Posted by: liblanc | November 9, 2008

Au coeur du Sanctuaire

Le Macchapucchare, compagnon de voyage inévitable vers lAnnapurna

Le Macchapucchare, compagnon de voyage inévitable vers l'Annapurna

Quand je suis parti pour dix jours dans les montagnes de l’Himalaya, j’avais encore de nombreuses questions à l’esprit. Ma forme physique allait-elle être suffisante pour entreprendre une telle ascension? Allais-je décider de tout arrêter après deux jours? Quels étaient vraiment les objectifs de cette aventure? Était-ce une erreur de partir seul, sans guide, sans porteur, faisant fi de toutes les recommandations des népalais? Ce que ces quatorze jours allaient démontrer, c’est que non seulement toutes ces interrogations étaient futiles, mais qu’en plus, ces deux semaines en montagne allaient être une des plus belles aventures de toute ma vie.

Évidemment, la notion d’aventure est toute relative. Lorsqu’on suit un chemin comme celui qui monte au camp de base de l’Annapurna (8 jours aller-retour) ou la très longue route qui fait le tour du massif (environ vingt jours), on ne marche pas en terre inconnue, loin de là. Les sentiers, qui deviennent parfois des routes plus ou moins carrossables, sont fréquentés par des milliers de gens, des habitants des villages jusqu’aux groupes de touristes avec leurs cortèges de guides et porteurs. Chaque soir, on dort dans des ‘lodges’ qui sont en fait des refuges de montagne, parfois très basiques, parfois à la limite d’être considérés comme des hôtels. Dans ces lodges, un service de restauration est assuré et il est possible de manger un peu de tout: le classique dal bhat népalais, des pâtes, des plats mexicains, chinois, etc. Tout le système des lodges repose sur le principe que les trekkeurs paieront un prix modique pour leur chambre (environ 1 euro), mais qu’ils devront manger sur place et donc payer des prix comparativement élevés pour la nourriture (de deux à trois fois les prix pratiqués en ville). Au final, tout le monde y gagne et parcourir les montagnes ne coûte pas vraiment cher à ceux n’ont pas besoin de repas gargantuesques bien arrosés.

Damphus, après la montée depuis Phedi

Damphus, après la montée depuis Phedi

Mon objectif initial était de parvenir jusqu’au camp de base de l’Annapurna, à 4130m, et de revenir par le même chemin avec possiblement un détour vers d’autres villages si le temps me le permettait. Je n’avais alors aucune idée de ce qui m’attendait. Étant seul, je pouvais me permettre de suivre mon propre rythme. La première montée de Phedi à Damphus est la première barrière physique , la première épreuve. Cette épreuve est double car elle comporte aussi un aspect psychologique: de nombreux enfants font barrage lors de la montée, se tenant solidement par la main, dans l’espoir de recevoir quelques roupies ou du moins une poignée de bonbons. Les premiers barrages sont particulièrement agaçants. Alors que l’on arrive à peine à respirer, déjà couvert de transpiration, la patience est mise à l’épreuve. Les marches sont escarpées et forcer un barrage d’enfants pourrait se solder par une chute ou une blessure. J’ai tout essayé: j’ai pris des gamins sur mon dos tel un kidnappeur, j’ai tenté la négociation, la force, etc. Ce n’est qu’après quelques essais que la technique parfaite s’est révélée: le chatouillement! Aucun enfant ne peut résister à des chatouilles accompagnés de quelques grognements d’ogre. J’étais donc à nouveau en route pour les sommets et après quelques heures, je pouvais respirer plus librement et être ouvert à discuter avec les gens qui croisaient ma route.

Certaines rencontres sont purs fruits du hasard et pourtant tout semble indiquer qu’elles avaient été prévues dans le grand livre du Destin. Au premier jour de mon ascension, j’ai fait la connaissance de deux personnes passionnées de voyage: Driess, un australien, ainsi que de Hertta, une jeune finlandaise. Ce qu’aucun de nous trois ne pouvait imaginer à ce moment est que nos itinéraires allaient se croiser très souvent au cours des prochains jours jusqu’au point où ils allaient fusionner pour vivre l’aventure jusqu’au bout, bien loin de nos premiers objectifs. Grâce à ces deux amis, j’allais pouvoir étendre la portée de mon aventure jusqu’aux confins du Mustang, à la porte du plateau tibétain. Mais pour l’instant, afin de réaliser mon premier objectif (le camp de base Annapurna) sans pression externe, je préférais marcher seul.

La marche vers le camp de base est avant tout une marche dans la nature. A la fin du deuxième jour, il n’y a déjà plus de villages népalais. Tout ce qui se trouve sur le sentier à partir de Chhomrong n’est plus que pour les trekkeurs. La montée, parfois assez rude, se fait à travers différentes strates de végétation: forêts de bambou, timides conifères, herbes s’accrochant à la rocaille d’altitude. Le plus fascinant dans cette ascension est l’omniprésence d’un sommet à l’horizon: le Macchapucchare. Cette montagne, tout juste en dessous des 7000m, nous guide vers le sanctuaire de l’Annapurna tel un phare. Lors des premiers jours, on l’observe sous ses faces sud et ouest et sa crête, jamais conquise, semble lancer un défi aux aventuriers, aussi bien trekkeurs du dimanche que montagnards accomplis. Dommage pour ces derniers d’ailleurs car le gouvernement népalais a déclaré le Macchapucchare sacré et donc toute nouvelle expédition vers ce sommet est maintenant interdite.

Quatre jours après mon départ, je parvenais enfin à destination. Voilà, j’avais prouvé que j’étais capable de faire preuve d’endurance et de volonté. J’avais fait seul ce que bien des gens font accompagnés. Point de mal d’altitude, point de fatigue. Je pouvais célébrer ma victoire personnelle et fêter comme il se devait. Tout là-haut, sur la montagne, entouré de certains des plus hauts sommets de la Terre, de drapeaux de prières, de cairns et de compagnons éphémères, tout porte au recueillement et à la réflexion. Des réflexions sur la force de la Nature et sur la taille infime de l’Homme face aux éléments. C’était aussi le moment pour des pensées vers ceux avec qui j’aurais aimé partagé ce lieu, ceux et celles qui auraient voulu faire les sacrifices nécessaires pour gagner cet endroit magique qu’est le sanctuaire de l’Annapurna et ainsi être transportés par le gigantisme des paysages qui s’offrent devant nous.

Le camp de base, communément appelé ABC (Annapurna Base Camp), est un livre ouvert de géologie. Une moraine impressionnante tracée au couteau se trouve à quelques mètres, des glaciers se croisent un peu plus haut, des sommets fantastiques l’entourent, tout y est pour que même le plus ignorant des marcheurs reparte avec une idée de la topographie des montagnes. Encore une fois, l’endroit porte bien son nom: le Sanctuaire de l’Annapurna. Ici, les montagnes livrent leur intimité.

La vue depuis le camp de base de lAnnapurna

La vue depuis le camp de base de l'Annapurna

Pour ma part, une question se posait déjà au lendemain (glacial) de mon arrivée au camp: quoi faire pour la suite? L’objectif principal étant atteint, que me restait-il à découvrir et à vivre dans ces contrées? Désormais sans but précis, allais-je rentrer Pokhara après seulement quelques jours de marche?

Fin de la première partie.


Responses

  1. Sweet J.

    Impressionnant !!

    Post d’autres photos !

  2. Vivement la suite…

  3. Nous suivons tes aventures du Québec… FASCINANT!!! la suite… on veut la suite :)))

  4. La suite ! 🙂


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