Posted by: liblanc | October 23, 2009

Séjour sans inspiration

Couleurs locales

Couleurs locales

Un mois de retard sur le dernier article, rien de nouveau à poster, ce séjour à Montréal n’est pas propice à l’inspiration!

Pourtant, je profite de ces semaines pour revoir famille et amis, préparer les prochaines étapes et travailler sur quelques articles d’un nouveau genre pour le blog. Par exemple, puisque je suis en train de revoir mon équipement et réduire le plus possible ce que je transporte dans mon sac à dos, je vais bientôt ajouter à mon site un article sur les préparatifs à un voyage autour du monde et ce qu’il est bon d’avoir avec soi. Plus de détails la semaine prochaine.

Mon vol pour Cancun, porte d’entrée de l’Amérique Centrale, est le 4 novembre. D’ici là, je compte bien revoir le plus possible les amis de longue date qui se trouvent dans la région de Montréal!

À bientôt.

-R

Posted by: liblanc | October 23, 2009

La route de l’immensité

Droit devant

Droit devant


Une route ne doit pas toujours mener à une destination. Parfois, c’est la route elle-même qui est l’objectif. Jetée à travers les montagnes de l’Ouest canadien, le long de la vallée de la Shuwapta, la promenade des Glaciers est une des routes les plus scéniques du monde. Elle n’est pas source d’adrénaline, comme ces routes en lacets qui s’agrippent aux flancs de pentes abruptes. Elle n’est pas non plus particulièrement longue, avec à peine plus de 200km entre Banff et Jasper. Mais c’est une de ces routes qui permettent de contempler, de réfléchir. Ce n’est pas une aventure en soi: ce n’est qu’un décor à une aventure intérieure, un périple personnel plutôt que géographique.

Il y a un peu plus d’un an, je passais par les routes et sentiers de l’Himalaya pour découvrir un environnement inconnu, une terre et une culture qui n’étaient jusqu’alors que légendes et images dans de beaux grands livres. Douze mois plus tard, à des milliers de kilomètres, je reviens dans les montagnes, même si celles-ci n’ont rien en commun avec l’Annapurna. Dans l’Himalaya, je réfléchissais à ma décision de partir à l’aventure; dans les Rocheuses, je me tourne plutôt vers le passé et je réfléchis au sens qu’a pris ce voyage.

Elle passe au fond la vallée

La route passe au fond la vallée

Cette fois-ci, plus aucun porteur sur les pistes, plus de guide offrant leurs services et plus du tout de chants de ces ribambelles d’enfants qui bloquaient les passages escarpés en exigeant paiement. Le Népal est loin, très loin. Ces montagnes de l’Ouest canadien, on les explore (trop souvent) en véhicule, assis dans le confort d’une voiture le long d’une route aux dizaines de parkings annonçant un sentier balisé menant la plupart du temps à un belvédère parfaitement aménagé. La montagne est transformée en parc Disney-esque, dans tout ce que cela implique de bien et de mal. Plus besoin de marcher des jours entiers avec son sac et dormir au froid dans des villages perchés. Des sommes impressionnantes d’argent sont investies à ce que la route soit parfaitement aplanie, à ce que tout soit clairement indiqué et à ce que rien ne puisse poser un danger quelconque au visiteur. Seul variable dans tout ce monde d’organisation: les animaux et leur tendance à ignorer les règles humaines. Les ours peuvent s’approcher, les élans causent des bouchons de circulation et les spermophiles viennent voler les victuailles du randonneur lors de sa pause casse-croûte.

La route est pour tout le monde

Priorité?

Bien évidemment, je ne suis pas resté de marbre devant ces montagnes magnifiques. J’ai essayé le plus possible de grimper sur leurs sommets, de parcourir leurs vallées et de les saisir sous des clichés leur rendant hommage. Mais tout cela n’était pas suffisant: je voulais les vivre, les pénétrer. Je voulais sortir de cette voiture et me lancer sur les sentiers pour plusieurs jours. Malheureusement, cela ne se fait pas de cette manière. On peut certes parcourir les sentiers des Rocheuses mais il faut un peu plus de préparation et surtout, un certain équipement (que je n’avais pas). Le petit sac que je transportais dans l’Himalaya ne m’aurait pas suffit. C’est la présence des népalais dans leurs villages des montagnes qui fait que le trekking y est si facile et si peu complexe du point de vue logistique. Un petit sac, une bouteille d’eau, de bonnes chaussures et vous voilà parti pour vingt jours! Impossible de faire de même dans les Rocheuses. Dommage. Mais était-ce vraiment ce que je voulais faire? Ne préfèrerais-je pas la présence de tous ces montagnards à l’accueil chaleureux et à la culture exotique résultat d’un carrefour de civilisations? C’est plutôt là que se trouve la clé de l’appréciation de mes jours en montage: je préfère y voir des gens et de la vie que d’y être seul avec la nature. Une autre leçon retenue à ajouter à la longue listes des apports de toutes ces pérégrinations. Toutes ces années au Canada à rêver des Rocheuses mais au final, l’impression que ce n’était pas vraiment ce que je cherchais. Une déception? Peut-être, mais toute de même la chance de visiter cette partie du monde qui redonne espoir en une planète verte et harmonieuse, sans pollution et sans menace.

