Posted by: liblanc | February 8, 2010

Promenade entre océans

Peu de nouvelles lors des derniers jours car nous avons eu de nombreuses journées de déplacement, depuis San José jusqu’au Panama, en passant par la région du parc Corcovado (qui fut malheureusement un échec..) et sans oublier l’air frais des montagnes qui change de la brise marine. Je suis en ce moment dans les îles de la côte caribéenne du Panama, à Bocas del Toro, avec mes compagnons de route rencontrés au Nicaragua. Bocas est un endroit connu pour ses quelques plages magnifiques, pour son grand nombre de jeunes touristes en vacances (beaucoup d’argentins et de chiléens en ce moment) et, bien entendu, du rum, de la bière et du reggae (et en prime quelques ‘imports’ de la Colombie).

J’ai encore quelques sujets à approfondir avant de clore ce chapitre de mon voyage et ensuite je retournerai vers les terres d’Asie en quête d’inspiration. À bientôt!

Posted by: liblanc | January 24, 2010

Hommage au chicken bus

Ils ne sont plus jaunes!

Années ‘80, campagne québecoise

Chaque jour du calendrier scolaire, je prenais place à bord d’un de ces bus de couleur jaune. Une immense cage d’acier et de verre signée Blue Bird Company, assez robuste pour traverser les hivers du pays et résister aux assauts constants d’une marmaille déchaînée. Plus de deux heures par jour, presque dix pour-cent de ma vie, qui passaient ainsi sur les routes de campagne, entre mon domicile et les écoles primaire et secondaire que je fréquentais. Des heures à ne rien faire, à penser au prochain mauvais coup, à comment ridiculiser une fois de plus le pauvre chauffeur qui ne savait pas imposer le respect, ou à inventer d’autres méthodes pour taxer les friandises des plus petits avec l’aide des plus grands et des plus musclés. Des heures et des heures à être prisonnier du transport scolaire.

Tout n’était cependant pas permis dans ces bus scolaires, loin de là. Il y avait des règles, écrites ou non, à respecter telle que l’exclusivité des sièges du fond à une petite clique élitiste, à ceux et celles qui étaient habituellement les plus avancés dans leur course vers la puberté, les leaders du moment. Il était aussi formellement interdit de toucher la poignée de la sortie d’urgence, offense passible de l’ire du chauffeur qui ne tolère point ce tintement d’alarme qui résonne lorsqu’il conduit. Enfin, gare à celui qui en fera trop ou qui se mettra à dos certains gamins: le changement entre deux bus est le moment propice pour les bagarres enfantines et les règlements de compte puérils. La vie à bord du Blue Bird n’était pas toujours rose.

Américains dans l’âme

Les divertissements étaient plutôt rares: jeux de ‘roche-papier-ciseau’, devinettes, moqueries et, merci à monsieur Sony, l’invention du walkman qui changera tout en permettant une certaine isolation face à ce tintamarre. Toutes ces heures à bord de ces bus n’ont pas vraiment laissé un souvenir agréable mais elles étaient nécessaires à l’obtention d’une éducation qui s’offrait de manière universelle en étendant sa portée au plus profond des campagnes. Les bus jaunes font partie de mon enfance, pour le meilleur et pour le pire.

2009, Amérique Centrale

Ils sont toujours là. Les vieux Blue Bird et Thomas d’autrefois ont trouvé un second souffle lors de leur passage en masse vers les pays d’Amérique Centrale. Trop vieux pour suivre les normes des commissions scolaires de l’Amérique du Nord, ils sillonnent désormais les routes du Belize jusqu’au Nicaragua comme transport de passagers, ces fameux ‘chicken buses’. Ce nom à consonance quelque peu péjorative vient du fait que ces poulaillers roulants transportent aussi bien hommes que volailles, le tout entassé dans un bric-à-brac à peine descriptible.

