Posted by: liblanc | July 9, 2009

Un nid à l’abri

Le calme avant la tempête?

Le calme avant la tempête?

El Nido, le Nid. Un endroit reculé situé tout au au nord de l’île de Palawan, elle-même tellement en retrait du reste des Philippines qu’elle aurait presque pu être malaise. Pour rejoindre le Nid, il faut passer de longues heures dans un ferry peu rassurant depuis Manille, ou alors s’envoler vers Puerto Princessa et ensuite passer une dizaine d’heures dans un bus local reliant les deux chefs-lieux de Palawan. Mais lorsqu’on arrive à El Nido, on comprend que peu importe comment le voyage s’est déroulé, il sera difficile d’en repartir.

Le village est venu s’insérer entre une falaise abrupte et une plage de sable fin. Les enfants des pêcheurs vendent les prises de leur père au petit matin. Les vieilles dames préparent les ragoûts qui feront les déjeuners et les dîners des affamés. L’école primaire est moderne, avec une salle informatique et des classes bien distinctes, et toujours remplie de centaines d’enfants qui assiste à leur cours en uniforme. On trouve à El Nido un commissariat, un quai pour accueillir les ferries en provenance de Coron et Manille ainsi qu’une station-service pour répondre aux besoins en carburants des tricycles locaux; il n’y a en effet presque aucune voiture à El Nido. Une rue principale, un carrefour, quelques boutiques, des restaurants en bord de plage, des gargotes en retrait du village et c’est tout. Pour traverser El Nido, il suffit de marcher une quinzaine de minutes. En quelques jours, il est possible de connaître une bonne partie de la population locale, philippins comme expatriés.

Trouver refuge dans les îles
Trouver refuge dans les îles

Voilà d’ailleurs où se trouve une première surprise: la quantité surprenante d’expatriés pour un si petit village. Ils gèrent les commerces et les restaurants les plus connus. Vous voulez louer un kayak pour partir dans les îles magnifiques de l’autre côté de la falaise? Aucun problème, Serge, un sympathique français, vous fournira du matériel de qualité, et il en profitera pour discuter, vous faire part de ses expériences dans le pays et répondra à toutes vos questions. Plutôt orienté machine, vous préférez peut-être louer une moto tout-terrain et faire le tour de la péninsule, au nord du village, et admirer les rizières, les collines et la mer aux teintes azures? Cette fois-ci vous ferez affaire avec Arnaud, un autre français installé ici. Il y a un allemand qui gère les sorties en mer pour clientèle fortuné, quelques américains et sûrement plusieurs autres qui réapparaissent lors du retour de la haute-saison. Pourtant, El Nido reste un endroit encore peu bouleversé par le tourisme. Le front de mer est certes complet et il n’y est plus possible d’ajouter la moindre construction mais les hôtels, bungalows et guesthouses sont encore de taille raisonnable, aucun ne venant défigurer la plage et le village.  Il y a possibilité de boire quelques verres le soir venu et contempler le coucher de soleil mais ensuite, pour les fêtards, le choix des bars ou boîtes de nuit est bien mince: un bar à chansonniers locaux ou une boîte de karaoke un peu sordide peu fréquentée. Dans ce karaoke, il n’y aura heureusement pas de mineurs car la municipalité a instauré un couvre-feu à leur intention: après 21h, aucun d’entre eux ne doit se trouver dans les rues.

Benjamin et les futurs pêcheurs
Benjamin et les futurs pêcheurs

El Nido se vit donc de jour, de l’aurore jusqu’au magnifique coucher du soleil derrière l’île en face du village. Il est facile d’occuper ses journées à El Nido: promenades, à pied, en moto ou en bateau, snorkeling, exploration des îles en kayak, plongée, etc. On a aussi le temps de réfléchir, notamment à ce que l’endroit peut potentiellement devenir d’ici quelques années. Le Nid se transformera-t’il en un autre Ko Phi Phi ou Boracay? La construction finale de la route qui relie Puerto Princessa va-t’elle changer radicalement la vie des villageois? Et si ce projet de développer le minuscule aéroport privé allait de l’avant, l’afflux des visiteurs deviendrait-il incontrôlable? Selon Serge, notre copain loueur de kayak, c’est la tranquillité qu’il est venu chercher, lui et tous les autres expatriés, et non pas un potentiel de développement pour rivaliser avec les autres destinations soleil-plage de l’Asie. Serge est content de ce qu’il a, de sa femme philippine, de son chiffre d’affaire limité mais correct, et du temps qu’il a pour lancer son propre kayak à la mer et partir pour quelques heures, quelques jours, dans ces îles karstiques qui n’ont rien à envier à la côte de la Thaïlande ou la fameuse baie d’Halong au Vietnam. Il sait qu’aucun philippin ne lui fera concurrence car, contrairement à d’autres pays où le tourisme est bien implanté (ie. la Thaïlande), les gens de ce pays n’ont pas tellement la fibre de l’entrepreneuriat et ne trouvent pas réellement d’intérêt à imiter les étrangers dans les commerces qu’ils développent. Une courte discussion en bord d’une plage au nord d’El Nido avec Benjamin et Giorgio, deux frères pêcheurs, l’a confirmé: les habitants de la région apprécient la venue des touristes mais redoutent que les choses prennent trop rapidement une tournure désagréable et, qu’au final, ils ne reçoivent que les effets négatifs d’une telle poussée de progrès. 

Toute cette réflexion peut aussi être généralisée aux Philippines dans leur ensemble. Un pays encore peu développé par rapport à ses riches voisins, avec un potentiel immense et une nature magnifique et variée: des volcans, des plages, des îles, des récifs coralliens et des montagnes à peine franchissables. Une longue liste de merveilles naturelles qui feraient l’envie de bien d’autres pays moins chanceux. Les philippins ont aussi le mérite d’être accueillants et de parler très bien l’anglais, langue quasi-officielle. Mais est-ce qu’ils veulent vraiment de ce changement, de cette fameuse manne touristique qui se révèle parfois aussi être un poison? Il n’y a pas vraiment de réponse à cette question à part celle qui se révèlera lentement, au fil des années, quand les vies de Serge, Arnaud, Benjamin et Giorgio changeront, quand El Nido changera, quand les Philippines auront gagné une place (enviable?) sur la ‘backpackers’ trail’ et dans tous les catalogues des tours-opérateurs. En attendant, El Nido reste un havre de paix, un nid où il fait bon rester quelques jours.

Spectacle magnifique (et gratuit!) chaque soir. Aucune réservation nécessaire.
Spectacle magnifique (et gratuit!) chaque soir. Aucune réservation nécessaire.

 


Responses

  1. Merci pour cet album de photos sur les Philippines
    que j’ai consulté en gardant l’oeil ouvert sur ce
    ciel toujours menacant ….

  2. Richard,

    Merci pour cet article que je viens juste de decouvrir ! je suis en france pour visiter la famille en compagnie de ma petite femme maricel et de mon fils nathan (“à mois), et el nido nous manque deja…
    As-tu termine ton periple, et si oui, le retour a la “civilisation” n’est-elle pas trop difficile ? en ce qui me concerne, je ne peux plus revivre dans les villes hehehe


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