 

Y-a-t’il quelque chose à retenir de tout ça? Oui : le monde est petit, mais les routes qui le sillonnent sont immenses. Partez, allez voir plus loin. Faites le pas et ce, peu importe dans quelle direction. C’est peut-être la route qui sera l’aventure inoubliable et la destination qui sera la galère. Le rêve nourri durant toutes ces années se révèlera peut-être désillusion mais un arrêt contraint dans un lieu inédit pourrait bien être le nirvana. C’est aussi la découverte de ce qu’il y a ailleurs qui fait apprécier ce qui est près, et vice versa (et oui!). Il faut partir, et éventuellement revenir. Mais ça, ce sera l’objet d’un autre chapitre.

Aller de sommet en sommetSe laisser guider jusqu'au prochain sommet

Aller de sommet en sommet

Posted by: liblanc | October 4, 2009

Retrouvailles

L'air des montagnes

L'air des montagnes

Un petit mot qui précède le prochain article à propos de mon séjour dans les Rocheuses canadiennes. Le retour au Canada a été un choc, tant au niveau culturel que monétaire. Habitué depuis plusieurs mois au voyage dans mon sac à dos et aux transports locaux, me retrouver au volant d’une grosse voiture (japonaise…les temps changent) de location et voir le budget quotidien quintupler m’a laissé un peu froid.

Pour contrer cet accueil sous le vent glacial de la réalité nord-américaine, je suis allé me réchauffer à Calgary chez Régis et Julie (ainsi que Tiphaine, née il y a un peu plus d’un mois). La chaleur de leur accueil, ainsi que celui de sa famille de Bordeaux qui était de passage, m’a fait le plus grand bien et m’a rappelé que ma visite dans l’Ouest canadien se voulait une aventure en montagne. À la veille de mon départ pour Montréal (depuis Vancouver), je suis content de mon arrêt dans cette magnifique région de ce grand pays.

Prochain article: La route de l’immensité.

Posted by: liblanc | September 28, 2009

Mon Asie

Les rives d'Hong Kong

Les rives d'Hong Kong

L’immense Boeing aux couleurs d’Air Canada se traîne sur la piste de l’aéroport, il décolle, je vois les rives de l’Asie pour une dernière fois. Sept mois à travers rizières, volcans, mégapoles et îles de paradis se terminent ainsi. Si j’ajoute les quatre mois au Népal et en Inde, voici donc presque un an que je parcoure les routes, les mers et les cieux de ce continent que je ne connaissais que très peu. Je termine un chapitre d’une aventure plus qu’exceptionnelle, avec l’impression d’avoir découvert un univers entier. Je regarde cette terre et je pense déjà à y revenir.

 

Toujours la peur du H1N1

Toujours la peur du H1N1

Lorsque j’ai pris place à bord de mon vol au départ de Chennai pour aller à Bangkok, en février dernier, j’avais l’impression de quitter l’Inde pour un autre monde. J’avais alors quelques appréhensions face à l’Asie du Sud-Est et regrettais de perdre ce confort de voyage que le sous-continent indien m’offrait. Passé maître dans l’art de trouver les trains et les bus qui m’amèneraient à destination et à l’aise avec la cuisine indienne, je n’avais aucun problème à trouver les bonnes adresses pour pas cher et profiter du pays. Après trois mois, je pouvais négocier très facilement le coût des transports et des services car j’avais une bonne idée des prix en vigueur. En partant pour la Thaïlande, j’abandonnais donc le fruit de ces efforts pour une région nouvelle, avec une culture, une langue et des traditions complètement différentes. Sept mois plus tard, j’ai cette impression à nouveau, mais cette fois-ci pour l’ensemble de cette Asie du Sud-Est qui fut un périple fascinant. Du nord du Laos aux confins des Philippines, des rues de Kuala Lumpur aux villages de Florès, j’ai pris l’habitude du voyage en Asie. La dernière étape, Hong Kong, était moins une ville d’Asie qu’un aperçu de ce que la Chine me réservait. Un nouveau choc culturel m’attend dans ce pays et il me tarde de le visiter. Mais pas maintenant. Il ne sera jamais trop tard pour y revenir. Je veux maintenant faire une pause, même si cela est loin d’être facile. Je n’irai pas à Shangai, ni au Japon. L’avion m’emmène à Vancouver, départ de deux semaines dans les Rocheuses, entre le Pacifique et Calgary où j’irai voir un ami de longue date, Régis.

Toujours bien accueilli

Toujours bien accueilli

En quittant l’Asie, je quitte aussi d’autres bons amis, résultats de rencontres passionnantes sous de nombreuses formes. Certains d’entre eux sont depuis longtemps revenus en Europe ou en Amérique, d’autres parcourent toujours les routes du monde. Je repense à Seb et au groupe du Laos, à mes compagnons de plage en Malaisie, à Raul, toujours fidèle. Je songe aussi aux filles dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance, parfois jusqu’à y laisser quelques plumes sentimentales teintées de réflexions sur un futur hypothétique dans un style de vie bien différent. Mes craintes d’être un peu trop souvent seul et isolé me paraissent aujourd’hui bien ridicules. Depuis mes derniers jours au nord de la Thaïlande, j’ai rarement été en solitaire. Il y a quelques jours, à peine arrivé à Hong Kong, je rencontrais Ivan, un espagnol en plein tour du monde ainsi que Zaed, jeune anglais avec qui je suis allé visité Macao et jouer au casino.

