Posted by: liblanc | October 23, 2008

Authentique

La recherche du vrai, le désir de l’authentique, la quête de l’absolu.

Prendre un bain avec un éléphant, une expérience authentique

Prendre un bain avec un éléphant, une expérience 'authentique'

Une des discussions les plus communes entre voyageurs en pays étrangers est de comparer leurs expériences des mœurs et traditions locales, principalement en ce qui concerne la nourriture. Des millions de gens sont à la recherche de l’équation parfaite entre les variables subtiles du goût le plus authentique, de l’endroit aux allures les plus ‘locales’ et, bien entendu, du prix le moins cher. La même logique peut s’appliquer aux chambres où dormir et aux activités en tout genre.

En partant vers le parc national de Chitwan, je m’étais fixé comme objectif de nettoyer mes bronches noircies par la pollution de Katmandou mais aussi de tenter des expériences plus ‘locales’, de faire un pas timide hors des sentiers battus. Dès mon arrivée à Sauraha, village en bordure du parc, j’ai vite compris que ce serait plus difficile que prévu. Depuis la paix au Népal et l’arrivée des maoistes au pouvoir, les endroits éloignés jusqu’alors réputés peu sûrs comme Chitwan sont redevenus des destinations populaires pour les groupes de touristes. Puisqu’il ne faut que six heures pour relier Chitwan depuis Katmandou ou Pokhara, beaucoup en profitent pour acheter un package de deux jours et espérer voir des animaux sauvages en pleine nature.

À force de discuter avec les guides locaux et le personnel du petit hôtel où j’avais posé mon sac, je me suis laissé tenté par une aventure dans la jungle certes plus chère, mais aussi plus satisfaisante. J’allais partir en bus local jusqu’à l’autre entrée du parc, dormir dans un gîte, et ensuite me lever le lendemain à l’aube pour entrer directement au cœur du parc plutôt que de suivre les autres visiteurs qui commençaient leur journée en jeep ou canot à partir du village de Sauraha. Il me semblait qu’en toute logique, pour voir des animaux, je devais réduire le nombre d’humains autour de moi au strict minimum. J’allais donc me balader avec mes deux guides pendant deux jours et demi, en pleine forêt, avec l’espoir de vivre une vraie aventure, une vraie expérience. Ma quête de l’authentique allait commencer.

L’aventure, elle débute quand le chef-guide (celui des deux qui parle le moins mal l’anglais) énonce les quelques règles de sécurité en cas de rencontre fortuite avec un animal sauvage et agressif. Cet exposé dure moins de deux minutes, à vous de bien l’écouter. En gros, si un animal vous poursuit, mieux vaut courir en zig-zag. Si c’est un rhinocéros, on peut éventuellement se cacher derrière un arbre ou mieux, grimper dans ses branches si c’est possible. Un tigre bondit devant vous? Aucun problème, pensez au zig-zag. De toute manière, les seuls tigres qui attaquent les humains sont les femelles avec des petits, les malades mentaux [sic], les tigres qui ont faim et je ne sais plus pour le quatrième type. Priez donc pour que le tigre qui croisera votre chemin soit chômeur ou hippie.

Dans cet environnement hostile, on se sent vite démuni. Quelque part dans ces buissons, des animaux auxquels la nature a donné toutes les caractéristiques de tueurs nous guettent. Et je ne peux vraiment dire que l’attitude de mes deux guides était rassurante. D’ailleurs, pourquoi deux guides? C’est un règlement du parc, au cas où il arriverait quelque chose au premier guide. Avec un seul guide, qui s’occuperait alors de vous? Et si ce ‘quelque chose’ m’arrivait à moi? Pas de problème me disait le manager, ‘we still have our two guides’. J’aime cette logique.

En deux jours, j’ai vu un rhinocéros qui se baignait aux petites heures du matin à moins de vingt mètres de moi, j’ai croisé des singes, des cerfs, de magnifiques volatiles et même un allemand aux vêtements en haillons qui sortait de trois jours intenses dans la forêt. J’ai aussi eu ma première expérience avec des sangsues, ces attachants petits êtres. Dans les films, on les retire en toute précaution avec du sel ou un briquet. Au Népal, pas de chichis, on les arrache, simplement. Encore une fois, comment ne pas apprécier cette logique à toute épreuve?

Rustique et authentique 'salle de bain'

Rustique et authentique salle de bain

J’ai dormi deux nuits dans une chambre des plus rustiques et j’ai fait ma toilette dans les eaux limpides de la rivière. J’ai vécu un moment qu’on pourrait peut-être qualifier d’authentique. Mais qu’est-ce vraiment que l’authentique? Est-il nécessaire de souffrir, de faire des sacrifices pour vivre quelque chose de satisfaisant? Ces pensées m’ont accompagné lors du chemin de retour vers Sauraha.

Lorsque je suis enfin revenu de mon expérience dans la jungle, j’ai fait la connaissance de trois jeunes coopérants basés à Katmandou qui passaient deux jours à Sauraha pour relaxer et boire quelques verres. Un d’entre eux, un jeune québécois d’à peine vingt-trois ans, m’expliquait qu’il avait compris le Népal car aujourd’hui il vivait chez une famille népalaise qui n’avait qu’une toilette turque sans même de papier et que lorsqu’il voulait manger, il achetait des mo-mos, ce genre de raviolis chinois, pour à peine quinze roupies dans la rue. Son discours laissait entendre que pour une personne comme moi, ‘comprendre’ le Népal était impossible. Son niveau de perception face à la richesse de ce pays était donc amplifiée par le fait qu’il faisait ses besoins dans une toilette sans papier et qu’il mangeait pour pas cher. Cette fois-ci par contre, je ne saurais faire le lien avec une logique quelconque.

Sans vouloir entrer dans un long épilogue philosophique sur le niveau de perception des choses et la quête de l’absolu, même si ce serait à propos dans un pays bouddhiste, peut-on vraiment dire qu’il y a un ‘vrai’ Népal et un ‘faux’ Népal? Celui qui déplie sa combinaison Gore-Tex pour grimper 5000 mètres est-il moins à même de comprendre ce pays que celui qui le traverse pieds nus à la manière d’un saddhu? Tout n’est qu’une question de point de vue. Pour moi, ce qui s’approcherait le plus de l’absolu dans la compréhension du Népal se trouverait à passer une vie entière ici, comme népalais, avec tout ce que cela implique. Tout autre point de vue ne peut être que biaisé d’une manière ou d’une autre. Les touristes de type ‘package’ de Chitwan ne me dérangent que parce qu’ils sont trop nombreux et qu’ils entraînent une inflation et une uniformisation des expériences, pas parce que leur point de vue sera différent du mien. Le Népal de chacun sera aussi authentique qu’il ou elle veut bien le voir. Nous repartirons tous avec ‘notre’ Népal dans nos souvenirs cette logique est celle à laquelle je veux bien souscrire.

Il napprécie pas notre intrusion lors de sa baignade matinale

Il n'apprécie pas notre intrusion lors de sa baignade matinale


Responses

  1. “La recherche du vrai, le désir de l’authentique, la quête de l’absolu.” –> N’est-ce pas l’essence même de la vie?


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