Certains ont pris de l’âge, avec des fenêtres qui ne tiennent plus en place et des moteurs qui crachent des nuages sombres et étouffants. Pourtant, d’autres se sont mis à la mode du ‘tuning’ et arborent couleurs vives et toute une iconographie qui va du Sauveur Jésus à l’Oncle Sam agitant son fier drapeau. Le chrome a fait son apparition au milieu des appliques de goût douteux et des enjoliveurs de dernier cri. Bichonnées avec amour, certains de ces bus sont aujourd’hui des chef-d’œuvres d’inventivité, du moins pour leur extérieur, car une fois à bord, les souvenirs de ces heures d’inconfort reviennent rapidement.

Ces vielles banquettes au rembourrage insuffisant tombent en ruines, déchirées et ne tenant plus en place. La distance entre chacune d’entre elles, qui convient certes à une clientèle de gamins d’âge scolaire, n’a pas changé. Pour des adultes, l’espace réservé aux jambes est minime. La chaleur est souvent écrasante. Ce n’est pas vraiment les retrouvailles que j’avais espérées pour ces bus de mon enfance et pourtant, j’ai adoré mes kilomètres parcourus en Amérique Centrale.

Curieuse rencontre

La vie locale, celle que l’on désire voir par delà les endroits touristiques, est à son plus fort dans ces chicken buses vieillots. Qui ne possède pas son propre véhicule voyage évidemment à bord, des grand-mères curieuses jusqu’aux jeunes professionnels. Malheureusement, tenir une discussion avec son voisin de banquette relève de l’exploit, que ce soit en anglais, en créole ou en espagnol. En effet, tous ces bus ont perdu quelques plumes lors de leur conversion en poulailler mais ils ont, pour la plupart, gagné un système de son d’une puissance stentorienne. Les hauts-parleurs crachent aussi bien salsa que rap hispanique, aussi bien merengue que succès américains d’autres décennies. Existerait-il une règle universelle qui stipulerait qu’un voyage à bord d’un bus local ne peut se faire qu’écrasé sous les décibels, du désert indien jusqu’aux volcans du Guatemala? Le contrôleur peut s’époumoner et hurler le nom des villages que nous traversons, à moins d’être assis à l’avant du bus, nous ne pouvons l’entendre. Il faudra faire confiance aux autres passagers pour nous indiquer quand nous extirper de ce chaos ambulant.

Ce qui rend par dessus tout ces bus si pittoresques et inoubliables, sans oublier photogéniques, est encore leur décoration exhaustive, mais cette fois en leur intérieur. Pour bien tout voir, il faut s’asseoir près du chauffeur. De cette manière, il est possible de contempler l’amalgame de décorations, ces ’stickers’, qui couvrent l’avant du bus. Tout y est, de la culture traditionnelle à la pop-culture, de la religion à la tentation. Femmes de morale douteuse étendent leurs jambes interminables près du visage du Christ alors que de son côté Mickey Mouse salue bien bas un des héros de l’histoire locale. La Vierge pose un regard tendre sur Popeye qui lui n’a d’yeux que pour les hanches de Shakira. Au milieu de ce fouillis, placée sur le rétroviseur central du bus, on peut lire la parole de Dieu ou du moins un slogan qui l’interprète. Mon préféré : ‘Si ceci doit être mon dernier voyage, qu’il soit avec Dieu’. Alors que le bus dévale la route sinueuse le long des pentes du volcan, qu’il contourne à un poil près les animaux errants et qu’il suit les falaises du littoral salvadorien, on réalise que prendre place à bord d’un chicken bus, avec ses freins qui hurlent, est en fait un acte de foi (sinon de folie!). Amen.

Tous à a bord! Même Jésus et Snoopy!

Un grand merci à Brenna pour la photo du gamin dans un bus du Nicaragua.

Posted by: liblanc | January 18, 2010

Charme colonial

Antigua et ses rues bien droites.