À peine quelques mois se sont écoulés mais j’ai l’impression d’avoir tant fait, tellement qu’il me faut maintenant une pause, pour digérer, comprendre, apprécier. Je dois m’arrêter quelques jours, quelques semaines s’il le faut, dans un endroit connu, où je pourrai lâcher prise et combattre cette addiction aux nouvelles découvertes et nouvelles sensations. Il est si facile de fuir vers l’avant quand on voyage et de passer à autre chose. En quelques secondes, on peut se décider à changer d’environnement. En quelques heures, on peut changer de ville, changer de pays. Comme un drogué qui reprend une dose pour ne plus songer à son addiction, je pourrais à nouveau acheter un billet pour un autre pays et continuer, même si l’intérêt véritable ne serait pas présent. Cette pause au Canada se veut donc thérapeutique, en plus d’être l’occasion de revoir famille et amis en attendant d’avoir à nouveau l’énergie et la motivation pour découvrir d’autres régions du monde. D’ailleurs, en ce qui concerne les amis, revoir mes anciens collègues (mais toujours amis!) à Hong Kong m’a rappelé qu’il y a des gens que j’aime un peu partout dans le monde et que même si la liste s’allonge à chaque rencontre, je ne veux pas négliger ceux et celles qui sont restés là-bas, en occident, là où mon voyage a réellement commencé.

Des surprises à chaque coin de rue

Des surprises à chaque coin de rue

Posted by: liblanc | September 22, 2009

Les hommes du volcan

Une journée au Kawah Ijen

Une journée au Kawah Ijen

À la pointe est de Java, à l’écart des grands axes qui sillonnent l’île, des hommes travaillent au fond d’un volcan. Ils descendent chaque jour dans les entrailles de la Terre, véritable porte des enfers, pour en ramener le souffre qui s’y trouve. Un travail éreintant, dangereux, exécuté dans des conditions épouvantables. Les gaz toxiques s’échappent en permanence de la soufrière, le sentier est par endroit escarpé. Un changement soudain dans a direction du vent peut faire descendre un nuage de gaz sur les parois du volcan et envelopper ainsi ces porteurs qui, bien souvent, n’ont même pas un simple mouchoir pour protéger leurs voies respiratoires. C’est le Kawah Ijen, le volcan d’Indonésie que l’on visite non pas pour sa beauté naturelle, même si le cadre est splendide, mais pour le côté humain, pour voir ces hommes courageux à l’œuvre, pour comprendre ce que la peur du chômage et la nécessité de gagner sa vie peuvent entraîner. C’était ma dernière vraie aventure en Asie, ma dernière étape un peu à l’écart des sentiers battus. C’était une autre journée qui me laissera des souvenirs intenses, un des moments forts de ce voyage.

Notre petit groupe se composait de quatre personnes. Avec Manuela, avec qui je voyageais depuis Lombok, nous avions rencontré Babette et Luc, un couple de français en voyage dans le pays. À la suite d’âpres négociations avec le représentant de l’office du tourisme, nous nous étions mis d’accord sur une expédition matinale au Kawah Ijen, à bord d’un véhicule tout terrain pouvant passer à travers la route complètement brisée qui menait à la base du volcan. Il est en effet difficile d’accéder à Paltuding, le village le plus près du sentier, à partir de la côte est de Java. C’était un peu plus cher mais tant pis, cela évitait un autre périple en bus local autour des montagnes. Le départ était fixé à 5h du matin pour un début de montée vers 7h.

Au fond du cratère, on respire mieux

Au fond du cratère, on respire mieux

Le sentier qui mène au sommet du cratère est loin de ressembler à celui du Inerie à Florès ou même à celui, très balisé, du Rinjani. Des centaines d’hommes et un bon nombre de touristes l’empruntent chaque jour; il est donc large et sa surface est stable. Déjà à cette heure matinale, des hommes en descendent. Ils portent leurs charges sur une épaule, deux paniers pleins à craque de cette matière jaunre, le tout relié par une simple planche. Les blocs de souffre sont bien calés dans les paniers, pas question de perdre une partie de ce chargement qu’ils vont bientôt vendre. La fatigue se lit déjà sur leur visage. Ils courent littéralement vers le camp de base, parfois équipés de bottes de marche, parfois en sandalettes (les fameuses ‘flip-flops’). On les entend descendre car les paniers grincent à chaque pas, comme le bruit régulier d’un petit moteur. Certains se reposent le long du sentier, d’autres esquissent de grands sourires lorsqu’ils nous voient. Il est coutume pour les touristes de leur offrir un petit en-cas ou alors une bouteille d’eau. Ils demandent presque tous des cigarettes, comme si la fumée du volcan n’était déjà pas assez toxique pour détruire leurs poumons. Nous continuons notre ascension jusqu’au sommet, une dure montée d’environ une heure. Le sentier est très raide et on imagine à quel point il doit être difficile de porter une charge si lourde dans la descente. Mais ce n’est rien, le pire est encore à venir.

Du haut du cratère, la vue est magnifique. Un paysage de fin du monde, aride, rocailleux, et couvert d’une poudre jaune. Lorsque les cieux s’éclaircissent et que le vent pousse les gaz du volcan hors de notre vue, on aperçoit le lac aux eaux turquoises. Un contraste saisissant avec la couleur un peu terne du Kawah Ijen. Plusieurs touristes s’arrêtent là, ils ne descendront pas jusqu’au fond du cratère. Pour nous, pas question de partir sans avoir au moins essayé la descente. Au diable les guides de voyage qui stipulent qu’il est formellement interdit de descendre. Qui pourrait nous en empêcher?

