrêtera pas à Tansen mais à Batlung, quatre kilomètres plus bas. Plus bas signifie géographiquement plus bas car Tansen se situe sur le sommet d’une colline. Alors que faire? Pas de problème, une jeep peut vous y conduire mais il faudra la partager avec une quinzaine de personnes (pour 10 roupies) ou alors en réserver une pour vous seuls pour 150 roupies. Arrivé à la gare routière de Tansen (?), il faudra rajouter 100 roupies pour aller jusqu’à votre hôtel de prédilection. En moins de dix minutes, vous avez dépensé plus pour vous déplacer que pour les six heures de bus du matin.

 

Le toit du bus est pris

Le toit du bus est déjà pris

 

 Parlant de bus, voyons un peu comment cela se déroule. Pour aller de Pokhara à Tansen, il y a un seul bus qui part à 7:00am. C’est du moins ce que vous dira le bedonnant préposé assis à l’intérieur du bureau des tickets en plein centre de la gare routière de Pokhara. La gare routière est en fait un immense parking entouré de commerces qui vendent de tout, depuis l’huile à moteur jusqu’aux samoussas (parfois à peine séparés de quelques centimètres). Fort de cette précieuse information, vous vous lèverez aux aurores pour être à la gare bien avant l’heure de départ. Tout se passerait donc admirablement bien si votre chauffeur de taxi du matin ne vous laissait pas en plein Pokhara, devant un bus quelconque, sans autre information. Comment savoir alors si ce bus va bien à Tansen? Heureusement, au Népal, pour chaque bus qui part, il y a au moins dix personnes qui gravitent autour du véhicule pour s’assurer que tout est en ordre. Sur ces dix personnes, il n’y en a probablement que deux qui sont payées pour ce travail, les autres étant là uniquement pour passer le temps lors de ces longues journées népalaises. Tous ces braves gens vous confirmeront que le bus ira bien à Tansen et vous aideront même à monter vos bagages sur le toit. Ils vous regarderont avec une certaine surprise lorsque vous resterez sur le toit pour profiter de la vue mais ils vous souhaiteront tout de même bon voyage. Vous voilà donc en route pour Tansen sur le toit d’un bus qui est parti à 6:35am d’un coin de rue de Pokhara sans même que qui que ce soit ne vous ait demandé d’argent ni expliqué ce que votre ticket coûterait. Rassuré?Quand ce n’est pas l’arrivée qui cloche, c’est parfois le départ. Certains bus ne partiront que lorsqu’ils auront assez de passagers. Le problème est que les népalais n’ont pas beaucoup de patience pour ce genre de bus et le quitteront un après l’autre, vous laissant seuls sur le toit avec vos bagages. La solution? Un rickshaw pour trouver un autre bus. Vous voilà donc à négocier le prix d’une course de rickshaw alors que vous auriez dû être dans (ou plutôt sur) un bus en direction de votre destination. Pour le trajet Tansen-Lumbini, qui en théorie se faisait avec seulement deux bus, vous vous retrouvez à prendre trois bus, deux rickshaws et un taxi pour les derniers kilomètres. Par chance et par bonheur, vous dormirez bien à Lumbini ce soir là, épuisé mais soulagé.

 

Parfois les histoires sont moins amusantes et un peu moins légères. Le passage de la frontière entre le Népal et l’Inde n’a rien de rassurant et ce pour de multiples raisons. Au petit matin, avec la brume encore pesante sur les plaines du Teraï, l’endroit semble sorti d’une vision post-apocalyptique d’un film de guerre. Tout n’y est que poussière, bruit et chaos. Les gens se bousculent dans les deux directions, les immeubles y sont gris sale, des véhicules de toutes sortes jalonnent la rue dans un boucan infernal. Même si le billet de bus entre la frontière et Varanasi a été acheté au Népal, il n’est pas évident de savoir s’il sera valide. Une fois passé la

 

Ici aussi, aucune place disponible
Ici aussi, aucune place disponible

frontière, plus rien ne tient et advienne que pourra. Et c’est justement là que tout se joue. Des dizaines de personnes tentent de vous faire entrer dans leur bus en prétextant que votre billet n’est pas valide ou que votre bus ne viendra pas aujourd’hui. Certains vous diront qu’ils peuvent échanger votre billet et que, pour un léger supplément, vous aurez droit à un siège dans un bus plus luxueux (en fait, tous savent que vous avez payé votre billet trois fois le prix et que vous n’avez aucune idée du prix réel d’un parcours en bus). Tout cela sent évidemment l’arnaque et, en toute logique, il est préférable de se contenter du bon vieux bus du gouvernement dans lequel votre ticket semble être honoré. Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là: un immense indien ayant plus en commun avec Mohammed Ali qu’avec le Mahatma Gandhi vient s’asseoir à côté de vous tout juste avant le départ du bus et vous ordonne de lui donner 250 roupies (indiennes cette fois-ci) à cause de vos bagages et de la place qu’ils prennent dans le bus. Cette même personne vous a guidé précédemment jusqu’au bus dans lequel vous vous trouvez et, a priori, il pourrait donc être vraiment un employé de la compagnie. Lorsque vous lui expliquez que vous avez payé votre ticket et que vous ne devez donc pas rajouter des frais, il se fâche et vous explique que si vous ne sortez pas immédiatement 250 roupies de vos poches, il vous balancera son poing en pleine figure pour vous apprendre ce qu’est que de refuser de payer (en anglais dans le texte: ‘I will punch you in the face and do damage’). Rien n’y fera et plus vous insisterez, plus il hurlera, vous insultera (‘bastard, you understand that word, bastard?) et brandira son poing fermé près de votre visage (et rappelez-vous, il n’a pas la taille de Gandhi!). Il faut trouver une solution, le temps presse, c’est à vous de jouer. Welcome to Incredible India. 

Richard et Driess, surfeurs du toit des bus

Richard et Driess, surfeurs du toit des bus

 
 ps. Toutes ces anecdotes sont du vécu.

 pps. désolé pour la mise en page bancale mais WordPress est particulièrement capricieux avec les anciennes versions d’IE.


Responses

  1. Salut Richard,

    Sympa tes aventures.

    C’est bête que tu n’es pas pu prendre une photo de ton croisement entre Gandhi et Mohammed Ali. 🙂

    David

  2. Fun !

  3. Salut Richard ,
    j’ai pu avoir enfin accès à ton blog.
    Je suis ravi et nostalgique de lire tes aventures dans des endroits où j’étais il y a un an: Tour des Annapurnas par Besi Sahar , Manang et le célèbre col de Thorung Pass(5416m) et la resdescente sur Muktinath etc..
    Je t’envie .Profite bien de cette liberté trop rare dans la vie.

    Francis

  4. Je suis sûr que si tu lui avais proposé une bonne pinte à ton armoire à glace, il aurait changé de ton.. ah merde, ils ne peuvent pas picoler les hindous ? 🙂

  5. Alors alors tu lui a dit quoi? Tu lui a casse la tete a Ali? t’as paye?

  6. Ali vs. Liblanc, rumble in India !

    Ceci dit, que d’aventures pour envoyer un simple colis.

    Mais une fois arrivée (si elles arrivent hein…?) je prendrai bien soin de tes p’tites sculptures, souvenirs de ton odyssée…

    Bon périple…et sois prudent.

  7. Au fait Richard, ce n’est pas toi qui aurait enlevé le jeune “Bouddha” au Népal ?
    Non parce qu’il vient encore de disparaître non loin de Katmandou 🙂

    Bon courage en tout cas pour ton périple vers l’Inde !


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