Antigua est l’autre joyau du trésor touristique guatémaltèque, le premier étant les ruines de Tikal. Arriver dans cette ville, après les minuscules villages, la jungle et les rivières de l’arrière-pays, c’est l’impression de revenir à la civilisation, avec tout ce que cela a de bon et de mauvais. Antigua est l’ancienne capitale du pays et les monuments, même si souvent laissés à l’abandon suite aux tremblements de terre, abondent. La nature a en effet été particulièrement dure avec la vieille ville et la présence du volcan Agua et du Fuego, ce dernier encore actif, impose un respect face à la toute-puissance des forces de la Terre. Le cœur de la cité, bâti selon un plan parfaitement perpendiculaire où les avenues croisent les rues, est un carrefour de voyageurs et un centre d’apprentissage de plusieurs disciplines, de la langue du pays jusqu’aux pas de salsa. C’est tout cela, et pourtant, quelque chose manque. Quelque chose que je trouverai au Salvador, dans les rues de Suchitoto, ville beaucoup plus modeste mais au charme colonial plus vrai, plus authentique, et ensuite au Nicaragua.

Tous prêts pour la fête annuelle, Suchitoto

L’UNESCO a jugé bon de protéger Antigua en lui accordant cette précieuse (mais controversée) carte de membre du club du patrimoine mondial. Les câbles électriques sont enfouis sous terre, les ordures ne jonchent pas les rues, l’ordre règne, surtout dans la partie touristique. Même le McDonalds et le Burger King ont dû se prêter au jeu de la protection du patrimoine et se sont installés dans des anciens immeubles en préservant du mieux que possible leurs façades. Mais justement, que font ces restaurants de fast-food dans cet endroit historique? Voilà une partie de la réponse à la question portant sur l’âme manquante d’Antigua.

À force de trop vouloir en faire, on finit par transformer ce genre d’endroits en un parc d’attractions qui sent l’artificiel, le toc. Antigua est devenue internationale et tente un peu trop de s’élever au-dessus du reste du pays. On y passe du bon temps, on mange, boit, danse et rencontre des gens. Mais malgré toutes ces écoles de langue hispanique, c’est l’anglais que l’on entend le plus souvent dans les bars et les restaurants branchés. Une visite d’Antigua est incontournable lors d’un voyage à travers le Guatemala, mais elle est loin d’être suffisante. Il faut chercher ailleurs ce qui ne s’y trouve pas.

La fête au village, Suchitoto

Dans mon cas, ce fût quelques jours plus tard, dans le pays voisin, que je trouvai ce qu’il manquait à Antigua. Suchitoto, avec son nom qui fait sourire, est bien loin de figurer sur la même carte touristique. En plein Salvador, pays craint et souvent ignoré par les voyageurs en raison des risques de sécurité, la petite ville ne voit pas passer beaucoup de touristes. Il n’existe pas de ‘tourist shuttles’ permettant de couvrir la distance entre Antigua ou les plages du sud du Salvador sous la couverture protectrice d’une mini-van touristique allant de porte à porte. Il faut s’y rendre en ‘chicken bus’, en passant par une autre capitale infernale, San Salvador. Les guides touristiques en parlent, mais ils ne s’y attardent guère. Il faut donc braver l’inconnu et débarquer dans cette petite ville timide sans a priori. Tout de suite, on découvre ce qu’il manquait à Antigua: une vie locale riche et invitante.

 

Avec Adam, un compagnon de voyage, nous sommes arrivés en pleine semaine de célébrations d’un festival annuel mêlant un hommage à la patronne de la vielle, Santa Lucia, aux festivités d’avant-Noël. Feux d’artifices, ambiance de fête foraine, kiosques vendant toutes sortes de produits locaux, tout y était. Les traditions sont ici garanties par les habitants de la ville et de la région plutôt que par un seau officiel de patrimoine mondial. On vient donc à Suchitoto pour ses gens et ses traditions (et non pas seulement parce que le nom porte à rigoler!).