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Le souffre brut, sorti du volcan

Le sentier qui descend devient soudainement beaucoup plus difficile. Étroits, parfois même exigu, il demande à ce qu’on laisse la priorité aux hommes du volcan dans leurs mouvements. Il faut se coller à la paroi pour éviter le contact avec les paniers de souffre. La roche volcanique est friable et il n’est pas avisé de se tenir du côté ouvert du sentier. Deux porteurs qui ont vu en nous une source de revenu plus facile que le transport du souffre nous accompagnent. En quelque sorte, ils nous ouvrent le chemin. Ils nous suggèrent fortement de couvrir notre visage d’un tissu et de l’humecter. Les quelques touristes qui remontent du volcan nous font la même recommandation. Ils confirment que la descente en vaut la peine mais annoncent déjà que la remontée sera pénible. Leurs yeux rouges et leurs quintes de toux ne trompent pas: nous allons devoir respirer ces gaz irritants. Je me demande alors si tout cela n’est pas un peu trop téméraire. Qu’arrivera-t’il si un nuage de gaz reste sur nous, si je n’arrivais plus à respirer? Le volcan peut-il aussi être imprévisible dans ses crises soudaines? Combien d’accidents ont lieu par an dans cet endroit? Ces réflexions sont désormais inutiles: plus question de reculer, nous irons jusqu’en enfer.

À chaque fois que le vent pousse le nuage de gaz vers le sentier, nous devons nous arrêter. Les yeux piquent, la respiration est difficile. Je retire mon masque un court instant pour boire un peu d’eau et je ressens immédiatement une irritation au fond de la gorge, voire même jusque dans les bronches. Il faut attendre que le vent change de direction et que les gaz se dissipent. Cela peut sembler une éternité. Les porteurs s’arrêtent aussi dans ces moments critiques et on les entend tousser, cracher et même parfois insulter le volcan à travers la fumée épaisse. Certains font des blagues qui trouvent réponse dans l’écho des rires qui montent depuis le bas du sentier. La descente se fera lentement, très lentement.

Arrivés au fond du cratère, le spectacle est fantastique. Les eaux du lacs sont si belles que l’on voudrait s’y baigner, si ce n’est qu’elles sont terriblement acides et en permanente ébullition. Ils devient plus facile de respirer car les gaz s’échappent depuis les tuyaux posés un peu en amont. C’est là que le travail d’extraction se fait. Des hommes y restent toute la journée à sortir le souffre et à le charger dans les paniers. Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi les tuyaux canalisent la fumée et comment se forme les blocs de souffre, certains parfois d’un jaune particulièrement éclatant. Aucun porteur ne parle anglais et aucun guide n’est disponible. Nous ne pouvons qu’observer ces hommes enfoncer leurs mains dans cette plaie du volcan et en retirer cette matière étrange. Nous restons perplexes mais fascinés.

La remontée sera, comme prévue, pénible. Il faudra s’arrêter très souvent pour éviter de s’exténuer et être ainsi forcé de respirer plus rapidement. Le retour au sommet du cratère sera une véritable libération et le moment de contempler une dernière fois ce spectacle unique, le Kawah Ijen et ses hommes. Nous distribuerons nos derniers petits cadeaux lors du retour. Une petite barre de chocolat par ci, un petit en-cas par là. Cette fois-ci, nous avons compris à quel point ce travail est peut-être un des plus durs du monde. Nous avons aussi compris toute la souffrance que ces hommes doivent endurer pour quelques dollars par jour. Deux fois par jour, tous les jours, ils descendent et remonte dans le Kawah Ijen pour gagner un salaire un peu supérieur à ce qu’ils gagneraient pour un travail dans les champs. Les porteurs gagnent en effet environ deux fois le salaire moyen d’Indonésie qui se situe à environ deux ou trois dollars par jour.. Évidemment, on ne peut que songer aux conséquences sur leur santé qu’un tel travail dans ces conditions peut engendrer. Mais pour ces hommes, ces considérations ne sont pas à l’ordre du jour. Ils retourneront à nouveau dans le volcan demain et y verront passer d’autres touristes avec le même regard compatissant.

Beautée dangereuse

Beautée dangereuse

Pour la série complète de mes photos sur le Kawah Ijen, voir mon compte Flickr.

Cette série de photos est d’ailleurs dédiée à la mémoire de mon fidèle zoom Sigma 70-300mm que j’ai oublié à la base du volcan en prenant un café. Il aura été avec moi pendant toutes ces aventures et ses dernières images seront celles des hommes du Kawah Ijen.

Posted by: liblanc | September 21, 2009

Au revoir l’Asie!

J’avais prévu poster mes deux derniers articles sur l’Asie depuis l’aéroport de Hong-Kong, en attendant mon vol pour Vancouver, mais des soucis de connexions font qu’il faudra attendre mon passage au Canada pour la mise à jour du blog. Deux nouveaux articles devraient donc être postés dans les prochaines 24h.

J’en profite pour saluer tous mes lecteurs, en particulier ceux avec qui j’aurai l’occasion de discuter lorsque je serai de passage à Calgary, Montréal, Ottawa, etc.

Prochaine étape:  les Rocheuses canadiennes!

Bonne semaine à tous.

Posted by: liblanc | September 10, 2009

Le bouquet de Florès

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Plus à l’est, après Bali l’exotique et Lombok la farouche, il y a Florès la chrétienne. Ce n’est pas tout à fait vrai: il y aussi Sumbawa, entre Lombok et Florès, mais bien peu s’y arrêtent. Selon les guides de voyage, l’île serait dénuée de sites intéressants et, bien malheureusement pour elle, elle ne figure sur les itinéraires de voyage que comme passage en direction de sa sœur Flores. Cette dernière était donc ma prochaine étape, après un séjour haut en aventures sur les terres de Lombok. Pour éviter Sumbawa et ses très longs trajets de bus d’un port à l’autre, je pris place à bord d’une croisière touristique de quatre jours sur un petit bateau, dormant sur le pont la nuit et profitant des belles journées pour le snorkeling, les promenades sur les îles et, le clou final, un passage chez les dragons de Komodo (et de Rinca). Quatre journées parfaites, une longue nuit à avoir le mal de mer, de belles rencontres et enfin, une arrivée à Labuhan Bajo, sur Florès. Premier pas sur cette île, une nouvelle île à parcourir, une nouvelle culture à découvrir.

Toujours en Asie?

Toujours en Asie?

Florès, c’est d’abord une religion différente: le christianisme. Bali est majoritairement hindoue, Lombok est musulmane. Pour Florès, l’héritage des portugais est resté et c’est une fière population chrétienne qui y cohabite avec des communautés de pêcheurs musulmans. La croix partage donc l”île avec le croissant et le chant matinal du muezzin mais, ici, il n’y a plus aucune trace du lingam de Shiva comme à Bali. Pourtant, tout n’est pas si simple. Quand on visite les villages, les guides nous expliquent certaines traditions locales qui ont beaucoup plus à voir avec l’animisme qu’avec le culte du Christ. La croix se retrouve donc à son tour bousculée par ces effigies étranges qui décorent les toits de paille. Une lance dans une main et une épée dans l’autre, la figurine protège la demeure. Pour construire le pilier sacré du village, sur la place centrale, le choix de l’arbre se fait selon un rêve prémonitoire que le chaman devra ensuite expliquer aux villageois. Tous ces rituels sont évidemment difficiles à comprendre avec une simple explication lors d’une visite en vitesse de villages reculés, mais ils indiquent tout de même que malgré la relative proximité de Florès avec les autres îles de l’Indonésie, sa culture se détache complètement de ses soeurs voisines.

Cela n’a rien d’étonnant d’ailleurs car il suffisait de bien observer les habitants de l’île pour se rendre compte qu’ici les choses sont bien différentes. Située sur un véritable carrefour ethnique, les visages de Florès savent surprendre. Venant du nord et des îles Moluques, on retrouve le type mélanésien. Venant de l’est, les traits des papous et des polynésiens figurent dans le sourire d’un enfant ou le regard attendrissant d’une grand-mère. De l’ouest, le type asiatique avec ses longs cheveux noirs de jais et ses yeux bridés reste tout de même présent. Pour couronner le tout, il existe sur l’île, surtout à Maumere, sa capitale, une communauté chinoise dont la peau beaucoup plus pâle vient compléter ce bouquet d’exotisme. Avant même de s’arrêter pour contempler les richesses naturelles de Florès, on doit prendre le temps de contempler ses habitants.

Beaucoup à apprendre d'un simple regard

Beaucoup à apprendre d'un simple regard

Pour ce qui est des richesses naturelles, l’île est gâtée. Volcans, montagnes, plages, récifs coralliens, petites îles isolées, tout s’y trouve. Plus difficiles d’accès, tous ces trésors se gagnent. Les routes sont tortueuses et brisées. L’île n’a pas la manne touristique de Bali et les investissements dans les infrastructures de transport sont encore bien maigres. Il faut parfois plus de cinq heures pour faire moins de 70km. Prendre un bus local demande une patience infinie alors que le chauffeur peut faire le tour du village une bonne dizaine de fois avant de considérer son véhicule comme étant plein et enfin se lancer sur la route cahoteuse vers la prochaine destination. À Bajawa, au centre de l’île, entre le moment où le bus est venu nous chercher à l’hôtel et le départ ‘réel’, plus de deux heures et demie s’étaient écoulées. Il était d’abord nécessaire de nous faire sortir du bus pour pouvoir le nettoyer. Ensuite, un arrêt au marché local s’est soldé par une âpre discussion entre le chauffeur et une mère de famille qui voulait voyager avec quatre enfants et dix sacs de riz. Quand tout le monde s’est enfin mis d’accord, direction un autre petit village pour y chercher un homme qui lui allait rejoindre Riung, notre destination finale, avec une vingtaine de troncs de bambou ainsi qu’une chèvre. L’animal fera près de cinq heures sur le toit du véhicule. Mais sans tout cela, sans ces transports farfelus et ces galères, il serait impossible de s’émerveiller devant les couleurs pastels des lacs du Kelimutu, de voir Riung sur ses pilotis et de visiter ces petits villages bien cachés derrière leurs collines. Florès se gagne, elle a son propre chemin de croix.

On vient donc à Florès pour le dépaysement ethnique tout autant que pour ses richesses naturelles, pour comprendre un peu mieux cette Indonésie qui est en fait une fédération de tellement de cultures, langues, ethnies et religions différentes. Un grand pays, le quatrième du monde de par sa population, qui, petit à petit, se taille une place sur l’échiquier mondial. Le jour où les médias auront compris que l’Indonésie n’est pas un pays musulman (c’est un pays laïc), et que les attentats et les tremblements de terre ne sont pas l’essentiel de sa vie quotidienne, peut-être qu’un plus grand nombre de visiteurs fera le détour par des îles comme Florès (ou Sumbawa!) et pourquoi pas pousser jusqu’au Timor, aux Moluques et l’Irian Jaya (côté indonésien de la Papouasie). En ce qui me concerne, ce sera l’objet de mon prochain voyage dans  cette région. Je reviendrai.