Quelques semaines plus tard, c’est dans les villes de Léon et Granada que je trouvai un sentiment similaire. Ces villes sont bien plus grandes que Suchitoto et les touristes y sont nombreux mais elles ont quelque chose de plus intéressant qu’Antigua.Toutes ces villes ont donc un dénominateur commun, avec à nouveau ces églises massives, ce plan de rues perpendiculaires et ces haciendas aux façades colorées, mais elles ont aussi une touche différente. Elles forment un ensemble des différentes incarnations que le charme colonial des anciennes villes espagnoles a pu prendre au cours des siècles. Ne visiter qu’une seule est une erreur. Il est donc utile de se laisser transporter le long de la célèbre route pan-américaine des collines guatémaltèques jusqu’au fameux Lago de Nicaragua. Quelques semaines ont suffit, mais quelques mois auraient été tout aussi convenables.

Couleurs flamboyantes, Leon, Nicaragua

Prochain article: Un hommage au ‘chicken bus’.

Posted by: liblanc | January 11, 2010

Une nouvelle annee

Bonne et heureuse année à tous!

Les dernières semaines ont été consacrées à me sauver de la déprimante côte nord du Honduras pour trouver refuge dans les villes du Nicaragua (Leon, Granada) où les festivités de fin d’année m’attendaient. Avec toutes ces soirées animées, ces lendemains de cuites difficiles et un groupe d’amis qui s’est formé, il était difficile de travailler sérieusement sur le blog. J’ai deux articles en rédaction et je devrais les poster d’ici les prochains jours lorsque je serai au Costa Rica.

À bientot et salutations toutes spéciales aux amis ‘retrouvés’ récemment grâce a Facebook (de nouveaux lecteurs!).

-R

Posted by: liblanc | December 24, 2009

Feliz Navidad!

En attente du Père Noël

Après un dur passage par le Honduras et de trop nombreuses heures dans les bus locaux, me voici enfin arrivé dans la ville de Leon, au Nicaragua. Ville étudiante, cafés et restaurants, petit hôtel charmant avec hamacs et piscine, on se croirait presque dans un aperçu du paradis après les galères des derniers jours. Demain, pour Noël, virée à la plage de Las Penitas et ensuite fiesta toute la soirée. De quoi regagner le sourire et reprendre du poil de la bête.

Joyeux Noël à tous et à toutes et à bientôt pour de nouveaux articles et photos.

-Richard

Posted by: liblanc | December 16, 2009

Images du Guatemala

Le Guatemala en couleur, même dans les cimetières!

En attendant les prochains articles, voici une collection d’une quarantaine d’images prises au Guatemala. (Lien).

C’est un peu du tout et du n’importe quoi, allant des ruines mayas jusqu’aux superbes piscines naturelles de Seamuc Champey.

Je suis actuellement à Copan, au Honduras, pour une dernière dose de culture maya avant d’aller profifer du soleil et de la plage sur la côte nord du pays pour Noël. Pour la suite, ce sera probablement un détour par la région de la Mosquitia et ensuite une entrée au Nicaragua.

À bientôt et bons préparatifs de Noël.

Posted by: liblanc | December 13, 2009

La mort d’un lac

Cadre idyllique mais sous un angle trompeur

C’est un des plus beaux lacs d’Amérique centrale. C’est le lac qu’Aldous Huxley, toujours en quête d’un monde meilleur et de superlatifs, qualifia de plus beau lac du monde. C’est une étendue d’eau entourée de collines, de montagnes et de volcans. C’est sur ses rives que se trouvent des petits villages pittoresques ainsi que les témoins d’une occupation maya. C’est le lac d’Atitlan (Lago de Atitlan), avec ses eaux bleues, ses quelques plages et ses paysages fabuleux. Et pourtant, le lac se meurt; il est à l’agonie. Il ne lui reste que peu de temps à vivre et ses rives ne sont plus que le triste reflet d’une catastrophe écologique qui se déroule en ce moment sous le regard impuissant des hommes et femmes du pays.