Un contact différent avec les habitants

Un contact différent avec les habitants

Pour la série complète de mes photos de Florès, suivez ce lien.

Posted by: liblanc | September 9, 2009

Bientôt la fin d’un autre chapitre

Et oui, mes jours en Asie du Sud-Est sont maintenant comptés! Il me reste à peine une semaine dans la région et après je devrai décider si j’arrête en Chine ou au Japon en route pour l’ouest du Canada!

Par ailleurs, j’ai quelques articles en préparation pour le blog et je profiterai des très bonnes connexions Internet à Singapour pour mettre à jour le contenu, travailler des photos, etc. Mais pour ceux qui visitent fréquemment mon site, sachez qu’il y aura trois nouveaux articles cette semaine (avec celui sur les piments) ainsi qu’une nouvelle série de photos sur Flickr. Et en passant, à voir le nombre de visites sur le site hier, il semblerait que la bouffe soit toujours un sujet très populaire!

Bonne semaine à tous,

-R

Posted by: liblanc | September 8, 2009

Sauvons les piments!

Quelques-uns suffiront

Quelques-uns suffiront

Pour une dernière soirée à Bali, je suis allé manger en compagnie de Manuela, une copine rencontrée sur le bateau allant à Flores, dans un des restaurant branchés de Kuta, le Gabah. C’est le genre d’endroit où l’esthétique prime, où les tables sont disposées savamment autour de petits bassins, où le menu regorge de photos magnifiques de plats locaux alléchants. Bien loin des warungs de quartier ou de ma très chère masakan padang (un genre de self-service indonésien), on entre au Gabah aussi bien pour y être vu que pour y déguster un repas qui se devrait d’être, en toute logique, mémorable. Le Gabah se place bien au dessus des restaurants touristiques pas chers et banals, au menu identique et sans originalité, mais sans vouloir faire partie des grandes adresses prestigieuses de l’île où les prix n’ont plus rien en commun avec la vie des simples mortels, et encore moins des indonésiens moyens qui ne peuvent y mettre les pieds que s’ils portent un badge à leur nom et qu’ils y servent les clients fortunés. La soirée au Gabah allait donc être une expérience de gastronomie sans toutefois tomber dans l’excès et sans faire exploser les cordons de la bourse de routard. Tout y serait parfait pour un coût raisonnable. Un beau ‘rijstaffel’, plat majestueux inventé par les hollandais pour regrouper un peu de de tout ce que la cuisine indonésienne peut bien offrir, nous attendait. Tout aurait été parfait, si ce n’est qu’une chose cruciale manquerait cruellement à l’appel: le goût.

 

Qu’on se le dise: il n’y a pas de cuisine asiatique sans piment. Point. Pas de ’si’ ou de ‘mais’ et épargnons-nous les plaintes et les jérémiades de ceux et celles aux papilles si sensibles qu’un simple stimulus pimenté leur fait pleurer des larmes d’enfants. Aurait-on idée de jouer une symphonie sans les percussions sous prétexte que ces instruments font un vacarme? Bien sûr que non. La cuisine asiatique, et donc la balinaise et l’indonésienne, repose sur un mélange subtil de saveurs et de contrastes. Il y a le sucré, le salé, l’acide et l’amer, tout y doit être présent. Chaque ingrédient tient un rôle particulier et l’ensemble forme un tout qui ne peut être déstructuré sans risquer la catastrophe et le spectre de la fadeur. Retirer les piments et c’est tout ce rijstaffel un peu prétentieux qui sombre, devenant ainsi une panoplie décevante de brouets sans goût, sans charme, sans intérêt. Le festin promis ne sera donc que pétard mouillé.

 
Bien laisser mijoter

Bien laisser mijoter

Alors pourquoi le Gabah, dans toute sa splendeur et malgré son attention aux détails, sert-il un plat aussi banal? Parce que le tourisme, surtout le tourisme de masse, finit par forcer la main aux restaurateurs qui, voulant à tout prix satisfaire une clientèle ignorante mais riche, optent pour des recettes qui n’ont plus d’exotiques que le nom. Tous ces clients qui vont en Asie (et ailleurs dans le monde), en y amenant leurs peurs et leurs appréhensions, terrorisés par la vue de glaçons dans leur cocktail, tétanisés par l’odeur des épices et gavés de médicaments en tout genre, imposent de plus en plus des menus où seuls les noms des mets font encore rêver. Certes, dans la cuisine locale, celle de rue et des familles, le piment est toujours présent. Mais on parle ici de gastronomie, donc d’un niveau plus élevé, d’un raffinement qui soulève cette cuisine d’origine familiale à un niveau supérieur, possiblement vers des chef-d’œuvres artistiques, fleurons d’une culture gastronomique. Alors pourquoi ne pas justement approcher cette culture par sa gastronomie? Pourquoi ne pas faire un pas de plus dans un monde d’aventure et de découvertes? Pourquoi vouloir être prisonnier de sa bulle sécuritaire et se réfugier là où tout est connu et familier? Il faut oser franchir le seuil de ces parfums d’Orient, quitte à ce que le bout de la langue pique un peu pour quelques minutes.

 
Servir un saté sans la sauce? Impossible!

Servir un saté sans la sauce? Impossible!

Je ne suis pas de ces fous furieux du piment qui considèrent que s’ils ne transpirent pas abondamment, ils ne mangent pas vraiment. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de brûler ses papilles et risquer les maux d’estomacs pour se sentir bien et démontrer son courage. Cela peut être parfois amusant de tester des plats vraiment épicés, tel ce vindaloo de Goa qui m’a transformé en torche humaine, mais, selon moi, un bon plat en est un équilibré, sans excès, donc sans un goût trop fort de piments qui éclipserait le reste des saveurs. Mais je ne supporte plus ce règne grandissant de la fadeur qui s’installe de plus en plus dans le monde. L’Inde m’a quelque peu déçu, car ces plats bien relevés dont tout le monde parle ne se sont pas vraiment présentés à moi. J’ai souvent dû demander à ce que l’on rajoute des piments (‘mirchi! mirchi!) et surtout que l’on ne considère pas que la couleur de ma peau fasse que je n’étais pas mûr pour un vrai plat typiquement indien. La Thaïlande quant à elle fût un grand moment de gastronomie et de saveurs, et je maintiens que c’est probablement un des pays au monde où la cuisine est la meilleure. Pour ce qui est des piments, même le plus petit des restaurants thaï au bord de la route a toujours sur ses tables quelques pots contenant tout ce qu’il faut pour relever un plat qui sortirait de la cuisine trop fade (ce qui est rarement le cas d’ailleurs!).

 

C’est donc un cri d’alarme que je lance: sauvons les piments! Ne laissons pas l’ignorance et la peur transformer progressivement ce qui faisait jusqu’alors la richesse des cuisines locales. Ne donnons pas l’impression que pour nous plaire, il faut retirer l’essence même de la gastronomie asiatique. Demandons, non, exigeons, de ces restaurateurs qu’ils reviennent à leurs recettes traditionnelles et qu’ils ne s’aventurent plus sur une route sans relief, sans couleurs. Chacun est libre d’apprécier ce qu’il mange, mais un nivellement par le bas de la cuisine ne peut être que mauvais pour tous. Sauvons les piments!

Un tel thali royal sans épice et piment? Impossible!

Un tel thali royal sans épice et piment? Impossible!

Posted by: liblanc | August 31, 2009

De Kuta à Kuta, deuxième partie

À la recherche d'un endroit mythique

À la recherche d'un endroit mythique

Bien loin de son homonyme de l’île des Dieux, Kuta Lombok vit encore de manière paisible. Ici, pas de jeunesse ivre, pas de débauche à ciel ouvert. La Kuta de Lombok n’a pas encore réussi à s’extraire de son éloignement des grands centres et des routes principales, et c’est tant mieux pour nous. Kuta Lombok est restée, jusqu’à présent, un village un peu mal foutu, bâti sur le sable d’une plage immense, avec quelques hôtels sans trop de charme et un nombre limité de restaurants autres que les traditionnels warungs pour satisfaire les quelques touristes de passage. Kuta Lombok, c’est la chance de découvrir un endroit qui va probablement se transformer radicalement d’ici les prochaines années. C’est aussi le privilège donné à ses visiteurs de pouvoir scander que ‘c’était mieux avant’ lorsque, dans un futur rapproché ou non, les changements profonds qu’amène le tourisme de masse auront propulsé le village minuscule au rang des grandes destinations de l’Asie du Sud-Est. Mais heureusement, du moins pour le visiteur actuel en quête de calme, on en est pas encore là et la Kuta de Lombok d’aujourd’hui est encore un peu le bout du monde.

 

En plein village de Kuta

En plein village de Kuta

Pour commencer, il faut savoir s’y rendre. L’île de Lombok n’a que bien peu de choses en commun avec sa voisine Bali. Les transports locaux y sont, pour ainsi dire, illogiques. Comment aller à Kuta depuis le ferry provenant de Bali? Pas simple: trois différents moyens de transport seront nécessaires. Un périple de plus de cinq heures alors qu’en payant (très cher) un transport privé, le trajet se fait en moins de deux heures. Les habitants de Lombok attendent avec impatience l’achèvement de l’aéroport international qui devrait, en théorie, leur amener une manne touristique riche et dépensière. De grands projets de construction ont été démarrés dont notamment une route pour justement relier cet aéroport tant souhaité à Mataram, la capitale de la province, aux plages de Senggigi, au port de Labuhan et, pourquoi pas, à Kuta. Pourtant, à voir comment la route se construit, on reste dubitatif : certains tronçons sont terminés mais entre chacun deux, il faut effectuer de véritable zig-zags dans les rizières, les villages et autour des fermes. Après quelques kilomètres à pleine allure sur une route neuve, il faut se traîner longuement sur des voies à peine carrossables, et ainsi de suite. On peut aussi se poser certaines questions quant à l’entretien de ces routes récemment ouvertes. En effet, à l’époque du dictateur Suharto, son clan avait (déjà!) prévu de grands travaux autour de Kuta Lombok et l’ouverture de plusieurs hôtels de luxe. Suite à la crise économique et la destitution de Suharto, tous ces projets sont tombés à l’eau et seul le Novotel fut ouvert. D’immenses rond-points sont toujours présents près de cet hôtel, vestiges des visions démesurées d’une clique spéculatrice, mais aucune route digne de ce nom ne vient s’y connecter. Les quelques chemins qui passent par là sont tout juste praticables pour les 4×4 privés qui conduisent les touristes fortunés vers le Novotel et les aventuriers beaucoup plus modestes qui y circulent en moto pour gagner des plages magnifiquement désertes.