Sauver le lac avec les moyens du bord
Moyens dérisoires face au fléau

Inutile de chercher bien loin où est le problème: les eaux du lac sont remplies d’algues brunes. Les berges sont maintenant couvertes d’une espèce de boue organique gluante et puante. Vu des montagnes qui l’entourent, le lac est traversé de balafres brunâtres qui le défigurent. Même en son centre, là où les eaux sont profondes et l’agitation des bateaux permanentes, on trouve cette satanée algue qui prolifère. D’ici quelques mois, le lac mourra, étouffé par cette végétation lacustre incontrôlable. Les algues bloqueront la lumière et consommeront l’oxygène nécessaires au maintien de l’équilibre écologique fragile et les poissons disparaîtront à leur tour. Le lac se meurt d’une mort lente et douloureuse. La vie aquatique est condamnée, alors qu’en est-il de la vie humaine, de ces villages de San Pedro, Panajachel et autres? Sans surprise aucune, ils sont responsables de l’état actuel du lac. Mauvaise gestion des eaux usées, agriculture, déforestation, les causes sont nombreuses. Les ouragans tropicaux ont aussi une part de responsabilité. Un village entier a été projeté dans les eaux du lac suite à une tempête. Les pluies diluviennes ont causé des dégâts aux infrastructures de traitement des eaux et ont ainsi déversé des quantités abondantes de déchets dans l’Atitlan.

La vie continue, malgré tout

Sur la minuscule plage de San Pedro, des hommes s’affairent à tremper de grand draps colorés dans l’eau pour ainsi recueillir les algues et les déposer ensuite dans des paniers d’osier. Que font-ils vraiment? Je n’ose leur demander ni prendre de photos. Essaient-ils de nettoyer les eaux du lac, avec leurs moyens dérisoires? Les algues seraient-elles utilisées comme ingrédient dans une potion magique locale ou la fabrication d’aliment? Pour obtenir la réponse, je devrai attendre quelques jours et poser discrètement la question à quelqu’un qui pourra traduire les mots avec toutes les subtilités nécessaires. En effet, ces hommes tentent de nettoyer les eaux du lac, aussi futile que cela puisse paraître. Il est trop tard pour cela, le lac se meurt. Que peut-on faire? Le gouvernement du Guatemala estime qu’il faudra plus de 30 millions de dollars pour ressusciter l’Atitlan. Comment dépenser une telle somme dans un pays qui reste un des plus pauvres de la région?

Je passe quelques jours à San Pedro, à discuter avec les gens, partir à la découverte des sentiers à dos de cheval et, évidemment, boire des bières avec les expatriés qui y vivent. Plusieurs commerces sont tenus par des américains et anglais. Ils croyaient au potentiel d’Atitlan à devenir une station de villégiature, loin des artifices d’Antigua et du chaos guatémaltèque. Que faire maintenant? Abandonner le lac et ses villages à leur triste sort? Peut-être préparent-ils leur départ discret, sans faire de bruit, pour éviter que ces hommes qui pataugent en ce moment dans le lac avec leur bout de tissu les voient s’enfuir.

Le coeur n'est plus au loisir

Posted by: liblanc | December 8, 2009

Le feu de la Terre

Fenêtres sur le centre de la Terre


Il y a quelques mois, lors de mon passage en Indonésie, j’ai eu la chance de grimper au sommet de plusieurs volcans différents. Certains étaient actifs, d’autres éteints. Certains sont le théâtre du travail phénoménal de la nature (ie. le Rinjani) alors que pour d’autres, c’était le travail de l’Homme qui impressionnait (ie. Le Kawah Ijen). Bien loin de ces volcans de la ceinture de feu de l’Asie et des îles indonésiennes, le Guatemala est lui aussi parsemé de ces cônes surréalistes. Ce pays plutôt plat et couvert de jungle à sa frontière nord s’élève brusquement vers sa frontière australe où il partage la collection de volcans centre-américains qui s’étend jusqu’au Panama. Une de ces fameuses montagnes fumantes, le Pocaya, était à portée d’une aventure d’une journée à partir d’Antigua, haut-lieu de tourisme du Guatemala. La différence du Pocaya, et elle est de taille: la possibilité de marcher sur la lave.