C’est bien là l’attrait majeur de Kuta Lombok: la possibilité d’être (quasi) seul sur ’sa’ plage, loin des bars reggaes, des studios de tatouage et de tout ce qui fait une destination-soleil à la mode. À part les fermiers qui y promènent leurs vaches, les femmes qui y ramassent des algues et les inévitables vendeuses de sarongs (et oui!), personne ne s’y trouve. D’immenses étendues de sable, parfois blanc de blanc, parfois plus brut ou semé de corail, s’offrent à qui voudra bien faire l’effort d’y parvenir. De puissantes vagues sont aussi à la disposition des surfeurs solitaires, ceux qui n’ont pas besoin d’être vus pour aimer leur sport. Kuta Lombok est donc plus ’sauvage’. Enfin! Il est à nouveau possible de croire que les plages de la planète n’ont pas encore été complètement pillées, défigurées ou exploitées. Rassurons-nous: il existe des endroits accessibles à tous qui ne donnent pas l’impression qu’il est trop tard, qu’il aurait fallu être né une génération (ou deux) plus tôt pour les apprécier à leur pleine valeur. Il serait bien hypocrite pour moi de cracher sur les endroits tels que la Kuta de Bali car j’y ai en effet passé un long moment à profiter de sa facilité, de ses activités et de son ambiance. J’ai trouvé dans ces deux Kuta le meilleur de deux mondes. Le vieil adage qui stipule qu’il faut de tout pour faire un monde prend alors tout son sens. On ne va pas à la Kuta de Bali comme on va à la Kuta de Lombok, et si le visiteur ne le comprend pas immédiatement, les habitants seront là pour lui rappeler.

 

En tout sérènité

En toute sérènité

Les balinais sont en effet connus pour leurs sourires, pour leur côté bienveillant et ouvert. Comme partout où le tourisme est roi, il y a certes de nombreuses arnaques et des légions de vendeurs assez agressifs qui utilisent toutes les ruses pour obtenir ce qu’ils veulent. Mais on ressort tout de même d’un séjour à Bali avec un assez bon souvenir de sa population et un profond respect pour sa culture qu’elle maintient bien vivante et toujours aussi fascinante. Dans le cas de Lombok, la réaction est plus mitigée. L’île a été longtemps connue comme plus sauvage, plus sèche que sa voisine. La religion n’y est pas la même, les traditions diffèrent. Les terres sont moins riches et les ventres y ont souvent crié famine au cours de son histoire. Plus méfiante et moins habituée à la visite d’étrangers, sa population est parfois avare du sourire que les balinais déploient avec tant de maîtrise. La relation avec l’argent y est aussi plus brutale; il faut payer d’abord et parler ensuite. Plus question de discuter et de marchander pendant des heures comme à Bali, où la négoce doit toujours rester bon-enfant. La visite de petits villages le long des routes y est plus maladroite et le contact ne s’établit pas uniquement en lançant un simple ’selamat paggi’ (bon matin) ou ’selamat siang’ (bon après-midi). Les enfants sont curieux, comme partout ailleurs, mais aussi un peu plus timides. Certains contacts peuvent même être dérangeants, comme cet adolescent sur sa moto qui est venu se garer devant nous et dévisageait avec insistance Astrid, une très belle guadeloupéenne qui profitait avec moi d’un arrêt sur la plage. Le regard acide de ce jeune était un mélange de plusieurs réactions face à ces étrangers qui débarquaient ainsi dans son monde. S’il n’était qu’une exception là où, en général, la population reste quand même accueillante, il était aussi un rappel qu’un paysage, une plage ou un lieu, aussi magnifique soit-il, ne suffira pas. Lombok n’est pas, et ne sera pas, Bali.

La Kuta de Bali et celle de Lombok sont donc, pour le moment, sur deux chemins distincts et l’avenir nous dira si chacune saura garder son propre caractère, sa propre identité. J’ai passé de très belles journées au deux endroits et j’y ai fait de très belles rencontres mais ce que j’en retire n’a rien en commun. Je souhaiterais revenir à la Kuta de Bali, pour y surfer à nouveau ses breaks faciles, profiter de ses fabuleux restaurants, de sa vie nocturne et de son accès facile au reste de l’île. Pour Kuta Lombok, les choses sont différentes. Je souhaiterais aussi y revenir, mais pas avant d’avoir appris à converser un peu mieux en bahasa indonesia et avec plus de temps à ma disposition. Les vagues de Gerupuk et Mawaui, près de Kuta Lombok, resteront sans doute les mêmes mais la population de ses villages va peut-être changer d’ici quelques années et il serait décevant de devoir admettre que, pour elle aussi, ‘c’était mieux avant’.

La plage n'appartient pas qu'aux baigneurs et aux surfeurs

La plage n'appartient pas qu'aux baigneurs et aux surfeurs

 

La photo bonus-people de la semaine: les ‘grimpeurs du Rinjani’ (Astrid, moi, Julie et Xavier, un couple de belges bien sympathiques!).

Pas vraiment le sommet du volcan mais largement suffisant.

Pas vraiment le sommet du volcan mais largement suffisant.

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