 

Après une ascension plutôt facile en milieu d’après-midi pour atteindre l’objectif avant le coucher du soleil, nous approchions du point de sortie de la lave à quelques centaines de mètres sous le sommet. La dernière partie de la montée se fait sans vraiment de sentier, à grimper sur ses roches volcaniques coupantes comme des rasoirs. La brise y est puissante, il faut s’accrocher, être prudent et éviter à tout prix le faux-pas. À quelques dizaines de mètres de la cheminée de lave, la température ambiante augmente drastiquement. La chaleur de la montagne est désormais présente. La pierre est chaude, très chaude. Sous certains rochers, des cicatrices rouges incandescentes apparaissent. Voilà, la lave est sous nos pieds, enfin. Quelques dizaines de centimètres sous nos semelles se trouve le sang de la Terre, bouillant et écarlate. Ne pas glisser, ne pas poser les mains n’importe où. Malgré cette prudence, tentant d’éviter un large groupe de touristes envahissants, je tombe et me relève, les mains ensanglantées. Je peux le confirmer: ces pierres coupent en effet comme des rasoirs.

BBQ 100% naturel

 

Il est temps de sortir les guimauves et de le faire rôtir, presque instantanément, sur cette rivière d’apocalypse. Un défi: y allumer une cigarette (et, pourquoi pas, un joint). La lave est là, à portée de main. Seule la chaleur suffocante nous rappelle qu’il est dangereux de s’aventurer si prêt. C’est un spectacle unique qu’il aurait été impossible de voir sur les volcan indonésiens. Pour mon premier volcan d’Amérique, c’est une réussite. Mes doigts guériront rapidement et le rapiéçage de mon pantalon déchiré sera la preuve qu’en montagne, et d’autant plus sur un volcan, il faut marcher lentement, sans se presser. L’impatience n’est pas une bonne compagne sur les hauteurs.

Du haut de ce point de vue saisissant, sur les flancs du Pocaya, les trois autres volcans qui entourent Antigua se dessinent à l’horizon. Le majestueux Agua, le timide Acatenango et le bien-nommé Fuego. Ce dernier est un des seuls, à part le Pocaya, à faire preuve d’activité en ce moment. De temps à autre, il crache fumée, cendres et, parfois, un peu de lave, visible surtout la nuit, spectacle gratuit de feux d’artifices que l’on observe du toit de notre ‘hospedaje’ dans le centre historique de la ville coloniale aux couleurs pastels. Une autre des facettes de la vie nocturne d’Antigua. Mais à ce point, j’empiète déjà sur le sujet du prochain article.

Le Fuego, bien plus menaçant que le Pocaya

Posted by: liblanc | November 28, 2009

Buenos dias de Antigua

Dans les rues de l'ancienne capitale

Ouf! Plus de trois semaines sans un ‘vrai’ article sur ce blog. Les raisons sont multiples: manque d’inspiration, impression d’être à nouveau coincé dans un monde parallèle de touristes ‘backpackers’, allant d’hostels en hostels, avides de hamacs, de cervezas et, ne l’oublions pas, de marijuana. Il était impossible d’aller plus en profondeur, de creuser à travers la superficialité du voyage facile et de trouver des sujets originaux. Comme je l’explique dans mon article, la sécurité, ou plutôt le manque de sécurité, est l’élément le plus contraignant lors de voyages dans ces pays. Ma prochaine étape est le Salvador, avec ses spots de surf, mais le pays a une réputation encore plus mauvaise que le Guatemala.

Je vais peut-être changer le format des articles  du blog dans les prochaines semaines. Une photo, un ou deux paragraphes, des sujets plus concis, ce format sera sûrement plus adapté à mon séjour en Amérique centrale.

Bonne semaine à tous!

Posted by: liblanc | November 28, 2009

Meso-Americana

India? Iglesia? Maya?

Parti sur un coup de tête en Am.érique Centrale, je me retrouve maintenant au Guatemala après un bref passage au Mexique et au Belize. Ces terres de jungle et de montagnes, parsemées de ruines mayas, de rivières rugissantes et de volcans, forment une étape complètement improvisée de mon parcours autour du monde. L’Amérique du sud devra attendre encore quelques mois, voire quelques années, car pour l’instant, c’est cette mystérieuse MesoAmerica que je traverse kilomètre par kilomètre.

Pourtant, l’aventure n’avait rien de bien excitant à ses débuts. De Cancun au Belize, la Riviera Maya ne comportait qu’une succession de grands hôtels le long des plages où les touristes faisaient grise mine dans l’attente du passage de la tempête tropicale Ida. Pluies diluviennes, vents violents, l’atmosphère ne se prêtait guère à la découverte des sites mayas tels que Tullum et Chitchen Itza. De mon côté, nourri d’images de civilisations perdues, de temples enfouis et de visions du Grand Jaguar, je visitai ces sites à la recherche d’une inspiration, en quête d’éblouissement et pourquoi pas d’un peu de la sagesse des anciens. Malheureusement, la mise en valeur du patrimoine culturel n’est pas une priorité pour les autorités locales. Sans musée ni centre d’information, sans la moindre explication et, mea culpae, sans lecture préalable, le visiteur de ces sites n’en retire que très peu. Quel est le sens de ces images (lorsqu’elles sont présentes), comment les mayas vivaient-ils, comment leurs cités fonctionnaient-elles? Il n’y a pas vraiment de réponses à trouver au pied des grandes pyramides et temples, envahis de touristes de passage qui se contentent de taper bêtement des mains pour tester l’acoustique surprenante de ces édifices religieux. Cela dit, tout n’était pas perdu. Chitchen Itza possède un stade sportif exceptionnel, là où les mayas se réunissaient pour assister aux parties de leur ‘football’ sacré, un jeu aussi bien pour les dieux du stade que ceux du panthéon. Le football était une religion bien avant qu’il prenne sa forme actuelle. En utilisant que ses coudes, genoux et hanches, les joueurs devaient faire passer une balle de caoutchouc dans un anneau de pierre. Lors de certains matchs, le capitaine de l’équipe gagnante était décapité, son enveloppe charnelle offerte aux dieux pour que lui-même puisse les rejoindre. Être aujourd’hui présent dans ce stade, admirer ses tribunes et les images gravées dans sa pierre, est une expérience bouleversante. Jadis, le sang coulait en ce lieu, de la même manière que les têtes roulaient le long des marches des grands temples. Les mayas avaient une vision complètement différente de la vie et de la mort et le sacrifice humain était commun. Il me faudra maintenant lire plus d’ouvrages sur ces rituels ainsi que sur cette fascination des mayas pour l’astrologie et la prédiction de leur avenir. Angoissés par ce que le futur leur réservait, leur civilisation de près d’un millier d’années s’est dissoute en quelques décennies, avant même que les espagnols ne lui portent le coup de grâce. Le site de Tikal au Guatemala en est presque une métaphore: des temples oubliés au cœur de la jungle, des traditions perdues, une culture passée qui n’a pas su se transmettre à ses descendants. Le Guatemala d’aujourd’hui n’a que bien peu en commun avec ces grandes cités de jadis.

Observatoire d’un sombre futur

C’est aussi pour partir à la recherche de ces anciennes traditions que mes compagnons de voyage et moi avions décidé d’explorer une grotte mythique (et mystique) du Belize, la fameuse Actun Tunichil Muknal (la caverne de la sépulture de pierre). Le long d’une rivière près de San Ignacio, non de la frontière du Guatemala, une expédition de quelques heures permettait de pénétrer dans les entrailles de la Terre, de nager dans les eaux froides d’une rivière souterraine et d’émerger dans une immense salle caverneuse où se trouvaient des restes de poterie maya ainsi que quelques squelettes laissés ci et là sans raison apparente. Un des squelettes présentait des signes de déformation, avec un crâne en forme ovoïde et des dents taillées en pointe. Placé dans une position particulière, comme si les restes de cette jeune femme effectuaient une danse macabre, le tout avait un faux caractère d’aventures archéologiques développées uniquement pour le tourisme. Était-ce vraiment le travail des mayas? Comment était-il possible que ces restes et artefacts soient ainsi laissés à même le sol, proies au piétinement des groupes de curieux qui payaient le prix fort pour un peu d’aventure inusitée? De manière générale, c’est un peu le problème du Belize comme destination touristique: exagérément cher pour une qualité correcte mais sans rien d’éblouissant. La barrière de corail des Cayes offre de bonnes possibilités de snorkelling et de plongée mais les prix deviennent rapidement prohibitifs. Le séjour à Caye Caulker, une petite île au large de Belize City est bien loin d’être une retraite paisible à prix modique.

Sourire du Belize

Si le Belize est loin d’être bon marché, ses habitants eux ne sont pas chiches d’hospitalité et d’accueil chaleureux. En quelques heures, on se retrouve rapidement à discuter de tout et de rien avec toute une panoplie d’individus allant de descendants des mayas aux rastas de style jamaïcain. L’anglais remplace ici l’espagnol et le contact y est facile. On voudrait y rester un peu plus longtemps et explorer les facettes culturelles de ce pays étrange qui n’a que très peu en commun avec ses voisins hispanophones. Au détour d’une route de campagne ou dans le terminal des bus de Belize City, on peut aussi apercevoir ces hommes blancs étrangement vêtus qui tranchent avec la population locale: les mennonites. Avec leur peau blanche, leurs traits européens, leurs grandes salopettes et leurs chapeaux de fermier, ils surprennent dès le premier regard. Plus farouches, vivant en société quasi-fermée aux allures de XIXème siècle, on ne peut partir à leur rencontre sans une certaine préparation et assez de temps pour établir un réel contact. Ici, les talents de franc-tireur photographique ne serviront à rien: la confiance doit être acquise avant de pénétrer ce monde à part. Dommage, mon temps et mes ressources sont limités et je ne peux rester plus que quelques jours dans ce pays. Qui sait? J’y reviendrai peut-être un jour en quête d’un reportage sur ses habitants plutôt que sur sa faune marine et ses lieux touristiques?

Puisque je quitte maintenant le territoire maya en voyageant de plus en plus vers le sud, c’est désormais un autre défi qui s’offre à moi: aller un peu plus vers les gens. Mon espagnol s’améliore de jour en jour et la langue ne sera bientôt plus un obstacle. Ce qui reste la principale barrière se trouve ailleurs: l’insécurité. Le Guatemala a bien mauvaise réputation et, pour une fois, je dois admettre que cela est justifié. Des amies ont été dérobées de leur argent et passeports quelques jours après notre séparation. Une jeune canadienne a été braquée, tenue en joue à la pointe d’un revolver, sur le pont qui sépare Florès et Santa Elena et ce en plein jour. Heureusement pour elle, seul son appareil photo paiera le prix de ce brigandage. Des gardes armés sont partout, dans chaque commerce et même à la porte de certains hôtels. L’ascension du volcan Agua n’est pas recommandée suite au nombre élevé d’attaques le long du sentier qui mène à son sommet. Tous les guatémaltèques ne sont évidemment pas des brigands mais il n’est plus question ici de déambuler dans les rues avec un énorme appareil photo en bandoulière à la recherche d’images contrastées. Quelques semaines, peut-être même quelques mois, seront nécessaires pour lentement apprendre les us et coutumes locales, pour prendre le pouls de ces pays de la Meso America et ainsi retrouver le sens du voyage et le plaisir de la rencontre. De Cancun à Panama City, quelques mois seront-ils suffisants pour vivre pleinement ces pays exotiques?

Du haut de ces pyramides, combien de siècles vous contemplent?

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